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Студенческий документ № 010252 из РГПУ

В.С. Истомин

"ЛЕКСИКОЛОГИЯ ФРАНЦУЗСКОГО ЯЗЫКА"

MODULE 1

THEORIE DU MOT

Sa structure: M1= EE1+EE2

EE1 Objet d'etude et methodes d'analyse du vocabulaire

Objectifs d'etude:

1. L'apprenant doit savoir:

* definition des termes du Module

* objet de la lexicologie

* liens de la lexicologie aux autres branches de la linguistique

* unites lexicales principales

* place du mot dans le systeme langagier

* difference entre le sens lexical et grammatical

* structure semantique d'un mot

* particularites des rapports paradigmatiques et syntagmatiques

* principes des methodes distributionnelle, transformationnelle, quantitative, statistique

2. L'apprenant doit savoir faire:

* l'analyse morphologique d'un mot

* l'analyse des significations lexicales

* la mise a jour des rapports paradigmatiques et syntagmatiques

* la mise a jour des des objets et des sujets de recherches a realiser

3. L'apprenant sera capable de repondre aux questions:

* Peut - on trouver une definition du mot qui est generalement admise?

* Comment se construit un mot?

* La lexicologie, qu'etudie-t-elle?

* Comment se definissent les rapports paradigmatiques et syntagmatiques?

* Que represente la langue comme un phenomene social?

EE2 Mot et notion. Nomination. Structure semantique

Objectifs d'etude:

L'apprenant doit acquerir des connaissances sur:

* les fonctions des mots (reflexion, nomination)

* le principe de nomination

* le signe et le mot

* les facteurs semantiques inherants d'un mot

* le dualisme asymetrique

* la difference entre la signification et la notion

* la signification referentielle

* la motivation (interne, morphologique, semantique)

* le systeme des significations d'un mot (principale, derivee, directe, figuree)

* l'inclusion

L'apprenant doit savoir repondre aux questions:

* Y a-t-il une correspondance directe entre un mot et la notion?

* Que representent les aspects referentiel et significatif?

* Quelle est la structure de la signification d'un mot?

* Le systeme des significations d'un mot, que contient - il?

L'apprenant sera capable de:

* determiner les fonctions d'un mot

* demontrer la motivation d'un mot

* degager la signification principale, directe, figuree d'un mot

* realiser la description a troix niveaux d'un mot

* Glossaire * Analyse semique - peut etre comprise comme l'action de decomposer un tout (mots) en ses elements constituants (semes).

* Connotation (f) - une partie seulement de la signification d'un terme.

* Denomination (f) - un acte qui consiste en l'institution entre un objet et un signe X d'une association referentielle durable.

* Etymologie (f) - science de la filiation des mots, reconstitution de l'ascendance du mot en remontant de l'etat actuel a l'etat le plus anciennement accessible.

* Langue (f) - est concue comme un systeme abstrait de signes dont on peut etudier, de facon separee ou concomitante suivant les theories, l'evolution, les aspects phonetiques et phonologiques, la morphologie, le lexique, la syntaxe, la semantique.

* Lexicologie (f) - partie de la linguistique, science des unites de significations (monemes) et de leurs combinaisons en unites fonctionnelles (mots, lexies).

* Lexicologie descriptive - science qui etudie des lois de fonctionnement du systeme lexico-semantique de la langue d'une periode determinee.

* Lexicologie historique - science qui etudie la formation et l'enrichessement du vocabulaire du point de vue historique.

* Lexicologie comparative - designe une branche de la linguistique appliquee qui s'occupe de la comparaison systematique de deux ou plusieures langues a tous les niveaux d'analyse (phonologique, morpholosyntaxique, lexical, semantique) pour mettre en evidence leurs ressamblences.

* Lexicologie structurale - partie de la linguistique qui etudie le vocabulaire en tant que systeme et des methodes pour decrire les elements de ce systeme. Elles s'appuient sur les methodes distributionnelle et transformationnelle pour delimiter les significations des mots polysemiques.

* Methode de description linguistique - l'ensemble des procedes de mise en oeuvre d'un principe methodologique unique dans la description des unites linguistiques.

* Mot (m) - unite signifiante, constituee dans sa forme orale d'un ou plusieurs phonemes, et dont la transcription ecrite est constituee d'une sequence de signes comprise entre deux blancs graphiques. La notion du mot, en raison de son caractere vague et peu operationnel, est remise en question.

* Motivation (forme interne) - explication qui tient compte des facteurs qui sont a la base de la nomination (enveloppe sonore d'un mot).

* Objet d'etude de la lexicologie - matiere pour l'activite lexicologique (mot, vocabulaire).

* Onomasiologie (f) - science des significations partant de l'idee pour en eudier l'expression.

* Parole (f) - le concept saussurien qui s'oppose a la langue, comme l'utilisation du systeme linguistique s'oppose a ce systeme.

* Rapports paradigmatiques - dans la langue comme un systeme de signes chaque signe entre dans un reseau de relations reciproques. Sur laxe paradigmatique se dessinent les rapports, toujours virtuels, entre les unites linguistiques pouvant figurer dans un meme environnement de la chaine sonore. Ces unites font partie d'un paradigme car elles ont les memes proprietes semantiques ou grammaticales, mais dans un contexte donne, elles s'excluent mutuellement.

* Rapports syntagmatiques - sur l'axe syntagmatique, par opposition a l'axe paradigmatique, se dessinent les relations entre unites linguistiques effectivement produites dans la chaine sonore. Celles-ci se combinent entre elles et leur successivite temoigne du caractere lineaire du langage. Les rapports syntagmatiques rendent compte de la structure d'une langue donnee car ils revelent les proprietes combinatoire des unites linguistiques.

* Reference (f) - une propriete du signe linguistique ou d'une expression de renvoyer a une realite. Le referentest la realite qui est pointee par la reference.

* Semantique (f) - l'etude scientifique du sens des mots, des phrases et des conventions de l'usage discursif (pragmatique).

* Semiologie (f) - science generale des signes dans la vie sociale qui fournit un cadre dans lequel la globalite des faits humains peuvent etre ressaisis du point de vue de leur signification, c'est-a-dire comme faisant partie de langages (rites, coutumes, institutions).

* Signification lexicale - rapport reciproque qui unit le signifiant et le signifie.

* Structure (f) - l'organisation interne des elements des systemes.

* Systeme (m) - designe un ensemble dont les elements interdependants forment un tout.

* EE1 Objet d'etude et methodes d'analyse du vocabulaire

* * Apres la phonetique et la phonologie, qui s'occupent des sons, et la morphologie qui s'occupe des unites minimales de forme et de sens, nous arrivons dans la lexicologie, qui s'occupe des masses de mots qui forment le lexique d'une langue, et le stock lexical des individus.

* Le mot "lexicologie" se compose de deux radicaux grecs: lexicon qui signifie "vocabulaire" et logos - "etude". Alors, la lexicologie etudie le vocabulaire, ses particularites, les voies de son enrichissement.

* Pour saisir l'importance de la lexicologie, il vaut la peine de reflechir sur nos capacites de manipulation lexicale. Chaque locuteur d'une langue possede des milliers de mots. Certains de ces mots sont utilises tous les jours, mais d'autres n'apparaissent pas dans la bouche ou sous le stylo qu'une ou deux fois par annee. Malgre cela, nous arrivons a trouver les mots qu'il nous faut dans un instant, sans meme y faire attention. Il y a donc une question de stockage et d'acces qu'il faut examiner. Avant d'analyser les mots de la langue, il faut commencer par preciser ce qu'on etudie. Qu'est-ce que c'est qu'un mot?

* Tout mot presente une unite semantique, phonique et grammaticale. Chaque mot, porteur d'un sens particulier, a en meme temps son propre aspect phonique, ses propres significations lexicale et grammaticale. Le lexique et la grammaire sont intimement lies l'un a l'autre. Le sens du mot depend souvent de ses liens grammaticaux avec les autres mots. Ainsi les verbes intransitifs devenus transitifs recoivent un complement d'objet direct et changent de sens. Comparez: rentrer a la maison, rentrer la recolte, sortir de la maison, sortir une photo, travaillier a l'usine, travailler a sa these.

* La lexicologie est en contact perpetuel avec la phonetique historique. Chaque mot a son propre aspect phonique sans lequel il n'existerait pas. La richesse du vocabulaire en homonymes s'explique en premier lieu par l'evolution phonetique de la langue. Ainsi les substantifs mer (marem), mere (matrem), maire (major) n'avaient autrefois rien de commun dans leur prononciation. Ils ont acquis leur aspect phonique actuel a la suite de l'action des lois phonetiques. La lexicologie a de nombreux points de contact avec la stylistique. Chaque mot possede en dehors de ses valeurs grammaticale et lexicale une valeur stylistique: synonymes, neologismes, les archaїsmes, les argotismes, metaphores stylistiques et metaphores linguistiques.

* Tout en gardant des rapports etroits avec les autres aspects de la linguistique, la lexicologie a son objet d'etude, ses buts et ses lois. Il existe la lexicologie historique ou diachronique qui s'occuppe de l'evolution du vocabulaire, et la lexicologie descriptive (synchronique) qui etudie le vocabulaire dans une periode determinee de la langue. Les donnees de la lexicologie historique permettent mieux comprendre l'etat actuel de la langue.

* Le vocabulaire d'une langue constitue son systeme lexical. A l'interieur du systeme lexical les mots forment toutes sortes de series, de groupements, ils se mettent en differents contacts les uns aux autres: rapports antonymiques, synonymiques, homonymiques, parente genetique (doublets etymologiques).

* Le vocabulaire presente un systeme ouvert qui, a tout moment, peut etre complete.

* Le mot est reconnu comme unite de base de la langue. Ce n'est pas par hasard qu'on appelle la langue humaine "langue des mots"; parce que ce sont des mots qui permettent d'organiser la langue, ils changent et se mettent en rapport dans la parole conformement aux regles grammaticales de la langue. Dans le domaine du vocabulaire le mot represente une unite bien delimitee, un element de construction selon L.Cherba. Du point de vue lexicologique le mot apparait comme une unite concrete, differente des autres mots: dans le cas concret on emploie des mots, tels que: maison, cheval, rouge, pleurer, mais pas des mots - souris, edifice etc. On peut comparer le mot pris du point de vue lexicologique avec l'unite arithmetique concrete (1, 2, 3, 6, 8).

* Reconnu comme unite de base, le mot n'a pas de definition generalement admise. Ch.Bally avait raison d'affirmer que "la notion de mot passe generalement pour claire, mais en realite c'est une notion des plus ambigue qu'on rencontre en linguistique".

* Traditionnellement, le mot est concu comme un assemblage de sons (ou de lettres) constituant le plus petit segment correspondant a une idee de chose, de personne, d'action. Depuis F. de Saussure le mot a cesse d'etre l'equivalent phonique ou graphique du geste de montrer: ca, c'est "courir", ca, c'est "une peche". Il definit le signe linguistique comme combinaison d'un signifiant et d'un signifie ne pouvant aller l'un sans l'autre, comme le recto et le verso d'une feuille, a ouvert la voie a l'etude des rapports entre signifiant (image acoustique) et signifie (concept) et a la critique de la notion de mot. Aujourd'hui, on presente le mot comme "un assemblage de sons en ordre constant, insecables dans l'enonce et pourvus d'une signification" (Martinet). Meillet definit le mot comme "l'association d'un sens donne a un ensemble donne de sons susceptible d'un emploi grammaticalement donne". Dauzat dit que le mot est "l'union passagere d'une idee avec un son ou une serie de sons". Les definitions proposees semblent insuffisantes car elles peuvent etre appliquees a plusieures unites: mot, groupe de mots, proposition.

* La demarcation du mot n'est pas facile. Elle varie d'une langue a une autre et en francais ne repond pas a des criteres precis. Les mots sont souvent complexes et l'unite de signe n'est pas le mot. Martinet a propose d'appeler moneme le plus petit signifiant porteur d'une sinification: le, dans, -r, -ons sont des monemes comme cuisine, office, entre, au fur et a mesure. Le est le signifiant du masculin. Le signifiant, indecomposable, constitue un moneme. Un signifie peut se repartir sur des signifiants separes. Dans "nous courons" - nous et -ons signifient la premiere personne du pluriel. Ces monemes sont separes en deux categories - les lexemes (monemes appartenant a des inventaires illimites, susceptibles de s'accroitre) et les morphemes (le, dans) dont la frequence est tres superieure. Martinet pense que l'on peut se passer de la notion confuse de mot. Chaque mot, porteur d'un sens lexical a son aspect phonique et sa caracteristique grammaticale.

* Tout mot isole francais porte l'accent sur la derniere syllabe. Si les mots russes gardent leur accent tonique dans le discours, les mots francais subissent une desaccentuation dans la chaine parlee. L'accent rythmique tombe en francais sur la derniere syllabe du dernier mot d'un groupe rythmique qui forme un tout semantique. Pourtant les mots francais forment une chaine ininterrompue grace aux liaisons et aux enchainements. La majeure partie des mots francais ont une ou deux syllabes. La plupart des syllabes sont ouvertes.

* Le systeme phonique du francais comprend environ trente-six sons qui se classent en voyelles et en consonnes. Les voyelles sont au nombre de seize. Les trois semi-voyelles sont: w (avouer), u (lui) et j (grenouille). Les consonnes etendent le clavier phonique. Elles ne sont que des bruits provoques par les mouvement de la bouche ou des organes qui s'y rattachent. Ces bruits deviennent distincts en s'articulant sur une voyelle. Un totale de dix-sept consonnes qui, en se combinant entre elles et avec les dix-neuf voyelles, donnent de nombreuses possibilites. La syllabe est une association plus ou moins etroite de voyelles et de consonnes. Ainsi s'elaborent des mots. Un son-voyelle peut deja constituer un mot (en, a, eau, hue), une consonne appuyee sur la voyelle e egalement fait un mot (je , te, se, le me, que). Chacune des 17 consonnes peut se combiner avec chacune des 19 voyelles formant ainsi theoriquement 343 combinaisons possibles (pas, paon, paix, pin, pot, pond). Combinaisons de 3 phonemes peuvent etre de 8 types:

* VVV (onomatopee)

* CCC (pst) rares

* CVV (roi, chien)

* VVC (hair) * CVC (bac, toc)

* VCV (heron, oree)

* VCC (aigle, acre)

* CCV (plat, craie)

* Combinaisons de plus de trois phonemes sont formees par:

* 4 phonemes: VCVC (etape)

* 5 phonemes: VCVCV (avaler, arrivee)

* 6 phonemes: VCVCVC (arrivage, amulette) au-dela de six phonemes les mots sont rares.

* Le francais prefere les mots courts aux mots longs. Le francais se caracterise par la nettete d'emission des voyelles et consonnes, par la precision et mesure. L'elision et la liaison accrochent les mots les uns aux autres au point que certains membres de phrase ne forment plus qu'un immense mot phonique (Nous allons envisager une hypothese - nouzalonzenvizagerunipoteze). Cette fusion du mot est favorisee par la faible intensite de l'accent dit "tonique".

* * Bibliographie

* * 1. Лопатникова, Н.Н. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Н.А. Мовшович. - М., 1982.

* 2. Супрун, А.Е. Методы изучения лексики / А.Е. Супрун. - Минск, 1975.

* 3. Лингвистический энциклопедический словарь. - М., 1990.

* 4. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite - Minsk, 1963.

* Travaux diriges

* * Le mot

* A une epoque qui n'est pas si eloignee, ou la linguistique se confondait a peu pres avec la philosophie du langage, intituler un article de quelques pages "Le mot" aurait ete, de la part de linguiste, le fait d'une insupportable outrecuidance; traiter du mot, c'etait en fait aborder les problemes des rapports de la pensee et de la langue, c'est-a-dire penetrer dans un domaine que le linguiste n'osait ni ne desirait exclure de ses recherches, mais ou, pourtant, il se sentait trop demuni pour pouvoir, a lui seul, y rien faire de bon; c'etait ensuite reprendre toutes les questions que pose la nature du signe, c'est-a-dire l'ensemble de la semiologie; c'etait, enfin, reconsiderer les rapports entre le mot et la phrase, d'une part, le mot et les elements "inferieurs" de la chaine, syllabes et phonemes, d'autre part. La question qu'en tout cas le linguiste ne se posait guere etait celle de savoir s'il existait des criteres permettant, pour toute langue et dans tous les cas, d'identifier et de delimiter un segment de la chaine comme un mot determine. Pour ce faire, il aurait fallu que le linguiste soit convaincu qu'il etait de son devoir de definir exactement les termes dont il se servait. Il lui aurait fallu aussi assez d'audace pour envisager d'ecarter le terme "mot" au cas ou la recherche aurait montre qu'il n'y a pas possiblilite de donner de ce terme une definition universellement applicable.

* A. Martinet. Problemes du langage.

* * L'unite lexicale

* Les formes, les elements de la langue qui constituent le lexique, toujours consideres comme des mots dans la tradition ancienne et le langage courant, etaient de diverses sortes: Saussure parle de mots simples et composes, d'unites de syntagmes, Bloomfield -de morphemes et de mots. Ch. Bally - de semantemes, Whorf - de lexemes et encore de mots. Cette plethore terminologique correspond a une difficulte majeure: celle de la definition de l'unite lexiale.

* Tout d'abord, on s'est apercu que la notion de "mot" reposait sur la tradition des ecritures qui separent par des espaces les suites de lettres ou de caracteres, ces separations ne correspondant pas toujours a une realite fonctionnelle.

* Cette separation entre les mots n'est pas d'ailleurs un fait universel. Les Grecs ne separaient pas les mots dans l'ecriture.

* Mais les Grecs parlaient pourtant de mots, et l'on doit donc chercher un critere autre que graphique.

* L. Bloomfield a, le premier, tente de donner une definition formelle du mot, sans recourir a l'analyse des concepts (mais en recourrant au sens). Il l'oppose a d'autres unites signifiantes: le morpheme ou la forme signifiante minimale, et le syntagme. Sa procedure est analytique (partant du discours, du texte), formelle et classificatrice (taxinomique).

* La premiere realite linguistique qui ait accapare la reflexion a ete le mot. Dans la genese des ecritures (ideogrammes), puis dans la pensee antique et medievale, cette reflexion lexicologique est evidemment une reflexion sur le signe.

* Il existe bien une semantique lexicologique, une psycho-, une socio-linguistique lexicologiques ; elles s'appliquent a l'objet lexical, mais ne suffisent pas a garantir l'existence d'une discipline particuliere. Celle-ci doit, pour meriter d'etre reconnue, s'attaquer au statut du signe-mot en tant que mot, et a l'ensemble complexe des systemes formes par ces signes, capables d'assurer la communication linguistique, a l'interieur du systeme global de la langue. Cet ensemble fait donc partie de la langue, du code, de la competence partagee des locuteurs individuels. Si l'on etudie son fonctionnement, on passe alors a l'etude du discours, des enonces, grace a quoi se manifestent les faits de la langue.

* A. Rey. La lexicologie.

* * Mots, signes

* A partir de F. de Saussure, il existe l'habitude prise d'entendre le mot comme un signe c'est-a-dire l'alliance necessaire et indissoluble d'un signifiant (la forme, la sequence analysable en phonemes) et d'un siginfie en vertu duquel le signifiant fonctionne dans le discours avec des valeurs communement admises.

* Aucun mot, meme une onomatopee, n'a a decrire ce qu'il evoque. Les mots ne s'articulent pas directement aux choses conformement a des rapports naturels. S'il en allait ainsi, il n'existerait qu'une seule langue.

* Le terme de "mot" est venu assez tard en francais a traduire la notion d'une unite lexicale autonome. Auparavant il signifiait plutot une note, un son musical et c' est de "vocable" qu'on se servait, "parole" designant un propos. Il n'y pas a speculer sur le fait que dans certains manuscrits anciens, le texte ne soit pas coupe comme il est d'usage de le faire aujourd'hui.

* Depuis longtemps les linguistes ont manifeste de la gene a l'egard du terme "mot". Ne parvenant pas a donner des unites lexicales une definition satisfaisante, quelques-uns iraient meme jusqu'a proscrire ce terme de leur nomenclature. Dans le desir de vouloir donner du "mot" une definition generale valable pour toutes les langues, il entre une part d'illusion. Dans chaque idiome il existe des signes, qui, par intitution, renvoient a des situations. Mais outre que d'une langue a une autre, il n'y a pas de correspondance rigoureuse dans la decoupe des ces dernieres, chaque langue du fait de sa morphologie constitue ces unites a sa maniere et selon des types particuliers. On peut donc poser autant de definitions formelles du mot qu'il y de systemes idiomatiques. Quant a proscrire l'emploi du terme de "mot", les inconvenients pratiques de cette mesure l'emportent peut-etre sur ses avantages en lexicologie. La terminologie que propose M. A. Martinet est coherente et repond au besoin de distinguer dans le mot ce qui symbolise l'environnement non linguistique et les marques categorielles. Moneme y connote des "signes minima". Un moneme est un signe indecomposable: de table, chaise, blond, rond on ne peut distraire aucun phoneme et on ne peut y remplacer aucun phoneme par un autre sans priver le moneme de sa qualite signifiante ou sans former un autre signe. Ces monemes radicaux seront dits lexemes.

* R.-L.Wagner Les vocabulaires francais.

* * Questions

* 1. La difference de termes pour "mot" a quelle difficulte majeure correspond - elle?

* 2. La notion de "mot", sur quelle tradition reposait - elle?

* 3. La reflexion lexicologique antique et medievale sur quoi portait - elle?

* 4. Quand on traitait du probleme de mot a l'epoque ou la linguistique se confondait avec la philosophie du langage, quel probleme abordait - on?

* 5. La notion du mot etait - elle universelle? Quelle en est la supposition?

* 6. D'ou vient l'habitude d'entendre le mot comme un signe?

* 7. Les mots, s'articulent - ils directement aux choses?

* 8. Les trois articles proposes, sur quoi mettent - ils l'accent?

* * Bibliographie

* * 1. Левит, З.Н. Лексикология французского языка / З.Н. Левит. - М., 1979.

* 2. Лопатникова, Н.Н. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Н.А. Мовшович. - М., 1982.

* 3. Тимескова, И.Н. Сборник упражнений по лексикологии / И.Н. Тимескова. - Л., 1971.

* 4. Чеснович, Е. П. Хрестоматия по лексикологии французского языка / Е.П. Чеснович. - Л., 1981.

* 5. Mel' Cuk, I.A. Introduction a la lexicologie explicative et combinatoire / I.A. Mel' Cuk, А. Clas, A. Polguere, Louvain-la-Neuve: Duculot, 1995.

* 6. Lehmann, A. Introduction a la lexicologie. Semantique et morphologie / A. Lehmann, F. Martin-Berthet. - Paris, 1998.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaisances

1.1. Definir

Lexicologie - unite lexicale - rapport paradigmatique - methode distributionnelle - Signe - mot - analyse semique - semasiologie

1.2. Repondre brievement

1. Quelles sont les differences entre la semasiologie et onomasiologie?

2. Quelles sont les propositions des linguistes pour depasser l'ambiguite du mot?

3. Pourquoi ne peut-on pas donner une definition universelle du mot?

4. Presenter les causes de la pertinence de la notion du mot?

2. Faire les devoirs suivants:

1. Combien de formes (unites formelles) et d'occurences (ce qu'il y physiquement) y a - t - il dans les suites:

* ma tasse est sur ma table.

* mets le cahier dans le livre contre le mur.

2. Trouvez trois mots a l'ecrit ou a l'oral, que vous comprenez partiellement. Utilisez chaque mot dans trois phrases. Ensuite, cherchez la definition du mot dans un bon dictionnaire. Comparez la definition avec votre comprehension du mot telle que representee dans les phrases.

3. Choisissez un domaine (la cuisine, par exemple) et tester la disponibilite (leur capacite a etre rappelees par le locuteur) des mots du domaine. Etes-vous capable de predire les resultats sur la base de votre intuition linguistique?

4. Trouvez les definitions des dictionnaires pour "le quartier" et "le coeur".

5. Cherchez les deux familles de mots. Expliquez les relations entre les mots individuels. Attention! Quelquefois, les mots se ressemblent sans avoir une relation de parente. Par exemple, diplome, diplomer ressemblent a diplomate, diplomatique etc., mais la relation entre les deux groupes est seulement etymologique.

6. Faites voir les differentes significations du mot "quartier" dans les locutions figees.

7. Faites voir les voies de formations des series homonymiques.

3. Se preparer au commentaire

Theme: Nature du signe linguistique

En vous aidant des 3 articles et des idees de F. de Saussure repondre aux questions suivantes:

1. La langue est une nomenclature. Pourquoi?

2. Quels sont les termes impliques dans le signe linguistique?

3. Que represente le signe linguistique pour F. de Saussure?

4. Quels sont les caracteres primordiaux du signe?

5. En quoi consiste le caractere arbitraire du signe?

6. Que signifie la lineairite du signifiant?

4. Pour aller plus loin

Constituez un dossier sur "Le mot".

Les auteurs - Definition - Delimitation - Pratiques - Resultats - Tendances.

Test 1. La difficulte de la definition de l'unite lexicale se traduit par

a. la difference terminologique (plethore)

b. la tradition des ecritures

c. l'analyse des concepts

d. la reflexion permanente

2. Une definition formelle du mot est donne avant tout par

a. Sausure b. Bloomfield

c. Bally

d. Whorf 3. L'ensemble complexe des systemes formes par les signes est capable d'assurer

a. la reconnaissance de l'ecriture

b. la garantie de la discipline

c. la communication humaine

d. la competence indivuduelle

4. Les methodes classiques de la description lexicologique sont connues sous le nom de

a. constituants immediats

b. fonctionalisme

c. structuralisme

d. distributionalisme

5. Sous le nom de syntagme on entend

a. les morphemes unis par le sens

b. toute combinaison de monemes

c. la combinaison de plusieurs morphemes

d. toute combinaison de deux mots

6. Traiter du mot c'est aborder les problemes des rapports de

a. la philosophie et de la semantique

b. la combinaison des lexemes

c. la structure et de la fonction

d. la pensee et de la langue

7. La solution du probleme du mot pourrait se trouver dans

a. l'analyse plus systematique du terme

b. l'analyse du moneme

c. son remplacement par le concept "syntagme"

d. l'analyse de l'enonce

8. On entend le mot comme un signe (signifiant + signifie) a partir de

a. Bally b. Wagner

c. Saussure

d. Martinet

9. Les mots s'articulent aux choses

a. directement

b. indirectement

c. par hasard d. par habitude

10. Les procedes demarcatifs pour les decoupages des mots sont au nombre de

a. deux b. trois

c. quatre

d. cinq EE2 Mot et notion. Nomination. Structure semantique

Tout mot possede sa propre structure morphologique, sa valeur grammaticale. Les formes grammaticales organisent la matiere lexicale, expriment les rapports entre les mots notionnels. Le sens grammatical est toujours abstrait. On distingue les mots autonomes (noms, pronoms, verbes, adverbes) et les mots-outils (expriment les rapports grammaticaux).

Tout mot est porteur de differentes fonctions. On distingue 3 fonctions essentielles des mots: rationnelle (logique), nominative et expressive (affective). La majeure partie des mots est appelee a rendre des notions. C'est leur fonction rationnelle. En traduisant les notions les mots designent les objets, proprietes, faits ce qui constitue leur fonction nominative. (Jeanne, Paul - nomment certains etres, les noms geographique traduisent des notions uniques - Paris, France). Les mots-outils n'ont pas de fonction nominative (expriment les rapports grammaticaux entre les faits). Les mots peuvent avoir une valeur neutre ou affective (expressive). La plupart des mots ont une valeur neutre: aller, faire, homme, femme. Les mots a valeur affective traduisent les sentiments humains, l'attitude de l'homme envers la realite. Ce sont: coquin, nigaud, mouchard, flic, capitulard.

La signification lexicale reflete les liens du mot avec l'objet qu'il nomme. Ce sont les concepts qui determinent la signification lexicale du mot (mais la signification lexicale est la categorie linguistique, tandis que le concept est la categorie logique). La signification est toujours concrete.

Les significations lexicales sont de trois types essentiels: nominatives, phraseologiquement liees et syntaxiquement conditionnees. Le caractere des rapports entre les mots a significations nominatives est determine par la realite. (Mains - sales, propre, courte, longue, laide). Les significations phraseologiquement liees ne dependent pas des rapports entre les faits de la vie reelle. Elles s'actualisent seulement dans les groupements tout faits (on emploie des clichets, groupements traditionnels) - remporter une victoire, obtenir un triomphe. Les significations syntaxiquementconditionnees s'actualisent dans des conditions syntaxiques particulieres. (rection differente des verbes - distingue leurs signification: on use une chose - on use d'une chose, on manque une visite-on manque de patience. Les adjectifs postposes et preposes - leurs significations sont donc syntaxiquement conditionnees. - garcon mechant - une mechante cravate (mauvaise).

Il est evident qu'il n'y a pas de lien organique entre le mot, son enveloppe sonore, sa structure phonique et l'objet qu'il designe. Pourtant le mot, son enveloppe sonore est historiquement determine dans chaque cas concret. Au moment de son apparition le mot ou son equivalent tend a etre une caracteristique de la chose qu'il designe. On a appele vinaigre l'acide fait avec du vin, tire-bouchon - une espece de vis pour tirer le bouchon d'une bouteille. Un sous-marin est une sorte de navire qui navigue sous les eaux et un serre-tete - une coiffe ou un ruban qui retient les cheveux. De meme pour les vocables existant deja dans la langue, mais servant a de nouvelles denominations. Aiguille - le sommet d'une montagne en pointe aigue grace a sa ressemblance a une aiguille a coudre. L'enveloppe sonore d'un mot n'est pas due au hasard, meme si elle parait etre. La table fut denommee en latin "tabula" - planche parce qu'autrefois une planche tenait lieu de table. Le mot latin "calculus" (caillou) servait a designer le calcul, car anciennement, on comptait a l'aide de petits cailloux. La denomination d'un objet est basee sur la mise en evidence d'une particularite de cet objet. Le sens premier (originaire) est appele sens etymologique.

Ainsi, sens etymologique du mot table est planche, linge - lat. lineus, adj. de lin; candeur - lat. candor, blancheur eclatante; rue-lat. ruga-ride. Travail - lat.pop. tripalium-instrument de torture; penser-lat.pensare-peser; traire - lat. traher-tirer. A l'epoque actuelle le sens etymologique peut ne plus etre senti. La question des mots motives et immotives est liee au sens etymoloogique, mais il n'y a pas de parallelisme absolu (sens etymologique appartient a l'histoire du mot, la motivation reflete l'aspect actuel). Tous les mots d'une langue ont forcement un sens etymologique, alors que beaucoup d'entre eux ne sont point motives: Chaise, table, main, sieste, fortune. Motives: journaliste, couturiere, alunir, porte-cle, laisser-passer. La motivation de ces mots decoule de leur structure formelle, et elle est conforme a leur sens etymologique.

Un mot peut etre motive non seulement par le lien semantique existant entre ses parties consitutuantes, mais aussi par l'association qui s'etablit entre ses diverses acceptions. Chenille dans chenille d'un tout-terrain est motive grace au lien metaphorique qui l'unit a son sens propre.Il est semantiquement motive dans son sens derive. Donc, la motivation est un phenomene intralinguistique qui est du aux associations formelles et semantiques que le mot evoque. Mais la motivation d'un mot n'est pas absolue. Il est difficle de dire pourquoi "coupe-gorge" sert a nommer un lieu, un passage dangereux, frequente par des malfaiteurs et non point, un instrument de suplice (coupe-legumes, coupe-papier, coupe-racines). Ce mot est relativement motive. En principe tout mot est motive a l'origine. Avec le temps le sens etymologique peut ne plus se faire sentir, ce qui amene souvent a leur demotivation. Cela se fait lentement, au cours des siecles. Le sens actuel des malheur et bonheur ne peut etre que partiellement explique par leur premier element mal et bon, heur-lat. Augurium-presage, chance ayant disparu de l'usage. Ces mots sont partiellement motives. La demotivation peut aller plus loin et aboutir a la perte totale par un mot de son caractere motive. Le mot s'il est isole, separe des mots auxquels l'un ou l'autre etait autrefois associe. Tel est le sort de "chahuter" qui ne se rattache aujourd'hui ni a chat, ni a huer, et ne signifie plus crier comme un chat huant. Dans chaque langue on trouve des mots motives et immotives. Il n'y a pas de langues ou rien ne soit motive et ou tout soit motive. Le francais se caracterise par l'arbitraire du signe. Si le mot est motive, on dit qu'il possede une forme interne. Parfois cette forme interne est la meme dans les langues differentes. Pourtant la forme interne des mots revet le plus souvent un caractere national. Prunelle - de la petite prune (en russe du verbe - voir). Pommade - pulpe de pomme (en russe - enduire).

Le mot etymologie est emprunte au lat. etymplogia, du gr. etumologia, qui se rattache lui-meme a l'adjectif "vrai". Dans l'Antiquite, c'etait une recherche destinee a connaitre le vrai sens des mots, parce que l'on croyait que celui-ci etait necessairment reflete par la forme. L'etymologie est la partie de la linguitique qui etudie l'origine des mots. L'etymologie se dit aussie de l'origine d'un mot particulier. L'etymon est le mot qui est a l'origine du mot que l'on etudie: le mot francais partir a comme etymon le latin vulgaire partire, lat. clas. partiri. L'etymologie sert a connaitre le passe de la langue et fonde les relations existant a un moment donne entre les mots d'une meme famille.

Du point de vue de l'origine, les mots francais peuvent etre ranges en trois grandes categories: le fonds essentiel, appele fonds primitif, est constitue par le latin, auquel il faut joindre quelques survivances de langues anterieures et des mots pris aux Germains a la suite des invasions; - les mots empruntes a des langues etrangeres depuis le moment ou le francais est devenu une langue distincte du latin; - les mots francais formes a partir des mots des deux categories precedentes.

Le mot francais est avant tout une unite graphique. Le francais est une langue faite surtout pour l'oeil. L'orthographe francaise est une des plus compliquees qui soient: son apprentissage exige un effort considerable. Mais elle est une garantie de stabilite et de precision de la langue francaise. Au point de vue semantique le francais pratique "l'arbitraire du signe". Un autre trait du vocabulaire est son caractere abstrait, ce qui le rend relativement peu expressif, mais particulierement apte a exprimer les idees.

Bibliographie

1. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Н.А. Мовшович. - М., 1982.

2. Супрун, А.Е. Методы изучения лексики / А.Е. Супрун. - Мн., 1975.

3. Лингвистический энциклопедический словарь. - М., 1990.

4. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite Minsk, 1963.

Travaux diriges

Structures et analyses

Leprobleme qui hante toute la linguistique moderne, le rapport "forme: sens" que maints linguistes voudraient reduire a la seule notion de la forme, mais sans parvenir a se delivrer de son correlat, le sens. Que n'a-t-on pas tente pour eviter, ignorer ou expulser le sens? On aura beau faire: cette tete de Meduse est toujours la, au centre de la langue, fascinant ceux qui la contemplent.

Forme et sens doivent se definir l'un par l'autre et ils doivent ensemble s'articuler dans toute l'etendue de langue. Leurs rapports nous paraissent impliques dans la structure meme des niveaux et dans celle des fonctions qui y repondent, que nous designons ici comme "constituant" et "integrant". Quand nous ramenons une unite a ses constituants, nous la ramenons a ses elements formels... l'analyse d'une unite ne live pas automatiquement d'autres unites. Meme dans l'unite la plus haute, la phrase, la dissociation en constituants ne fait apparaitre qu'une structure formelle, comme il arrive chaque fois qu'un tout est fractionne en ses parties. On peut trouver quelque chose d'analogue dans l'ecriture, qui nous aide a former cette representation. Par rapport a l'unite du mot ecrit, les lettres qui le composent, prises une a une, ne sont que des segments materiels, qui ne retiennent aucune portion de l'unite. Si nous composons "samedi" par l'assemblage de six cubes portant chacun une lettre, le cube M, le cube A, etc. Ne seront porteurs ni du sixieme, ni d'une fraction quelconque du mot comme tel. Ainsi en operant une analyse d'unites linguistiques, nous y isolons des constituants seulement formels.

Que faut-il pour que dans ces constituants formels nous reconnaissions, s'il y a lieu, des unites d'un niveau defini? Il faut pratiquer l'operation en sens inverse et voir si ces constituants ont fonction integrante au niveau superieur. Tout est la: la dissociation nous livre la constitution formelle; l'integration nous livre des unites signifiantes. Le phoneme, discriminateur, est l'integrant, avec d'autres phonemes, d'unites signifiantes qui le contiennent. Ces signes a leur tour vont s'inclure comme integrants dans des unites plus hautes qui sont informees de signification. Les demarches de l'analyse vont, en directions opposees, a la rencontre ou de la forme ou du sens dans les memes entites linguistiques.

Nous pouvons donc formuler les definitions suivantes:

La forme d'une unite linguistique se definit comme sa capacite de se dissocier en constituants de niveau infeieur.

Le sens d'une unite linguistique se definit comme sa capacite d'integrer une unite de niveau superieur.

Forme et sens apparaissent ainsi comme des proprietes conjointes, donnees necessairement et simultanement, inseparables dans le fonctionnement de la langue. Leurs rapports mutuels se devoilent dans la structure des niveaux linguistiques, parcourus par les operations descendantes et ascendantes de l'analyse, et grace a la nature articulee du langage.

E. Benveniste. Problemes de linguistique generale.

L'etude des sens

Un sens se forme a partir des donnees objectives, fournies par la situation, et a partir des donnees linguistiques, a savoir les ensembles lexicaux deja constitues dans lesquels s'insere tel signe nouveau...

Il faut admettre, des le depart, qu'un mot, quel qu'il soit, avant d'etre employe, avant de figurer dans un contexte quelconque, appartient a un ensemble ou a des ensembles lexicaux. C'est de cette appartenance, c'est-a-dire des relations qui l'unissent ici et la a d'autres unite, qu'il tire ses virtualites d'emploi. Lorqu'on digure la polysemie au moyen d'un schema du type:

signifiant Signifie 1

Signifie 2 Signifie 3

On construit dans le vide des relations ideales. Il serait preferable de considerer qu'un signifiant se rencontre ici parmi d'autres signifiants (1, 2, 3, 4), la parmi d'autres signifiants (5, 6,7, 8). Dans kle premier ensemble, st s'identifie par la propriete s'exprimer quelque chose qui le distingue des autres signifiants: ainsi greve (1) se determine-t-il par rapport a cessation de travail, pause, revendication ouvriere, lock-out, etc. Dans le second, par une propriete analogue (encore qu'incomparable) par rapport a st 5, 6, 7: ainsi en va-t-il de greve (2) par rapport a plage, sable, arene, etc.

On appelle cette propriete un trait distinctif ou demarcatif ou differentiel.

La definition des traits distinctifs requiert donc qu'on ait au prealable delimite les ensembles. Aussi bien constate-t-on que la morphologie, dans la mesure ou elle est l'ebauche d'une organisation semantique de la langue, se prete d'abord, et dans des conditions relativement simples, a ce genre de recherche. Un suffixe comme - erie en francais, dans l'une ou l'autre des valeurs qu'il possede degage le trait demarcatif majeur des derives que l'on forme par son moyen et dont le nombre s'accroit au fur a a mesure des besoins (cf.: le neologisme contemporain meublerie). Parmi les suffixes, certains s'associent et composent des ensembles plus larges comparables a des cadres entre lesquels se diversifie le sens d'une base.

R.-L. Wagner. Les vocabulaires francais.

Signifiant, signifie, referent

Si la semantique est la science des significations linguistiques, il reste a definir ce qu'est une signification en linguistique. Il suffit de collationner les definitions des mots signification, signifier, sens, dans les dictionnaires, pour apercevoir que longtemps la chose n'a pas ete claire; et l'etude des ouvrages de semantique actuels prouve qu'elle ne l'est pas devenue tout a fait. La semantique, a la difference de la phonologie et de la syntaxe, n'a pas encore atteint sa majorite scientifique. Beaucoup de linguistes pensent que c'est la partie de la linguistique ou l'application des principes structuralistes rencontre le plus d'obstacles, - sur la nature meme desquels toute la lumiere n'est pas faite.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaissances

1.1. Definir

Arbitraire - etymon - fonction - fonds primitif - forme - referent - sens - structure - trait distinctif.

1.2. Repondre brievement

1. Comment sont fixees dans un mot les connaissances sur une chose, un phenomene?

2. Reproduisez la definition classique du mot et du signe.

3. Quels elements entrent dans la structure de la signification?

4. Par quoi le mot, peut-il etre motive?

5. A quoi sert l'etymologie?

6. Y a-t-il un lien organique entre le mot, la structure phonique et l'objet de la realite?

1.3. Faire le point sur

1. Quelles sont les preuves que vous pouvez apporter pour souligner l'imporance du sens?

2. Pourquoi des notions de "forme" et de "sens" sont indissolublement liees dans le fonctionnement de la langue?

3. Qu'est-ce qui aide a comprendre le sens et ses changements continuels de l'unite lexicale?

4. Quels rapportes entretient le sens avec la notion?

5. Qu'est-ce qu'on a en vue quand on parle de structurer le lexique?

2. Se preparer au commentaire

Prouver et decrire un fait que le meme ensemble phonique (mot) peut etre porteur de differentes significations.

3. Se preparer a la dissertation

Sujet: Champ semantique: diversite et ambiguite

4. Pour aller plus loin

En vous aidant de la methode de se documenter et de constituer un dossier linguistique (fixer le but, l'introduction presente la demarche et le principe de recherche, quatre operations essentielles du dossier: comprendre le sujet, faire les recherches, reunir la bibliographie, organiser le dossier), realiser un dossier de quelques pages sur "Mots Motives". Indiquer les perspectives et les consequences.

Un exemple:

A. Comprenre le sujet

* Defnir les termes

Delimiter le champ de l'etude, definir tout d'abord les termes.

* Inventorier les themes principaux

Se demander quels sont les faits essentiels qui doivent absolument etre etudies?

* Etablir des objectifs de recherche

Apres avoir pris sommairement connaissance des aspects generaux de la question, on prepare une premiere serie de themes plus precis, qu'on allonge a mesure que les recherches avancent. Chacun de ces themes peut etre etudie separement.

B. Faire les recherches

Ou et comment chercher

En consultant des ouvrages, commencer par reperer la table des matieres, les index et les lexiques.

Aller du general au particulier, du simple au difficile.

Commencer la quete des renseignements par la consultation des ouvrages generaux.

C. Reunir la documentation

D. Organiser le dossier

Faire un plan detaille

Tout en aisant les recherches, il est necessaire de reflechir au plan final qui doit presenter le dossier de maniere logique, en fonction de ce que l'on veut illustrer, et aussi des ressources documentaires effectivement accessibles.

Presenter le dossier

Faire le sommaire

Rediger une bibliographie et un index.

On remarquera que le meilleur manuel actuel en France, les "Elements de linguistique generale" de Martinet, ne consacre pas de chapitre a la semantique. Cependant l'auteur refuse de se passer du sens dans l'analyse linguistique. Il y recourt pour decrire les phonemes et les monemes en vertu de l'axiome structuraliste selon lequel "une distinction est pertinente sur un plan si elle suffit a etablir une distinction sur l'autre plan": a et o sont deux phonemes en francais, parce que blanc et blond ont deux signifies differents, distingues par la seule opposition a et o. A une distinction sur le plan des signifiants correspond une distinction sur celui des signifies.

Ceci re vient a admettre , a la suite de Saussure, qu'un signe linguistique est une entite a deux faces. D'une part sa face signifiante, le signifiant du signe, est une forme phonique constituee elle-meme d'unites phoniques successives (les phonemes), ou non successives (l'accent, l'intonation). D'autre part la face signifiee, le signifie du signe, qu'on note generalement entre guillements de dialogue.

Pour completer cette presentation sommaire du concept saussurien de signe, ajoutons que le signe renvoie, dans la realite non-linguistique, a quelque chose qui n'est pas lui: Saussure l'appelle tantot la chose, tantot le concept. Les logiciens et les linguistes anglo-saxons l'appellent aujourd'hui volontiers le "referent" du signe, et le mot est passe tel quel en francais.

G.Monin. Clefs pour la semantique.

Questions demandant la reflexion:

1. Qu'est-ce qui defini la forme du mot?

2. Le sens qui est toujours present dans le mot, a quoi est-il compare quant a sa capacite?

3. Ou sont impliques les rapports de forme et de sens?

4. Que fait apparaitre la dissociation en constituants?

5. L'integration des constituants que livre-t-elle?

6. Comment se definissent la forme et le sens d'une unites linguistique?

7. Comment se forme le sens?

8. A quoi appartient un mot avant de figurer dans un contexte?

9. Qu'est-ce qu'un trait distinctif d'un mot?

10. Le referent, comment est-il defini par Saussure?

Bibliographie

1. Лопатникова, Н.Н. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Мовшович Н.А. - М., 1982.

2. Супрун, А.Е. Методы изучения лексики / А.Е. Супрун. - Мн., 1975.

3. Лингвистический энциклопедический словарь. - М. 1990.

4. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite. - Minsk, 1963.

5. Rastier, F. Sens et textualite / F. Rastier. - Paris, 1989.

6. Siblot, P. Nomination et production de sens / P. Siblot. - Montpellier, 1995.

Test 1. Le signe linguistique unit

a. un concept et un nom

b. une image et un nom

c. une chose et un nom

d. un concept et une image acoustique

2. Le signe linguistique a des caracteristiques au nombre de

a. trois b. deux

c. quatre d. cinq

3. Le plus complexe et le plus repandu des systemes d'expression est

a. la musique

b. la mimique c. la langue

d. la peinture

4. Sous l'arbitraire du signe on entend

a. la motivation par rapport au signifie

b. l'immotivation

c. l'association avec le son

d. l'expression de l'habitude collective

5. Les fonctions des mots sont au nombre de

a. deux b. trois

c. cinq d. quatre

6. Sous quels aspects se presente le mot

a. contextuel

b. phonique c. phonique et contextuel

d. phonique et morphologique

7. Pour accomplir son role le mot doit s'integrer dans

a. l'unite inferieure

b. l'unite superieure (syntagme)

c. l'unite phrastique

d. l'unite superphrastique

8. La possibilite d'idenntifier le mots dans la chaine parlee est affirmee par

a. Bally b. Rey

c. Sauvageot d. Wagner

9. Toute structuration du lexique part de l'idee que le mot est une

a. unite inseparable

b. unite non isolable

c. unite isolee

d. unite non isolee

10. Le terme "champ conceptuel" est introduit par

a. Saussure b. Sauvageot

c. Trier d. Mounin

Glossaire

Abreviation (f) - procede graphique consistant a ecrire un mot en n'utilisant qu'une partie de ses lettres, retranchement de lettres dans un mot, reduction du mot a sa lettre initiale. La marque de l'abreviation est le point abreviatif.

Affaiblissement du sens - l'emploi frequent du mot expressif entraine l'affaiblissement de la signification du mot.

Affixes - des elements significatifs qu'on ne peut pas trouver employe seuls. Ils servent dans la derivation et s'ajoutent soit avant le radica (prefixes), soit apres le radical (suffixes).

Apherese - chute d'une syllabe initiale ou d'un groupe de syllabe au debut d'un mot.

Apocope - chute d'une syllabe ou d'un groupe de syllabes a la fin d'un mot.

Calque (m) - transposition d'un element d'une langue dans une autre, par traduction.

Composition (f) - procede de creation de nouveaux mots qui consiste a associer des mots existant deja dans la langue. Ce sont les mots composes.

Concatenation (f) - changement de signification d'un mot cause par le transfer de nomination d'un objet sur un autre ayant a la base un trait nouveau.

Conversion (f) - passage d'un mot d'une categorie lexico- grammaticale a une autre.

Degradation du sens - un mot a sens positif perd sa signification et recoit un sens defavorable.

Derivation (f)- procede de formation de mots nouveaux par modifiction (addition, suppression ou remolacemnt) d'un morpheme (suffixe)par rapport a une base (radical).

Derivation impropre - se fait sans modification de forme, par changement de categorie.

Doublet etymologique - mot de meme etymologie, mais de forme differente et d'emploi differemment specialise.

Emprunt (m) - element (mot, tour) incorpore dans une langue.

Euphemisme (m) - est une expression enjolivee, par laquelle on deguise des idees desagreables, odieuses ou tristes, sous des noms qui ne sont point les noms propres de ces idees.

Formation semantique des mots - changement des significations des mots.

Inseparabilite (f) - critere d'inseparabilite, c'est-a-dire l'impossibilite d'intercaler un morpheme quelconque, fonctionne bien evidemment pour les unites morphologiquement et graphiquement simples telles que couteau, pendule, animal, ainsi que pour les unites morphologiquement composees, mais graphiquement simples, telles queanticonstitutionnellement; mais son role principal est de tester le caractere lexical d'unites graphiquement complexes telles que pomme de terre ou assistante sociale. Impossible de dire pomme jaune de terre ou assistante tres sociale.

Irradiation (f) - designation de differents objets ayant un trait commun.

Renforcement du sens - glissement du sens de l'espece au genre quand le referent perd un trait concretisant et le mot passe de l'usage limite a l'emploi elargi.

Litote (f) - est une expression affaiblie quand on dit moins qu'on ne pense.

Metaphore (f) - transfert de denomination (substitution) par analogie, souvent lie a une "comparaison abregee".

Metonymie (f) - designation d'un objet par le nom d'un autre objet qui fait comme lui un tout absolument a part mais qui lui doit ou a qui il doit lui-meme plus ou moins, ou pour son existence, ou pour sa maniere d'etre.

Modele (m) - concept fondant l'analyse, representation simplifiee d'un systeme.

Onomatoppe (f) - creation de mot suggerant ou cense de suggerer par imitation phonetique la chose denommee; le mot imitatif lui-meme.

Periphrase (f) - elle remplace le mot par sa definition.

Prefixes - affixes qui se placent devant un radical nominal, verbal ou adjectival. Ils n'entrainent pas de changement de classe grammaticale. Ils servent dans la derivation.

Restriction du sens - specialisation de signification.

Suffixes - affixes qui se placent a la fin du radical du nom, de l'adjectif ou du verbe. Ils entraine souvent un changement de classe grammaticale et des modifications orthographiques du radical.

Systeme formatif - ensemble de procedes de formation de nouveaux mots.

Telescopie (f) - procede de creation de nouveaux mots qui consiste a abreger des parties des mots pour former un mot en les faisant emboiter les uns dans les autres.

EE1 Evolution du sens des mots

Le lexique de toute langue est lie a l'activite humaine et se renouvelle constamment. Le renouvellement se fait par trois voies essentielles: par la formation des mots nouveaux, par l'evolution du sens des mots deja existants (ressources internes), par les emprunts aux autres langues (ressource externe).

La structure semantique et l'evolution du sens sont etudiees par la semasiologie (branche speciale de la lexicologie).

Nous avons deja vu qu'il existe des liens indissolubles entre la pensee humaine et la langue, entre le mot et la notion. Le sens etymologique (primitif) est souvent son sens essentiel. Ainsi beaucoup de mots herites du latin populaire ont conserve leur sens primitif. Mais souvent le sens essentiel change au cours des siecles, son sens primitif tombe dans l'oubli. Tel est le cas des verbes: partir-partager, travailler-tourmenter, noyer-tuer, des substantifs: tete-pot, bouche-joue, tige-flute, livre-ecorce d'arbre, cadeau (provencale) - lettre capitale, puis ornement offert aux dames, puis-present. Ainsi actuellement le sens essentiel de tete est son sens derive, tout comme pour tige, cadeau, travailler, partir, noyer. Le sens derive peut acquerir a son tour des acceptions secondaires, figurees. Le mot tete a recu au cours des siecles une quantite de significations secondaires, figurees: esprit, intelligence, raison, sang-froid. Son sens derive a completement efface son sens primitif.

Toutefois, le sens essentiel est habituellement stable et sert de base pour l'evolution semantique des mots.

La majeure partie des mots francais sont polysemiques. Polysemie est la faculte d'un meme mot d'avoir a une epoque donnee plusieurs significations puisqu'il peut designer plusieurs objets, faits s'ils ont des traits communs. La polysemie reflete avec evidence la faculte de notre pensee de generaliser les faits de la realite.

En francais, la polysemie est propre surtout aux verbes et substantifs (parce qu'il manque de moyens formatifs). Mais en contexte, le mot a plusieures significations a un sens bien determine. La polysemie et monosemie presentent une unite dialectique. Dans l'esprit le mot existe avec tous ses sens latents qui s'actualisent dans la parole, le contexte. Les ecrivains se servent largement de la polysemie pour rendre leur langue plus expressive.

La signification du mot est conditionnee par plusieurs facteurs. Le premier est local: le sens du mot depend du territoire ou il est employe. Dans certains parlers locaux le mot pommier signifie l'arbre, la femelle - la femme, jeune homme - un celibataire. Il est possible de dire un vieux jeune homme - vieux celibataire.

Le verbe grander a le sens de dire, ble signifie seigle, ruse a le sens d'intelligent, different est le synonyme de poli. Le second facteur important est le facteur temporel, le sens du mot est une categorie historique qui change au cours des siecles. Ainsi au 15 siecle, le mot patriote etait synonyme de compatriote, au 18 s., le mot libertin avait le sens de libre-penseur, honnete homme s'associait avec un homme du monde. Au Moyen-Age franchise etait synonyme de liberte, riche - puissant. Au 16s. bourgeois - citoyen et citadin - habitant d'un bour, docteur-maitre, precepteur. Le troisieme facteur est le facteur social. Le milieu social peut determiner a lui seul le sens du mot polysemique. Le facteur professionnel n'est pas a negliger. Couche, bloc, orientation ont des sens differents pour un geologue et un homme politique. Dislocation et crise sont compris differemment par un medecin et un historien.

Сauses de l'evolution du sens

Elles sont conditionnees par l'evolution des notions et par les besoins de la communication entre les hommes. Les causes sont extra et intralinguistiques. Extralinguistiques sont les changements de sens dus au developpement de la vie sociale, economique et culturelle, au progres de la mentalite humaine. Intralinguistiques ont un caractere purement linguistique.

Citons quelques exemples des causes extralinguistiques: chomer (ne pas travailler pendant la chaleur) a pris son sens actuel avec le developpement de la societe capitaliste avec l'apparition des sans travails. Ont change de sens usine, fabrique, manufacture. Usine (atelier) au 18 s. est un etablissment ou l'on travaillait le fer a l'aide de machines. Au 19 s. le mot prend deja son sens actuel (tout etablissement pourvu de machines modernes; manufacture et fabrique apparaissent au 16 s. avec le sens fabriquation. Au 17 s. ilscommencent a designer un etablissement industriel. De nos jours ils sortent de l'usage.

Avec le progres les mots evoluent du concret a l'abstrait. Cela se voit sur les exemples des verbes: comprendre, entendre, penser, rever, savoir. Comprendre du latin cumprehendre (saisir avec), entendre - de intendere (tendre), savoir (gouter) et rever (vagabonder). Pensare a donne deux verbes: concret-peser, abstrait-penser. De nos jours: creuser un fosse (concret) - creuser une idee, aborder un navire - aborder un sujet, declencher la guerre - declencher un souvenir, canaliser un fleuve-canaliser l'attention. Le mot style avait originairement un sens concret (baguette pour ecrire), stylo (garde le sens primitif), code du latin codex designait a l'origine une planche sur laquelle on ecrivait.

L'evolution du sens des mots s'effectue par deux moyens essentiels: par la restriction et par l'extension de leur sens. Les mots subissent la restriction de sens, s'ils commencent a exprimer une notion plus restreinte. Adjudant, lieutenant, sergent, capitaine, officier avaient a l'origine un sens considerablement plus large: adjudant-aide, remplacant; lieutenant-remplacant tenant le lieu de qn; sergent (serviteur), capitaine (chef), officier (employe). Ces mots etaient usuels, puis ils deviennent specialises dans la terminologie militaire. Ils ont perdu le sens general et recu un sens plus restreint, un sens special. Ce moyen enrichi la terminologie speciale, mais aussi le lexique de tous les jours. Pondre les oeufs vient du verbe latin ponere (poser); noyer - de necare (tuer), labourer la terre - de laborare (travailler), reussir (aboutir). Leur sens primitif est plus large que leur sens actuel. Voiture - tout moyen de transport, aujourd'hui - une automobile.

Le phenomene contraire est l'extention du sens des mots. Le mot commence a designer une notion plus generale. Panier du panarium (une corbeille pour le pain), puis corbeille pour tout. Cadran du latin quadrans, antis eut longtemps le sens de carre. Au 14 s. le sens primitif disparait. De nos jours les cadrans des montres peuvent avoir les formes les plus diverses. Ont elargit leur sens climat, bloc, crise, orientation, combat, camp, partisan, combattant, lutte.

Degradation/ennoblissement

Ses mots ont souvent un caractere conventionnel, subjectif. Vilain (de villa), rustre (de rus (village), paien (de pagus (village) qui designaient tous a l'origine un paysan, un villageois ont subi une degradation et recu un sens defavorable a cause du mepris que temoignaient les aristocrates pour les gens laborieux. Valet vient de vasselet (petit vassal). On ressent maintenant le sens defavorable dans les expressions avoir une ame de valet, un valet de Wall-Street. De nos jours on appelle les domestiques - gens de maison, la servante, la bonne. Le sou du latin solidus (solide) etait a l'origine une monnaie d'or a valeur stable, solide. La livre (une livre d'argent) s'est depreciee aussi.

Ennoblissement - le mot ayant primivitement un caractere neutre, designe une qualite, un fait positif. Reussir (aboutir a l'origine) (heureux ou malheureux), maintenant exclut completement l'idee d'echec. Fortune (sort, destin heureux ou malheureux). Actuellement ce mot designe la chance. Succes (resultat bon ou mauvais) - maintenant, seulement le cens positif.

Affaiblissement

A l'origine le mot avait une valeur tres expressive, puis finit par recevoir un sens neutre. Etonner a maintenent le sens neutre, mais a l'origine - frapper comme par le tonnerre. Gener (torturer au 17 s.). Ennui designait primitivement douleur, chagrin profond. Faible provient du latin flere (pleurer), on entendait par faible celui qui devait etre pleure par les autres. Blanc signifiait a l'origine brillant. On le trouve dans l'expression les armes blanches qui brillent-epee, sabre. Abimer signifiait etymologiement precipiter dans un abime. De nos jours il est synonyme de gater. Le verbe gater venu du latin vastare (devaster) a subi un afaiblissement considerable de sa signification primitive. Autrefois gater un pays signifiait le devaster, le ravager.

Metaphore

Les transformations du sens propre des mots vers le figure peuvent etre classees en tropes. Le trope signifie "tour, tournure". Il y a les tropes metaphoriques et metonymiques qui different par le caractere des liens qui associent les notions. Les tropes metonymiques ont un caractere plus concret, plus materiel, moins subjectif que les tropes metaphoriques.

La metaphore contribue largement au constant renouvellement du lexique francais. Il vient du grec metaphora (transfert). Il applique le nom d'un objet a un autre grace a un trait commun qui se presente a notre esprit et permet de les rapprocher. La metaphore apparait a la suite des associations de ressemblance qui portent un caractere plus ou moins subjectif. On dit d'un homme ruse, semblable a un renard - Un renard. La metaphore est une espece de comparaison condensee dans un seul terme, elle repose sur des rapports de ressemblance. La lexicologie s'interesse aux metaphores linguistiques qui, devenues d'un emploi courant, font deja partie du vocabulaire. Elles ont habituellement un caractere use et passent inapercues. Les ailes d'un moulin, une feuille de papier, le temps fuit, une sante de fer. Elles sont souvent issues de metaphores stylistiques (creations individuelles). La metaphore procede toujours par l'extension de sens. Elle peut rapprocher deux objets materiels: une feuille d'arbre et une feuille de papier ou une feuille de route.

La methaphore rapproche souvent un fait moral d'un fait materiel et inversement: clarte du jour et la clarte de la pensee, secheresse du sol et la secheresse du caractere; Un gai soleil, une motagne chauve - on attribue aux objets inanimes des qualites humaines, on les personnifie, d'ou le nom de personnification. Le francais abonde en metaphores antropomorphiques: le pied d'une colline, les bras d'un fauteuil, le nez d'un navire, les dents d'un peigne, la bouche d'un fleuve.

La metaphore sert souvent a exprimer des idees abstraites. Aveugle devouement, un mecontentement sourd, un accueil glacial, un homme d'age mur, un profond chagrin.

Nombre de metaphores ont un caractere social tres prononce. Les gendarmes sont bourriques, tiges, vaches - mepris pour la police. Le coq chanteur - la radio de Petain.

La metaphore est une source inepuisable d'enricheissement de l'argot et du langage populaire. L'argent c'est graisse, huile, braise, beurre. Un sous - un rond, 5 sous - une roue de devant, 5 francs - une roue de derriere. Partir pour la Belgique - s'enfuir en emportant ce qu'on a vole; la fausse cle - le rossignol; jouer de la harpe - se trouver dans la prison (guitare et violon).

Metonymie

D'origine grecque le mot signifie changement de nom. Elle est fonde sur des rapports plus reels, plus concrets, par exemple sur les rapports du contenant et du contenu, du tout et de la partie, de la matiere et de l'objet fabrique.

La synecdoque (grec-comprehension) prend la partie pour le tout ou le tout pour la partie. On designe l'objet, l'etre par une de ses qualites plus ou moins notable: un bon fusil, une fine lame, une bonne fourchette (gourmand), les robes noires (le clerge), les pantalons rouges (soldats francais). On appelle les militaires sabre, fusil, baionnette, les musiciens - violon, premier violon, flute; les acteurs - m'as-tu-vu; les Italiens - Macaronis (nourriture preferee).

La synecdoque prend encore le singulier pour le pluriel ou le pluriel pour le singulier: l'homme pour l'etre humain, le nom propre pour le nom commun: tartuffe, harpagon, cresus, gavroche.

La metonymie peut prendre: le contenant pour le contenu ou inversement: toute l'universite a pris part a la manifestation (professeurs et etudiants). Le parterre et les loges applaudissaient (les spectateurs). Prendre une assiette de soupe (contenu). La matiere pour le produit: un verre de the, le fer a repasser. Le lieu pour le produit: cachemire, perse, camembert, roquefort, bourgogne, champagne. Les noms d'inventeur, d'ecrivains passent a leurs oeuvres, mansarde, guillotine, tilbury. J'ai lu tout Hugo, il joue du Chopin. Les onomatopees secreeent souvent par la voie metonymique. Le cri pousse par un animal sert a nommer l'animal, l'instrument: coucou, chouette, crin-crin, frou-frou (robe).

Euphemisme

Il provient de deux mots gtrecs: eu-bien et phemi-je parle et signifie adoucissement de sens. On s'en sert pour cacher le vrai sens du mot. C'est un procede semantique tres ancien. On y retrouve des echos des tabous-interdictions de prononcer un mot de peur d'appeler le malheur sur soi. (Superstition, politesse, decence). L'ours - grand frere. Jurons presentent les formes defigurees du mot Dieu. Morbleu (je jure par la mort de Dieu), ventre bleu (ventre de Dieu), nom de nom, nom de pipe (au lieu de nom de Dieu). Mourir - trepasser, passer au dela, s'endormir, s'endormir du dernier sommeil, rendre l'ame, quitter le monde, fermer les yeux. L'argot connait beaucoup d'euphemismes: tuer - refroidir, apaiser - expedier, fuir avec les objets voles - sauver la caisse.

La litote est un cas particulier des euphemismes, on l'emploie pour cacher les defauts des hommes. Un homme ivre - dans les vignes du seigneur, illumine, dans les brouillards. Pour ne pas dire qu'il est sot on dit il n'a pas invente la poudre, le fil a couper le beurre, il n'est pas un grand clerc. Un homme pauvre - a sec, loge le diable dans sa bourse, tire le diable par la queue.

Hyperbole

Elle est un procede propre a la stylistique. Pourtant les hyperboles usuelles sont du ressort de la lexicologie. On exagere les faits en se servant d'hyperbole. Beaucoup de formules de politesse avaient originairement un caractere hyperbolique. Enchante de vous voir, ravi de vous voir. On finit la lettre par affectueusement votre, cordialement tien, tibissime. On finit la lettre officielle par je vous prie d'agreer l'assurance de mon profond respect. C'est formidable, du tonnerre, c'est epatant.

Ainsi, au cours de l'histoire du francais une quantite de mots ont subi une evolution semantique. Chaque mot a sa propre histoire et sa propre destinee, parfois tres curieuse et interessante.

Bibliographie

1. Лопатникова, Н.Н.Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Н.А. Мовшович. - М., 1982.

2. Супрун, А.Е. Методы изучения лексики / А.Е. Супрун. - Минск., 1975.

3. Лингвистический энциклопедический словарь. - М., 1990.

4. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite. - Minsk, 1963.

5. Rastier, F. Sens et textualite / F. Rastier. - Paris, 1989.

6. Siblot, P. Nomination et production de sens / P. Siblot. - Montpellier, 1995.

Travaux diriges

Le lexique n'est pas un "tas de mots"

Tous les linguistes d'aujourdhui demeurent d'accord qu'il doit y avoir une organisation quelconque du lexique, et de son contenu: les significations. Tous demeurent d'accord qu'il est impossible de penser que les mots sont presents d'une maniere ou de l'autre dans notre tete sous la forme d'elements totalement isoles les uns des autres. Mais en meme temps beacucoup de linguistes ont jusqu'ici repete que cette organisation des significations, meme vue a travers le lexique, resiste a toute analyse exhaustive de type structural.

Ceux qui supposent toutefois que cette structure existe pensent que nous ne la percevons pas (peut-etre provisoirement) pour trois raisons au moins. D'abord, a cause de "la difficulte qu'on eprouve a manipuler la realite semantique sans le secours d'une realite concrete correspondante, phonique ou graphique" (Martinet); c'est-a-dire a cause de la difficulte d'analyser les signifies saussuriens sans recourir aux signifiants linguistiques qui nous les manifestent generalement. Si l'on analyse les signifies au travers et au moyen de leurs signifiants, on peut esperer structurer formellement les signifiants d'un lexique, mais non la semantique d'une langue, la totalite des significations qu'elle vehicule.

Ici parait la deuxieme raison pour laquelle une structuration des significations s'avere si difficile. Des significations quelquefois tres importantes dans une civilisation donnee, peuvent ne pas etre manifestees par des termes isoles. Ainsi le mot talion ou son equivalent peuvent ne pas exister pour une civilisation qui possede la notion juridique que "si un homme, dans une querelle, casse le bras d'un autre homme, on lui cassera le bras a son tour". Pourque l'analyse lexicale recouvre exactement toute l'analyse semantique, il faudrait que tous les concepts aient un nom particulier d'une part, et qu'ils expriment la totalite des significations liees a une civilisation d'autre part. Ce qui n'est jamais le cas.

La troisieme des raisons qui lontemps ont fait douter de la possibilite d'une structuration semantique: l'immensite du domaine embrasse. Decrire la semantique d'une langue, la totalite des significations qu'elle manifeste, ne serait rien de moins qu'etudier la totalite des contenus de civilisation qui s'expriment par cette langue, - et rien de moins que tenter d'en decouvrir la structuration totale.

A ces trois raisons, je serais de plus en plus tente d'en ajouter une quatrieme: la structuration lexicale, celle des signifiants, et la structuration semantique, celle des signifies, pourraient bien ne pas etre des procedures unitaires, mais des ensembles extremement complexes de structuration de types tres differents, peut-etre juxtaposees, peut-etre integrees, mais selon des regles que nous n'apercevons pas encore. Ceci expliquerait un fait que tout le monde a bien apercu, depuis Meillet qui disait: "Au contraire de la phonetique et de la grammaire, les mots ne constituent pas un systeme (une structure); tout au plus forment-ils des petits groupes".

G. Mounin. Clefs pour la semantique.

La metaphore

Derriere la plupart des locutions, on trouve une image qui en motive le sens. Formes techniques, affectives ou familieres du langage, elles sont essentiellement metaphoriques; et ces metaphores prennent certaines formes, obeissent a certaines tendances qui constituent les lois de ce type d'expression; lois qui, une fois reconnues, nous permettent de retracer une evolution.

La comparaison sous sa forme la plus fruste, articulee sur l'adverbe comme, est la figure essenteille des constructions locutives. On multiplierait a l'infini les exemples et je me contenterai de donner ici une courte liste de locutions de ce type: amis comme cochons, aveugle comme une taupe, clair comme de l'eau de roche, leger comme un elephant, long comme un jour sans pain, muet comme une carpe, heureux comme un roi, comme un poisson dans l'eau, sage comme une image, sot comme un panier, sourd comme un pot, trempe comme une soupe, etc.

La comparaison peut aussi affecter une action verbale dans: courir comme un derate, ecrire comme un chat, mentir comme un arracheur de dents, raisonner comme une pantoufle ou un tambour creve, etc.

La metaphore est une comparaison avec ellipse du premier terme et dans laquelle le caractere signifie se trouve implicitement inclus dans le terme signifiant: un homme lourd comme un elephant est un elephant.

P. Guiraud. La semantique.

Evolution semantique

La nomination semantique ou stylistique est un acte createur et conscient. Une fois le mot cree, par transfert de sens ou de toute autre maniere, son sens peut evoluer spontanement; en fait il evolue dans la presque totalite des cas.

Tout mot est un complexe d'associations. Il suffit que l'une se developpe pour qu'elle empietre sur le sens et finisse par l'alterer, par l'etouffer et finalement par le remplacer.

Tete est a l'origine une metaphore stylistique par association de la tete (primitiement chef) a un pot de terre (en latin testa); metaphore vulgaire a intention comique et satirique qu'on retrouve dans toutes les langues; voyez le francais moderne citron, patate, cafetiere, etc.

Il y a ensuite un glissement du rapport associatif.

* D'abord comparaison, c'est-a-dire association de deux images autonomes, la tete a cote du pot, un chef comme un pot (tete);

* ensuite metaphore ou surimpression des deux images, la tete s'incrit dans le pot, un chef qui est un pot;

* puis valeur stylistique; l'image du pot s'efface et il ne reste plus que l'association vague avec quelque chose de comique et de grossier, un chef rond et fruste;

* enfin le mot se semantise; le reflet expressif s'obscurcit; le mot tete designe un pure concept et remplace chef.

Ce dernier cependant survit avec une valeur socio-contextuelle; c'est un archaisme, un mot noble; une tete "blachie sous le harnois"; tandis qu'a la gauche de tete semantise, poire, cassis, citron apparaissent deja qui l'elimineront peut-etre un jour.

On voit qu'il y a un deplacement a l'interieur du carre des associations signifiantes: tete est passe de la case "valeur expressive" a la case "sens de base"; chef de "sens de base" a "valeur socio-contextuelle".

Un autre deplacement tres frequent et tres naturel est celui du sens contextuel vers le sens de base, dans "frite" un des sens du mot (pommes de terre frites) a fini par eliminer les autres.

Ainsi le sens des mots resulte d'un double proces; la nomination et l'evolution spontanee des valeurs de sens; les deux phenomenes sont complementaires et interdependants, mais ils doivent etre distingues.

P. Guiraud. Les locutions francaises.

Questions demandant la reflexion

1. A quoi consiste le paradoxe auquel est confronte le chercheur au depart des recherches sur la structuration lexicale?

2. Quels sont les trois raisons pour lesquelles la structure lexicale existe?

3. Quelle est l'hypothese de l'auteur a propos de la structuration des signifiants et signifies?

4. Les locutions francaises, conteinnent - elles une image qui en motive le sens?

5. Comment l'auteur, voit-il la nomination semantique?

6. Est-il vrai que tout mot est un complexe d'associations? Provez-le!

7. Quels types de deplacements des associations signifiantes peut-on observer?

8. De quoi resulte le sens des mots?

Bibliographie

1. Guiraud, P. La semantique. "Que sais-je?" / P.: Guiraud: - Guiraud. PUF, 1969.

2. Guiraud, P. Les locutions francaises. "Que sais-je?" / P.: Guiraud. P., PUF, 1967.

3. Mounin, G. Clefs pour la semantique. Col."Clefs" / G. Mounin. - P.: Seghers, 1972.

4. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite. - Minsk, 1963.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaisances

1.1. Definir

Evolution du sens - intralinguistique - sens propre - sens figure - trope metaphorique

1.2. Repondre brievement

1. Quelles sont les causes extra et intralinguistiques de l'evolution du sens des mots?

2. Comment s'effectuent les transformations du sens propre des mots vers le figure?

3. Quels sont les facteurs qui conditionnent la signification des mots?

4. Quelle est la difference entre les tropes metonymiques et metaphoriques?

5. Quel est le role du glissement de sens, de l'affaiblissement de sens dans le systeme des voies d'enrichissement du vocabulaire?

6. Comment est definie la motivation et quels sont ses moyens essenteils?

7. Precisez la difference entre le sens etymologique et le sens essentiel (principal).

8. Expliquez la difference entre la polysemie et la largeur du sens.

1.3. Faire le point sur

a. Quelles sont les differences entre les hyperboles stylistiques et linguistiques?

b. Quelle est la productivite des modeles de l'evolution semantique?

c. Quelle est la difference entre les voies semantique et formative des mots?

d. Precisez les causes linguistiques de l'evolution semantique des mots.

1.4. Faire les devoirs

1. Precisez la nature de l'evolution semantique (affaiblissement, renforcement, restriction, extension) des mots suivants:

Courage - accident - etonner - amant - gene - melancolie - charme - reverie- debile - police - prevenir - navre - seduire - foi - fabuleux - enchante.

2. Redigez deux phrases avec chacun des mots qui suivent: l'un - au sens propre, l'autre - au sens figure:

Empoisonner - escalade - noir - briser - entorse - blanc - brique - bastion- effacer - gris - debarquer - clou - pondeur - viser - frapper.

3. Recensez tous les sens possibles du mot caractere, et faites apparaitre chacun d'eux dans une phrase de votre composition.

4. Relevez tous les termes appartenant au champ lexical du travail.

5. Expliquez le sens du mot lithurgie, en tenant compte des racines grecques qui le constituent: litho - et - urgie. Definissez le mot homonyme liturgie, et employez-le dans une phrase.

6. Faites une fiche lexicologique sur le mot critique, en faisant bien apparaitre ses differents sens (sa polysemie), comme nom et comme adjectif.

2. Se preparer au commentaire

Le mot dans la langue est polysemique et dans le discours il a le seul sens, comment pouvez-vous l'expliquer?

3. Se preparer a la dissertation

Sujet: La polysemie

3.1. Explorer le sujet

1. Reflechir au terme polysemie.

2. Quels sont les facteurs qui permettent la polysemie ?

3. Sens et l'emploi d'un mot

4. Polysemie dans la langue.

3.2. Plan possible

3.3. Rediger l'integralite du devoir

4. Pour aller plus loin

Test

1. Le sens d'une forme est definie par

a. la totalite de ses emplois

b. sa structure formelle

c. les conditions de vie de la structure

d. l'espece de la forme

2. La valeur semantique d'un mot c'est

a. son emploi b. sa distribution

c. son sens d. sa structure formelle

3. La semantique releve des sciences

a. logique, pshycologie et linguistique

b. pshycologie et linguistique

c. sociologie d. pshycologie

4. Polysemie est

a. l'existence de plusieures formes d'un mot

b. l'existence des concepts differents

c. l'existence de plusieurs sens pour un meme nom

d. l'existence des rapports multiples entre les formes

5. Le mot tire son sens de

a. sa structure formelle

b. du contexte

c. sa structure phonetique

d. sa structure phonetique et formelle

6. Dans chaque mot on trouve des associations

a. du sens de base

b. du sens contextuel

c. de la valeur expressive et sociale

d. de tous ses quatre types

7. Le chat est l'etymon commun aux concepts

a. ustencils b. hypocrite

c. monnaie

d. hypocrite, monnaie, prostituee

8. La semantique c'est la theorie

a. des formes linguistiques

b. des enveloppes phonetiques

c. des significations linguistiques

d. des structures lexicales

9. La semiologie c'est la science generale

a. des sens

b. des signes c. des criteres

d. des rapports

10. La construction de la semiologie est faite par

a. Saussure

b. Bally c. Hjelemslev

d. Guillaume

EE2 Formation des mots

Les mots francais se decomposent en morphemes. Le morpheme est la plus petite unite lexicale significative. Le francais connait des mots simples, des derives et des composes. Les mots simples ne se decomposent pas a l'etat actuel de la langue: terre, ciel, lune, femme, homme, chien. Les derives se decomposent en racines, porteurs de la signification lexicale du mot, et affixes (suffixes et prefixes) appeles a modifier l'idee du radical par une idee secondaire. Les prefixes sont toujours preposes a la racine, les suffixes lui sont postposes. Ainsi le mot desatomisation comprend la racine atom, le prefixe de-qui marque l'oppostion par rapport a l'idee de la racine et le suffixe-isation. La racine est la partie originaire, immuable, du mot. Elle forme avec les affixes le theme qui s'oppose a la desinence (terminaison) qui a une valeur purement grammaticale. La formation de mots nouveaux sert avant tout a la communication de nos idees et de nos sentiments. Elle est aussi largement utilisee dans des buts expressifs. On forme des mots nouveaux a la base des elements et modeles de formation existant deja dans la langue. Les modeles de formation agissent generalement au cours de longs siecles, toutefois leur stabilite n'est que relative. Les changement dans le systeme de formation se font tres lentement en comparaison du renouvellement du vocabulaire. On constate la disparition de - age pour former des adjectifs (ramage) et l'apparition de - ique au 16 s. (empirique, domestique, excentrique). Apparaissent les suffixes-bus (trolley-bus, bibliobus), -tron, -rama.

Dans le francais d'aujourd'hui des derives et des composes se creent constamment, tandis que de nouveaux mots simples apparaissent rarement.

Quels sont les moyens productifs de la formation des mots dans le francais d'aujourd'hui?

Parmi les moyens productifs de la formation on doit citer l'affixation (formation morphologique) - boxeur, sportif, relire - la conversion (formation morphologo-syntaxique) - pouvoir-le pouvoir, elu-les elus, et la composition (caractere syntaxique) - lance-parfum, vaisseau-spoutnik. La derivation (formation morphologique) reste en francais d'une vitalite intarissable.

Le vocabulaire francais tire son origine du latin populaire transporte en Gaule a l'epoque de la romanisation. A partir du 8 siecle, une foule de mots du latin classique inonde le francais, d'ou il apparait que les familles de mots francaises ont deux couches bien distinctes: les mots de formation populaire et savante. Les mots de formation savante sont plus proches par leur aspect phonique des mots latins (ils ont penetre en francais a l'epoque ou les changements phonetiques essentiels (chute des voyelles finales, des consonnes intervocaliques, deplacement de l'accent) ont cesse de se produire. On distingue les modeles de formation morts et vivants. Le modele est vivant, si le sens des morphemes est clair, du moins perceptible. Ainsi les mots alouette, tabouret ne se decomposent pas actuellement en morphemes (radical et affixes). Les affixes -et , -ette dans ces mots sont morts. Pourtant les memes affixes sont vivants dans les mots: maisonnette garconnet.

La derivation suffixale est un prodece de formation bien vivant et productif en francais contemporain. Telle est l'opinion des linguistes russes et francais (A. Darmesteter, K. Nyrop, E.Pichon. Le contraire est dit par Bally, Marouzeau, Dauzat. Le francais a possede plus de cent suffixes differents; les uns vivant a l'origine, se sont eteints; les autres, nes au cours de l'evolution de la langue, restent encore productifs sans rien perdre de son energie primitive. La forme de certains suffixes a change par suite des modifications de la prononciation; souvent aussi, la signification a change evec le temps. -Eur, -ie, -ain, -esque, -ade, -ance, ence - suffixes nominaux sont devenus moins productifs en comparaison avec l'ancien francais. - Ment a ete remplace par -ation (ameliorement-amelioration), -eur est remplace par -esse (tristeur-tristesse). La fonction des suffiexes et leur signification ont change avec le temps. -Age (aticum) formait des adjectifs (ombrage, ramage). Des le 15 siecle il forme des substantifs a valeur collective: feuillage, plumage, personnage (agent). De nos jours il forme des noms d'action (blocage, allumage). Le suffixe germanique -ard s'ajoute de preference aux radicaux verbaux, il indique l'agent de l'action, il a un sens pejoratif: dormard, paniquard, pleurnichard, politicard. Autrefois il formait les nom propres: Bernard, Gerard, Bonnard, les noms des males d'animaux: canard.

La derivation suffixale reste une source inepuisable pour le fonds usuel, pour la terminologie technique et politique. Elle est feconde pour la formation des noms et des adjectifs, neologismes verbaux.

Du point de vue de leur origine on peut classer tous les suffixes en suffixes d'origine latine, de formation franaise et d'origine etrangere. La majeure partie des suffixes francais est d'origine latine. Parmi les suffixes empruntes sont: -iste, -isme, -iser (grecque), -ard, -aud (germanique) -criard, nigaud, -ade, -esque(italien) - marinade, limonade, fusillade, romaneque - peu productif aujourd'hui. Les suffixes de formation francaise ont des formes composees -elet, -illon, -eron, -ailler, -iller, -ocher (appreciatifs) - maigrelet, cendrillon, sautiller, parlocher.

Il y a deux grands groupes de suffixes: nominaux et verbaux. Les suffixes productifs nominaux se subdivisent en trois groupes essentiels: 1. des noms d'agent; 2. des noms abstrait; 3. appreciatifs.

1. parmi les suffixes les plus productifs sont: -eur, -euse, -ateur, -iste, -ier, -ien: chauffeur, bronzeur, couvreur, boxeur footballeur, liquidateur, provocateur, commentateur, exploitateur (agent, aspirateur, carburateur, reacteur (instrument); opticien, acousticien, physicien, phoneticien (agent); irakien, indien, parisien canadien (nationalite et habitant); -iste- hommes de science, d 'art, de lettres (impressioniste, naturaliste, realiste, portraitiste, publiciste, germaniste, romaniste); des ouvriers (ceramiste, filigraniste, fumiste, ebeniste; -isme (theorie) socialisme, colonialisme, realisme, nazisme. Suffixes d'agent sont aussi -logue, -graphe, -cide: hydrologue, sociologue, biologue, bibliographe, regicide, infanticide, parricide.

Les suffixes des noms abstraits: d'action: -ure, -ature, -ade, -aison, -ation, -ition, -erie, -ee, -ement, -age, -ade; ils s'ajoutent a des radicaux verbaux: (brulure, signature, exploitation, conjugaison, repetition, reverie, arrivee, abordage, lancement, fusillade); de qualite: -eur, -te, -ite, -esse, -isme, -ence, -ance, -itude (douceur, bonte, gravite, sagesse, platitude, patience, constance qui s'ajoutent aux radicaux d'ajdectifs). La premiere place revient au suffixe latin - ation. Il est largement employe dans la terminologie politique: nationalisation, planification, protestation, realisation, massification, normalisation, standartisation, irradiation. La seconde place est occupee par -ement, -age, - raffinage, frittage, betonnage, gommage, pressage. -Ment forme des noms designat des bruits et des cris d'animaux: chuchotement, grondement, ruissellement, coassement, croassement, miaulement; un etat humain: ahurissement, accroupissement. Termes techniques et politiques - abolissement, armement, rearmememnt, recrutement, ecoulement.

Suffixes de qualite: s'ajoutent aux radicaux nominaux, designent des qualites physiques et morales. -Esse, -eur, -tude: adresse, faiblesse, finesse, rudesse, grandeur, torpeur, altitude, platitude. -Ite est le plus productif: elasticite, filmabilite, linearite, instabilite, subjectivite, activite.

Suffixes appreciatifs

Parmi les suffixes nominaux appreciatifs formant les noms et les adjectifs sont a distinguer les suffixes diminutifs et pejoratifs ou depreciatifs.

Diminutifs sont: -et, -ette, -ot, -otte, -eau, -on: wagonnet, poulet, voiturette, vieillot, Margot, frerot chaton, ourson. Les suffixes composes -elet, -elette, -illon, -icule, -ichon, -eron: maigrelet, gouttelette, negrillon, maigrichon. Ils s'ajoutent aux radicaux nominaux, forment des noms propres, communs et des adjectifs. Expriment non seulement une attitude subjective mais recoivent parfois une valeur quantitative -atre marque l'affaiblissement de la qualite exprimee par le radical: blanchatre, jaunatre, rougeatre, noiratre. Valeur pejoratifs est acquise par -aille, -asse: fiancailles, semaille, paillasse; depreciative: canaille, politicaille, homasse, paperasse.

Suffixes des adjectifs

Moyen productif de la derivation. Tres feconde dans la formation des noms geographiques: nicois, martiniquais, toulonnais, congolais, syrien. Se sont maintenus au cours de l'histoire: -able, -ais, -ois, -ien, -if, -al. Ont pris d'autres significations: -age. Les plus productifs: -able, -al, -ique, -iste, -ien, -ier, -ique marque les qualites: energique, pacifique. Largement employe dans la terminologie politique et technique: democratique, plastique supersonique.

-al, -el donnent: automnal, colonial, doctrinal, electoral, social, gouvernemental, culture, actuel, conceptuel, criminel, formel, personnel, universel. S'ajoutent aux radicaux nominaux.

-able est l'un des plus employes: faisable, discutable, inlassable. Exprime une qualite active ou passive: mangeable, buvable, epouvantable.

-ible - peu productif

-if, -ive s'ajoutent a des radicaux verbaux: actif, abolitif, administratif, passif, legislatif.

-eux, -euse - peu productifs.

Suffixation verbale

Elle est moins productive que la derivation nominale. Pourtant on trouve un certain nombre de neologismes recents avec les suffixes -r, -iser, -ifier et les suffixes pejoratifs.

-iser, -ifier forment la terminologie technique ou politique, s'ajoutent a des radicaux nominaux:

-iser: autoriser, actualiser, attiser , politiser, ecraniser, climatiser, sonorise

-ifier: electrifier, planifier, typifier, radifier.

Les suffixes verbaux pejoratifs sont assez productifs surtout dans le style familier. Ils s'intercalent entre le radical et la terminaison verbale en ajoutant aux verbes une siginification particuliere:

-ailler: criailler, dormailler, toussailler,

-iller: brandiller, boitiller, sautiller

-ouiller: bredouiller, crachouiller gazoouiller

-oter: buvoter, bouloter, sucoter, vivoter, tapoter, trembloter

-eter: voleter, becqueter

-onner: bougonner, chiffonner, grifonner, grisonner,

-iner: trottiner, pietiner

-asser: buvasser, ecrivasser, brumasser, jacasser, tracasser

-ocher: flanocher, parlocher

-oyer: larmoyer, guerroyer, rougeoyer. Ils ont une valeur frequentative et marque une action repetee ou affaiblie. Ils sont repandus surtout parmi les verbes intransitifs et servent a rendre les nuances stylistiques -onner est tres productif dans la terminologie speciale: conditionner, plafonner.

Prefixation

Elle contribue efficacement a l'enrichissement du lexique francais d'aujourd'hui. La prefixation est surtout valable dans la formation des verbes, tandis que la suffixation enrichit en premier lieu les noms. La prefixation ne change pas la classe grammaticale du mot en comparaison avec la suffixation qui le fait (boxer - boxeur), (orienter - desorienter).

Les prefixes se subdivisent en prefixes morts et vivants, productifs et improductifs. On y rencontre l'etalement des formes doubles (d'origine savante et populaire). Le groupe le plus nombreux est d'origine latine et grecque. Souvent ils proviennent d'adverbes et de prepositions latins ce qui donne a certains linguistes la possibilite de les classer parmi les mots composes (Darmesteter). De nos jours la plupart des prefixes ont completement perdu leur ancienne valeur d'adverbes et de prepositions, ils sont devenus de simples morphemes (affixes) ce qui nous permet de rapporter la formation prefixale a la derivation et non a la composition.

En ancien francais la prefixation etait plus repandue que de nos jours. Avec le developpement des tendances analytiques nombre de derives furent remplaces par des periphrases

L'ancien francais Le francais moderne Il anuite

S'aparessir Abarbir

Apoltronir Desangoisser

Enfierir il fait nuit

devenir paresseux

rendre barbare

rendre poltron

tirer d'angoisse

rendre fier

Peu a peu ont disparu des formations synonymes du meme radical telles que meliorer-ameliorer, mercier-remercier. La forme prefixale, etant plus expressive, l'emporte.

Prefixes productifs

Prefixes d'origine latine:

a-, ad- forment les verbes qui indiquent la direction vers un but. A- s'assimile habituellement a l'initiale du radical: allonger, annoter, arriver, appauvrir, attrister. Peu productif de nos jours.

Di-, de-, des-, dis-: decharger, desolidariser, desagreable, disjoindre, dissimuler, discriminer. Tres productifs de nos jours. Forment des substantifs, adjectifs, verbes et marquent generalement l'opposition ou l'eloignement par rapport a l'idee du radical : deplumer, desorienter ou renforcent l'idee du radical: demontrer, depeindre.

Co-, con-, com-: cohabiter, copain, collaborer, composer. Forment des adjectifs, substantifs, verbes. Expriment similitude.

Contre-, contra-: contre-revolution contresens, contrefaire, contredire.

in-, en-, em-, im-: enfermer, encourager, emmurer, infiltrer, illuminer, insonoriser. Proviennent de la preposition latine in- et signifient en dedans. Forment des noms et des verbes. In- est tres productif de nos jours qui s'unit aux adjectis et substantifs (rarement) et leur attribue une valeur negative: ennemi (inamicus), incompris, insoumis, inactif, incapable, impossible, inefficacite, indecollable.

entre-, inter-: entrecroiser, entre-temps, entretine, entreprendre, intervision interzone, international, interlocuteur, interplanetaire, intercommunication.

sou-, sub- , sous-: soutenir, subjuger, subdivision, sublunaire

super-, sur-: surelevation, surexploitation surproduction, superspectacle, superbombe, superstructure, supertaxe, superprofit. Dans les annonces, publicites sont utilises outre-, ultre-: outre-mer, ultrason, ultraviolet.

Non- productif dans la terminologie politique, vient de la negation francaise: non intervention, non-agression, non-activite.

re-, re- d'origine latine, sont d'une extreme productivite dans le francais d'aujourd'hui, l'idee de repetition, d'opposition: refaire, reconsiderer, reorganiser, reparler, reaffirmer. S'ajoutent habituellement aux verbes ou aux noms d'action. Le sens parfois s'efface completement dans: remercier, remplir rentrer.

D'origine grecque est anti-. Il s'emploie dans la terminologie politique et technique: antisocial,antiouvrier, anticlerical, anticolonialiste, antiroman, anti-flamme, antibrouillard, anti-acide. Les prefixes d'origine grecque servent a former des termes speciaux (medicaux et linguistiques): anatomie, atrophie, arythmie, anomalie, anacoluthe, cataracte, diabete, diagnostic, hypotrophie, hypostase, paralysie, synonyme, syntaxe, systeme. Formation hybride: grec+francais: hypersensible, hypersot, amoral, archifaux, archisur, anti-flamme.

Conversion (passage d'une categorie lexicogrammaticale dans une autre).

La derivation morpho-syntaxique tire des mots deja existants de nouveeaux mots en changeant la fonction syntaxique des premiers, en les deplacant dans une autre classe (un train rapide-le rapide, sovietique-les sovietiques). La conversionest souvent appelee derivation impropre et comprend le passage d'un mot d'une classe lexico-grammaticale a une autre. Le mot change de sens et de fonction syntaxique, il change aussi sa place dans la proposition. Voila d'ou le nom de formation morpho-syntaxique des mots. Assez productif en francais en tant que langue essentiellement analytique ou les indices grammaticaux sont peu prononces.

Substantivation: 1. noms propres deviennnent noms communs par la voie metonymique: guillotine, mansarde, curie; monnaies: louis, napoleon, franc; noms des lieux: Champagne, Chachemir, Bordeaux. 2. noms communs forment des noms communs par changement de genre ou d'article: Abstrait devient concret: la jeunesse-une jeunesse, la beaute-une beaute; nom d'action devient l'agent d'action: la garde-le garde.

Toute partie du discours peut se substantiver: l'adjectif: l'Internationale, la Marseillaise, le beau, le sublime. Les participes: un etudiant, un debutant, un militant, un ovtant, un gagnant. Les infinitifs: le diner, le souper, le gouiter.

Adjectivation: tres productif des substantifs. 1. couleur: une robe citron, cerise, des cheveux carotte, poivre et sel, un chapeau cloche. Parti frere, republique soeur, probleme chef, diner monstre, accueil maison, coupe de poings maison, costume sport. Adondent dans la publicite: vente reclame, fermeture eclair, lampe code, probleme logement. Reste invariable. 2. participes presents et passe: amusant, ebluissant, eclatant, fini, oublie, gate, dissipe. 3. adverbes: etage au-dessus, chambre a cote, la marche avant (arriere).

Adverbialisation:tres productif; des adjectifs de couleur: se facher tout rouge, voir rouge, voir noir, rever noir. Haut, bas, chaud, froid, double, clair, court, ferme, faux fort, franc, juste, dru, cher, net menu, sec. Devenus de veritables adverbes: froid: manger, servir, battre; chaud: couter, manger, servir; clair: voir, entendre, parler, declarer, semer, planter; ferme: tenir, frapper, parler, s'amuser, disputer, repoigner, avaler; fort: frapper, pousser, aimer, cier, plaire, douter, sentir; juste: voir, habiller, chausser, mesurer, peser, chanter.

Composition.

Elle est un phenomene delicat et complexe. Elle se rattache aujourd'hui a la formation syntaxique des mots. Le compose francais presente un tout unique au point de vue du sens, de la phonetique et de la grammaire. C'est un seul groupe rythmique, un seul terme de la proposition, un tout semantique: pomme de terre, arc-en-ciel, fer a cheval. La majeure partie des composes francais est cree par la lexicalisation des groupements syntaxiques. Seuls les composes savants sont formes a l'aide de l'adjonction de deux ou de plusieurs radicaux: agro-chimie, electrochimie, radiotelescopie. Les composes ont toujours l'accent sur la derniere syllabe. Leur orthographe est tres variee. Peu s'ecrivent en un seul mot: bonhomme, gentillhomme, vinaigre, lexicologie. La plupart s'ecrit avec un trait d'union: beau-pere, belle-mere, cache-nez, tourne-disques. Darmesteter repartit tous les composes en 3 groupes: composition apparente, ou juxtaposition (pomme de terre, arc-en-ciel, gendarme); composition proprement dite, ou elliptique (timbre-poste, arriere-boutique); compostion par particule (bienheureux, soumettre, embarquer).

Bibliographie

1. Халифман, Э. А. Словообразование в современном французском языке / Э. А. Халифман, Т.С. Макеева, О.В. Раевская. - М., 1983.

2. Катагощина, Н.А. Как образуются слова во французском языке / Н.А. Катагощина - М., 1980.

3. Lehmann, A. Introduction a la lexicologie. Semantique et morphologie / A. Lehmann, F. Marint-Berthet - Paris, 1998.

4. Picoche, J. Structures semantiques du lexique francais / J. Picoche. - Paris, 1995.

5. Штейнберг, Н.М. Аффиксальное словообразование в современном французском языке / Н.М. Штейнберг. - Л., 1976.

Travaux diriges

La construction des unites lexicales dans la perspective synchronique

L'analyse de la linguistique traditionnelle de caractere historiqule consiste a considerer l'evolution des mots definis comme unites par leur sens, et l'evolution de leurs elements constituants pris comme autant d'unites de signification. La combinaison des significations portees par des elements affixes et par le radical produit une unite nouvelle et une signification nouvelle. L'etymologiste mentionne si le terme francais est issu d'un terme deja construit dans la langue originelle [...]. Chaque element, qu'il soit radical, affixe ou composant, possede son autonomie de signification depuis la langue d'origine, et l'usager qui manie parfaitement la langue francaise est cense connaitre cette valeur originelle quand il fait entrer le terme dans la combinaison syntaxique d'une phrase francaise.

Par opposition a cette conception, la linguistique synchronique procede du postulat que le locuteur de l'epoque contemporaine utilise les termes du lexique sans la connaissance de leur etymologie ou que, meme s'il la connait, celle-ci n'intervient pas dans l'acte de parole. Selon l'analyse distributionnelle ou structurale, les unites lexicales sont uniquement des constituants de la phrase. Les termes du lexique entrent dans un syntagme nominal ou dans un syntagme verbal dont la relation constitue la phrase. En redescendant le cours de l'enchainement de la phrase, cette analyse rencontre comme constituants du syntagme nominal et du syntagme verbal les unites lexicales definies a la fois comme unites formelles et comme unites de signification, et, au-dela, les unites elementaires appelees "morphemes" ou "monemes" selon les terminologies. C'est a ce niveau que se situe la construction des unites lexicales.

L'unite lexicale construite est la combinaison d'elements simples pourvus de sens. L'analyse structurale maintient une differenciation entre les termes composes, formes d'unites autonomes lexicalement, et les termes derives, formes avec des affixes qui ne jouissent pas d'autonomie lexicale. L'opposition dans la categorie des affixes, entre prefixes et suffixes reside dans le fait que le suffixe peut transplanter le terme construit dans une autre classe grammaticale que celle de la base, tandis que le prefixe le maintient dans la classe grammaticale du morpheme de base.

La construction des unites lexicales repose sur des regles de syntaxe interne, dont l'essentiel est une relation syntagmatique determinant a determine, le morpheme de base determinant l'element affixe: par rapport au suffixe -ite, 'qualite de', c'est le morpheme de base humain qui produit la relation specifique existant dans l'unite lexicale humanite 'la qualite d'humain'. La relation syntagmatique entre les elements de composition des termes dits "composes" n'est pas, selon cette analyse, d'une nature essentiellement differente.

L'aspect lexical de cette syntagmatique se traduit par des regles morphonologiques de liaison et de soudure. Les morphemes lexicaux constituants de l'unite lexicale se definissent par ailleurs par un rapport paradigmatique avec l'ensemble des elements de la serie a la quelle ils appartiennent: dans la serie acheteur, vendeur, emprunteur,preteur, donneur, le trait commun des morphemes de base est d'appartenir tous a la classe des verbes (acheter, vendre, emprunter, preter, donner), et le trait commun des derives est d'appartenir tous a la classe des noms d'agent. C'est cette double reference qui permet de definir la classe du suffixe -eur.

Selon la linguistique descriptive, en vertu de la motivation qui sous-entend le rapport entre les elements construits, le terme de base n'est pas le radical, mais l'unite lexicale entiere deja construite eventuellement. Ainsi, la serie operer, opere, operant, operable, operateur, operation, operationnel, operatoire ne peut etre ici consideree comme motivee par rapport a un radical oper- [...), mais, selon le rapport de derivation motivee, elle se resout en plusieurs ensembles: 1. operer, operateur, operant, operation; 2. la serie chirurgicale operer, operation, opere, operable, operatoire; 3. la serie militaire operation, operationnel. Et a l'interieur de chacune de ces series, il existe des dependances de derivation entre chacun des termes: par exemple, le rapport operation/operationnel.

L.Guilbert. Fondements lexicologiques du dictionnaire.

De la formation des unites lexicales.

Questions demandant la reflexion

1. Sur quoi repose la construction des unites lexicales?

2. Par quoi se traduit la syntagmatique de l'aspect lexical?

3. La derivation, est-elle integree dans le processus de l'expression par la grammaire transformationnelle?

4. Quelles sont les formes englobees par la derivation?

5. En quoi consiste la verbalisation, la nominalisation?

PREFIXATION, SUFFIXATION ET COMPOSITION

Ce n'est pas essentiellement la place de l'affixe qui differencie la prefixation de la suffixation dans l'optique de la grammaire transfor mationnelle [...]. Le suffixe est principalement un modificateur de la classe grammaticale. La procedure de la prefixation, au contraire, laisse inchangee la categorie grammaticale du terme derive par rapport au terme de base; la formation obtenue par prefixation s'oppose au terme de base par un contenu semantique different, resultant de la relation etablie entre les elements constituants. Mais il serait errone d'en inferer que la simple juxtaposition des elements formateurs suffit a produire la creation semantique, comme le voulait la linguistique traditionnelle et meme structurale. Dans la procedure de la prefixation, comme dans la celle de suffixation, la creation resulte de Ja transposition en schemes lexicaux d'un agencement syntaxique des elements de formation selon une phrase de base et ses transformations. Il en est de meme de la procedure de creation lexicale appelee traditionnellement "composition". Certes, il apparait que les derives par composition appartiennent parfois a une categorie grammaticale differente de celle du terme de base: dans porte-drapeau, la base porte est un verbe, et le derive est un nom [...]. Mais ce processus de modification de la categorie grammaticale ne se realise que pour une partie des composes, qu'on peut differencier selon ce critere. On distingue, alors, les composes endocentriques dans lesquels le derive comporte l'un des termes composants, dont il garde la classe grammaticale, et les composes a fonction globale dans lesquels la formation creee est differente des elements constituants tant par la classe grammaticale que par le contenu semantique: un porte-drapeau est une personne, alors que les elements formateurs sont une base verbale et un nom de non-anime; un casque-bleu (soldat de l'O.N.U.) est un nom de personne, alors que les termes qui le forment designent une chose et une couleur. L'essentiel du processus n'est pas la juxtaposition entre les termes composants, mais la fonction elle-meme qui commande la relation entre eux. Il reste que, dans la procedure de la composition, la modification de la classe grammaticale du terme derive n'est qu'une exception, alors qu'elle est le principe meme de la procedure de suffixation, si bien que la composition s'apparente etroitement a, 'a prefixation dans une opposition commune a, la suffixation [...].

Questions demandant la reflexion

1. Comment est defini le suffixe par L. Guilbert?

2. Comment s'opere la creation d'un mot par prefixe et suffixe?

3. Quels types de composes distingue-t-on?

4. La modification de la classe grammaticale du mot, a quel type de procedure est-elle valable?

LA COMPOSITION

La creation de nouvelles unites lexicales par composition implique la conjonction de deux elements constituants identifiables par le locuteur. Les rapports qui les regissent dans la conscience du locuteur se fondent sur les relations syntaxiques de ces elements a l'interieur d'une phrase ou ils sont construits selon les regles de la syntaxe du discours. La proposition de base qui sous-tend la relation des elements composants de l'unite lexicale est la condition necessaire pour que la composition existe. Les composes, en effet, se differencient des unites formees par agglomeration des elements d'une sequence syntaxique de phrase ou de partie de phrase: ils resultent d'une transformation de la phrase de base. Ainsi les mots rendez-vous, cessez-le-feu, suivez-moi-jeune-homme, qui-vive, monte-en-l'air, phrases de discours avec les marques morphologiques de temps, de mode, de personne du verbe, et avec la marque syntaxique de l'ordre des elements, utilisees telles quelles a titre d'unites lexicales, s'opposent aporte-bagage ou a francophile, dans lesquels l'element verbal devenu element composant de l'unite lexicale a subi une transformation dont l'invariabilite de porte et la forme adjectivale phile sont les marques. Les formations constituees par des elements de phrase agglomeres ne resultent pas d'une transformation lexicale, mais de la coalescence par la repetition et l'usage; elles reposent en definitive sur un simple phenomene memoriel, qui entraine le glissement lexical de l'ensemble de la phrase ou de la sequence de la phrase, et sa nominalisation par l'emploi d'un predeterminant. Certaines peuvent donner l'illusion de la transformation quand elles resultent de la transposition d'une phrase complete du type decrochez-moi-ca, rendez-vous, va~nu-pieds, dans lesquels les elements constituants perdent leur mutabilite syntaxique propre pour se figer dans une formation nominale, mais cette transposition ne resulte pas d'une relation interne entre les elements. D'autres, par contre, ne sont que des agregats d'elements dont le lien ne repose pas sur la construction syntaxique fondamentale de la phrase predicative elementaire: desormais, naguere. Dans ce cas, les elements constituants ne sont d'ailleurs plus identifiables par le locuteur contemporain.

Les formations par composition se differencient des derives par prefixation par la nature des elements composants, malgre l'unite fondamentale de la procedure de transformation qui est a la source des deux types de formations. Le terme prefixe, en effet, [...] resulte de la transformation d'une base et d'une preposition ou d'un equivalent adverbial. Le compose est le produit de la transformation lexicale d'elements constituants autonomes de la phrase, en tant que syntagme nominal, syntagme verbal ou elements de syntagme.

J. et Cl.Dubois

Introduction a la lexicographie. P., 1971

Questions demandant la reflexion

1. Sur quoi se fondent les rapports entre les elements constituants des composes?

2. Par quoi s'opposent les unites lexicales "monte-en-l'air" a porte-bagage"?

3. Comment se differencient les formations par composition des derives?

4. Prouvez que le compose est le produit de la seule procedure de la nominalisation.

Bibliographie

1. Халифман, Э.А. Словообразование в современном французском языке / Э.А. Халифман, Т.С. Макеева, О.В. Раевская. - М., 1983.

2. Катагощина, Н.А. Как образуются слова во французском языке / Н.А. Катагощина. - М., 1980.

3. Lehmann, A. Introduction a la lexicologie. Semantique et morphologie / F. Marint-Berthet. - Paris, 1998.

4. Picoche, J. Structures semantiques du lexique francais / J. Picoche. - Paris, 1995.

5. Штейнберг, Н.М. Аффиксальное словообразование в современном французском языке / Н.М. Штейнберг . - Л., 1976.

6. Guilbert, L.Fondements lexicologiques du dictionnaire. De la formation des unites lexicales / L. Guilbert -Grand Larousse de la langue francaise. Vol.1. - P., 1971.

7. Pinchon, J. Les prefixes negotifs in-, non-, a- / J. Pinchon // Le francais dans le monde. - 1971. - № 83.

Travaux pratiques

№ 1. Formation des mots: Suffixes et prefixes

1. Quelles est l'origine de la plupart des suffixes francais?

2. D'apres le principe morphologique, en quels groupes peut-on repartir les suffixes?

3. Quels sont les suffixes formant les substantifs, les adjectifs, les verbes, les adverbes?

4. Quelles est l'origne de la pluart des prefixes francais?

5. Dans quelle classe grammaticale les formations prefixales sont les plus repandues?

6. Citez les prefixes les plus productifs de nos jours.

Devoirs

1. Dans la liste de mots suivants distinguez le radical du prefixe ou du suffixe.

Adherent - pierraile - maratre - bottine - echafaudage - glucose - Normandie - otite - vinasse - amateur - animalcule - consonne - courtoisie - cisalpin - platre - creature - deloyale - risible - rougeaud - disproportion - benevole - programme - analphabete - symetrie.

2. Dans la liste suivante, identifiez les parasyntehtiques.

Chenaie - desherber - sexagenaire - ectritoire - poirier - eventail - embranchement - desoxyribonucleairue - nationaliser - indefinissable - embastiller - hypertension - reboiser - dereglementer - soluble - dissoluble - original - pyrogravure - embuscade - alunir - depoussierer - circonstance - bipede.

3. Relevez les noms en - iste et -isme et indiquez la fonction formative des suffixes.

1. On annonca a ce moment les courrieristes de theatre auxquels Wilner avait fixe un rendez-vous collectif, tel un ministre qui tient une conference de presse (Druon).

2. Avec une loupe de naturaliste il etudia la trame des etoffes (Lanoux).

3. Il fit porter cette note a la banque par un cycliste (Druon).

4. Ni les reservistes, ni les engages n'etaeint pas encore habilles (Saint-Pierre).

4. Relevez les derives avec les suffixes des noms d'agent et expliquez leur formation.

1. Depuis Henri IV, un beau jour le Bearnais, fouillant du regard cette plage etroite, l'avait choisie pour y batir un port de guerre (Saint-Pierre).

2. A bord, on venerait Marlene avec des rafinnements de superstition comme les Indiens venerent leur Elephant blanc et les Egyptiens, leur Crocodile sacre (Saint-Pierre).

3. Nous entrons dans la phase munichoise des negociations (Saint-Pierre).

4. Lorsque Deley ou moi atterrissions a Santiago, les officiers chiliens, eux aussi, nous conseillaient de suspendre nos explorations (Saint-Exupery).

5. Le tranway toulonnais sentait l'ail (Saint-Pierre).

5. Relevez les derive avec le suffixe - age et indiquez la fonction formative de ce suffixe. Specifiez le theme de formation.

1. Tu oublies dans tout cela que j'ai la part d'heritage de mon pere, que je n'ai jamais reclame (Druon).

2. Le port tel qu'il est actuellement doit etre reserve exclusiement a l'arrivage et a la manipulation des denrees commerciales (Stil).

3. Pourtant, a en juger par ses manieres, le personnage promettait autre chose (Carco).

6. Degagez les morphemes formatifs et indiquez le sens des derives:

Revendication, communication, electrification, deposition, interposition, definition, stabilisation, localisation, explosion, expulsion, dispersion, pression, execution, persecution, desertion, evolution, diminution, destitution.

7. Precisez le sens confere par les prefixes de-, des-, di-, dis- aux mots suivants:

Defaire, desorienter, desagreable, demonter, difforme, dissemblable, disproportion.

8. Relevez les derives avec les prefixes d'intensite, precisez l'origine du prefixe et le degre de productivite.

1. Le Superluxe de demander a la derniere minute "Alors tu es sure que tu ne veux pas venir avec moi?" - facon heroique de prouver que l'on part seul. En revanche il suffit de monter dans un train pour rencontrer des hypersensibles que la moindre fumee de cigarette menace de mort (Daninos).

2. Il n'y avait place, dans l'espace restreint, que pour deux couchettes superposees (Vialar).

3. Rien de grave. Une simple indigestion, due a la surabondance de haricots rouges dont nous gavait economiquement notre mere (Bazin).

4. Non, je ne saurais comparer mes notes avec le message de ces surhommes. Nous y allons donc en short n'emportant dans une petite valise que des objets de toilette et quelques effets tres ultralegers (Daninos).

Bibliographie

1. Халифман, Э. А. Словообразование в современном французском языке / Т.С. Макеева, О.В. Раевская. - М., 1983.

2. Катагощина, Н.А. Как образуются слова во французском языке. Н.А. Катагощина М., 1980.

3. Штейнберг, Н.М. Аффиксальное словообразование в современном французском языке / Н.М. Штейнберг. - Л., 1976.

4. Timeskova, I.N. Exercices de lexicologie / I.N. Timeskova. - 1971.

5. Tchesnovictch, E. Lexicologie francaise / E. Tchesnovictch. - L., 1981.

Travaux pratiques

№ 2. Formation des mots: Conversion et autres moyens formatifs

1. Quels sont les procedes essentiels de la formation des mots?

2. Conversion, comment se fait-elle?

3. Dans quelle classe grammaticale de mots la conversion est le plus repandue?

4. La composition des mots est dite formation syntaxique. Pourquoi?

5. Quelles sont les particularites des composes francais?

6. Dans quelle classe grammaticale voit-on le plus de composes en francais?

7. Quels sont les types essentiels d'abreviations?

8. Quel est la sphere d'emploi des abreges?

9. Quels sont les types d'abreviation designes par "apocope" et "apherese"?

10. Quels sont les principes de classification et les particularites des locutions phraseologiques?

11. Comment expliquez-vousl'extension et la restriction des liens phraseologiques de differentes parties du discours?

DEVOIRS

1. Comment ont ete forme les mots de la liste suivante?

Durant - le bon - passante - le rire - malgre - le clos - convaincant - le trop-plein - le savoir - hormis - le penchant - depuis - fatigant - dormante - le parler.

2. Les mots suivants font souvent l'objet d'abregement. Substituez a ces formes pleines des formes reduites et precisez a quel registre de langue (vulgaire, familier, courant, soutenu) appartiennent les mots ainsi formes.

Intoxication - manipulation - manifestation - catastrophe - sympathique - reactionnaire - recreation - apres-midi - television.

3. Expliquez les mots suivants en fonction de leur formation. Formez ensuite un mot nouveau en reprenant a chaque fois une des deux racines.

Gasteropode - pathologie - calorifere - autonomie - anthropologie - epigone - agoraphobie - cacophonie.

4. Trouvez le plus possible de mots formes a partir des racines grecques ou latines suivantes. Expliquez a chaque fois le sens du mot.

Fuge - grade - socia - crate - pan - nome - ergie - cide - poly - caco - anthrop- gone - tetra - crypto - pole - mis - morphe - valent - algie - drome - pare - ped - radio - cycle - pathe - idi (o) - andrie - technie - xeno - theo - philo.

5. Expliquez la provenance des locutions proverbailes suivantes:

Le talon d'Achille, le noeud Gordien, la toile de Penelope, le fil d'Ariane, la pomme de discorde, la pierre angulaire, la tour Babel, le lit de Procruste, faire des chateaux en Espagne, il vient de la Rochelle, quand les rats prendront les chats, les Francais prendront Arras; qui fit Breton, fit larron; je m'en moque comme de l'an quarante; a propos des bottes.

6. Expliquez le sens des locutions proverbiales suivantes:

Manger son pain blanc le premier; sauter du coq a l'ane; acheter chat en poche; mauvaise herbe croit toujours; chercher midi a quatorze heures; amis valent mieux que l'argent; il est bon de parler et meilleur de se taire; faire le berger du maitre Patherlin; tirer les marrons du feu; revenons a nos moutons; se battre contre les moulins a vent.

7. A qui appartiennent les paroles suivantes:

Cogito, ergo sum; veni, vidi, vici; o, tempora, o, mores! qui sert bien son pays n'a besoin d'aieux; on n'emporte pas sa patrie a la semelle de ses souliers; tout est au mieux dans ce meilleur du monde; apres moi le deluge; mais ou sont les neiges d'antan?

8. Specifiez le sens des locuitions phraseologiques:

Dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois; on doit battre le fer tant qu'il est chaud; il ne faut jamais couper son ble en herbe; a bon chat bon rat; qui vivra, verra; il se met de doigt dans l'oeil s'il croit que, tirer le diable par la queue; mettre l'eau a la bouche; mettre la charrue devant les boeufs.

9. Cherchez dans le dictionnaire des mots simples (que l'on ne peut pas decomposer), des mots derives formes par prefixation et d'autres, formes par suffixation, et classez-les dans un tableau.

10. Cherchez dans la langue des mots formes par derivation impropre, expliquez le transfert grammatical.

Bibliographie

1. Халифман, Э. А. Словообразование в современном французском языке / Макеева Т.С., Раевская О.В. - М., 1983.

2. Катагощина, Н.А. Как образуются слова во французском языке / Н.А. Катагощина. - М., 1980.

3. Штейнберг, Н.М. Аффиксальное словообразование в современном французском языке / Н.М. Штейнберг. - Л., 1976.

4. Timeskova, I.N. Exercices de lexicologie / I.N. Timeskova. - L., 1971.

5. Tchesnovictch, E. Lexicologie francaise / E. Tchesnovictch. - L., 1981.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaissances

1.1. Definir

affixes - derives - composes - suffixe - prefixe - conversion - derivation - modele - flexion - endocentrique - exocentrique.

1.2. Repondre brievement

1. Quelle est la subdivision des affixes selon la place par rapport au radical?

2. Quels types d'affixes peut-on degager dans le systeme formatif du francais?

3. A combien d'element se reduit un mot compose?

4. Est-il raisonnable de considerer comme un compose seuls mots dont les constituants sont relies par des traits d'union?

5. Est-il possible d'inserer des unites entre les elements d'une locution?

2. Faire le point sur

1. Des types de classification des composes. Que signifie endocentrique et exocentrique? Donnez des exemples pour chacun de ces termes.

2. Les natures des affixes: affixes grammaticaux et flexionnels et affixes de derivation.

3. Les moyens essentiels de l'evolution du sens.

4. La derivation impropre.

Devoirs

1. Illustrer la transparence du modele "racine+adj+ eur" pour designer le nom de qualite.

2. Montrer sur des exemples les types existant des onomatopes.

3. Donner des exemples des prefixes et des suffixes qui sont des lexemes autonomes.

4. Chercher des exemples qui prouvent que le suffixe - iste est le plus productif en francais d'aujourd'hui.

5. Donner des exemples des suffixes joints aux radicaux differents qui forment des mots designant le nom d'agent.

6. Parler des particularites des phraseologismes predicatifs.

Test

1. L'equilibre entre les formations nouvelles et les mots suffixes anciens desparus attestent

a. la faiblesse des la formation suffixale

b. la vitalite de la suffixation

c. l'interet pour la composition

d. l'absence de l'interet pour la suffixation

2. Le suffixe indique une certaine zone de l'activite humaine. En observant le suffixe - on on peut dire que ce sont

a. linguistique

b. biologie

c. physique et chimie

d. medecine

3. Les termes derives en- ose, -ite, -ome ont penetre de la medecine dans le lexique commun grace a (au, aux)

a. applications techniques

b. progres de la pharmacologie

c. vulgarisation de la medecine

d. progres de l'hygiene et vulgarisation de la medecine

4. Le suffixe est considere comme un modificateur de

a. l'espece fonctionnelle

b. la valeur semantique

c. la classe grammaticale

d. le choix du locuteur

5. Pour former des verbes a partir de la base nominale on emploie le prefixe -a (-ad) qui est maintenant

a. productif b. non productif

c. semi-productif

d. tres productif

6. La creation de nouvelles unites lexicales par composition implique la conjonction de

a. deux elements identifiables par le locuteur

b. trois elements

c. quatre elements

d. cinq elements

7. Les unites prefixes en a- sont essentiellement

a. verbes et noms

b. noms et prenoms

c. noms et adjectifs

d. adjectifs et verbes

8. La majeure partie du vocabulaire francais est constituee par

a. des onomatopees

b. des sigles c. des parasynthetiques

d. des composes et des derives

9. La racine des mots est

a. l'element premier

b. la partie finale du mots

c. la partie initiale du mot

d. l'element combine

10. Non- s'ajoute a des unites qui appartiennent a la classe des

a. verbes b. substantifs et adjectifs

c. verbes et substantifs

d. substantifs

EE3 Les emprunts

Le vocabulaire de la langue francaise change constamment. Son lexique varie et s'enrichit a toute epoque.

Parmi les differentes sources d'enrichissement lexical il faut signaler l'emprunt aux autres langues. Ce phenomene linguistique est etroitement lie au developpement de la societe, a l'histoire du peuple.

Le terme "emprunt" a un sens assez vague, ou trop large, dans certains ouvrages linguistiques. Il est donc important de trouver une definition qui soit plus precise. L. Deroy, dans son livre sur l'emprunt linguistique, fait remarquer qu'on "ne peut logiquement qualifier d'emprunts dans une langue donnee que des elements qui y ont penetre apres la date plus ou moins precise marquant conventionnellement le debut de cette langue".

L'emprunt est un echange de mots entre deux langues gardant chacune son independance. De ce point de vue il est faux de qualifier d'emprunts les mots pris par le francais a l'argot ou a des terminologies diverses, ou bien aux dialectes, car l'argot, les differentes terminologies et les dialectes ne sont que des varietes ou des rejetons du francais.

L'emprunt est un mot ou un element de mot pris par le francais a une langue etrangere ou bien a une minorite nationale habitant la France (breton, basque, flamand). Il est un element etranger introduit dans le systeme linguistique du francais.

L'emprunt le plus frequent et le plus apparent est celui d'un mot etranger.

Mais les langues s'approprient aussi des traits morphologiques, des significations, parfois des tours syntaxiques. Les langues empruntent aussi les unes aux autres, la forme interne de mots. Ce type d'emprunt est appele calque. Le compose francais bas-bleuest modele sur l'anglais blue-stocking.

De preference, l'emprunt se fait a la langue d'un peuple qui, a une epoque donnee, exerce une grande influence economique, politique et culturelle sur les autres peuples. Ainsi, la plus grande affluence des mots italiens date du XVIe et du XVIIIe siecles, l'Italie ayant devance la France dans plusieurs domaines des sciences, des arts et.de l'economie. La plupart des anglicismes ont penetre dans la langue francaise au cours du XVIIIe et XIXe siecles, "epoque ou l'Angleterre a acquis un grand prestige dans l'arene mondiale".

L'emprunt reflete le lien etroit qui existe entre la langue et l'histoire du peuple, createur de cette langue. Le francais emprunte des mots aux langues etrangeres a toutes les epoques de son histoire. On peut relever les emprunts a la langue latine et aux autres langues qui datent des IXe-XVe siecles. Le francais moderne ne cesse de puiser des mots nouveaux dans le vocabulaire des autres langues.

L'emprunt peut etre direct et indirect selon qu'il se fait directement d'une langue etrangere ou par l'intermediaire d'une autre langue. Par exemple, le mot hussard est venu du hongrois par l'allemand.

Les emprunts au latin

L'emprunt a la langue latine a commence a l'epoque de la formation du francais en tant que langue nationale et continue jusqu'a nos jours. On releve les mots empruntes au latin au cours du Moyen Age (IXe-XVe siecles).

Ce sont, par exemple, les mots avarice, charite, meditation, nature, passion, patience, verite, fraternite, culpabilite.

Generalement, les emprunts au latin penetrent dans la langue francaise par les ?uvres des classiques latins traduites en francais. Encore de nos jours le latin sert au francais de source d'enrichissement. Le lexique special, la terminologie technique et scientifique puisent des mots nouveaux dans la langue latine. Par exemple, termes de chimie: uranium,selenium;termes de medecine: virus, serum; termes de jurisprudence: persona grata, desiderata, etc.

Le francais connait un nombre assez considerable d'emprunts faits directement au grec. La plupart de ces mots sont des termes speciaux. Au XVIe siecle le francais emprunte des mots tels creathee, enthousiaste, philantrope, melodie, amphibie, bibliophile, archipel, hygiene, larynx, symptome, cosmographie, agronome, oligarchie.

Les deux langues de l'antiquite ont considerablement influence le vocabulaire du francais.

Par tradition on appelle "savants" les mots et les elements empruntes aux langues anciennes (le latin et le grec) par opposition a ceux qui sont venus par la voie populaire, c'est-a-dire directement du latin populaire. Ce terme est tout conventionnel dans le francais moderne, puisque plusieurs emprunts aux langues mortes sortent des limites de la "langue savante", des terminologies speciales. On les emploie largement dans la langue commune. Tels sont les anciens emprunts: agricole, satisfaire - de meme que des creations plus recentes.

Les emprunts a l'arabe

Une des premieres sources d'emprunts etait aussi l'arabe, langue d'une culture tres ancienne et tres haute.

L'epanouissement des mathematiques et de l'astronomie arabes a fourni au francais par l'intermediaire du latin classique, les termes tels que algebre, chiffre (dont la premiere acception en arabe etait 'zero'), azimut, zenith.

Les emprunts aux langues romanes

Dans le francais d'aujourd'hui on peut relever un nombre consi derable d'emprunts aux langues romanes.

L'emprunt a l'italien en est une bonne illustration. L'influence de l'italien sur le francais se fait sentir surtout au XVIe siecle. Comme le dit F. Brunot "au XVIe siecle l'Italie domine intellectuellement le monde; elle le charme, l'attire, l'instruit, elle est l'educatrice. N'y eut-il eu ni guerres d'Italie, ni contact avec les populations d'au-dela des Alpes, ni mariages italiens a la cour de France, que l'ascendant de l'art, de la science, de la civilisation italienne se fut neanmoins impose".

Les mots d'origine italienne appartenant a la vie de tous les jours constituent un groupe assez nombreux. On y voit des termes se rapportant a l'habitation et au mobilier, aux vetements et aux objets de toilette, aux jeux et aux amusements, des termes servant a exprimer des qualites physiques ou bien des qualites d'esprit, de c?ur, de caractere. On peut donc citer comme exemple des substantifs: appartement, cabinet, cadre, lampion, strapontin, baraque, carrosse, camisole, capuchon, parasol, soutane, raquette, botte, parer.

L'apport espagnol a donne au francais pres de trois cents mots. A le comparer au nombre de mots francais tires de l'italien qui atteint environ un millier, on voit que l'influence linguistique de l'Espagne sur le vocabulaire francais a ete beaucoup moins considerable.

Les emprunts aux langues germaniques

Les emprunts a l'allemand sont moins nombreux que ceux venus de l'italien ou de l'anglais. Les mots empruntes a l'allemand avant le XVIe siecle sont rares, les relations politiques, economiques et culturelles entre la France et l'Allemagne etant assez restreintes.

Les emprunts a l'allemand presentent trois grands groupes:

des termes militaires; des termes scientifiques, d'ailleurs peu nombreux; de differents mots designant des objets et des actes de la vie quotidienne: quenille, bock, chope, nouilles, vasistas, valse, trinquer, zigzag, rosse, harmonica, vermouth, ersatz, etc.

L'influence anglaise sur le francais commence au XVIIe siecle, et au XVIIIe siecle le nombre de mots empruntes a l'anglais augmente considerablement. La penetration des anglicismes se poursuit au cours des siecles suivants et continue de nos jours.

L'abondance des anglicismes dans la langue francaise s'explique par le developpement politique et economique de l'Angleterre.

Au XVIIIe siecle le francais emprunte des termes ayant rapport au systeme parlementaire et a la vie politique et sociale: comite, verdict, votes jury, bill, budget, quaker, congres, session, club, de meme que des termes sportifs et des mots designant des objets de la vie quotidienne: boxe, jockey, bifteck, grog, punch, pudding, redingote. A la meme epoque remontent les anglicismes humour et spleen.

Au XIXe siecle l'emprunt a l'anglais se poursuit avec intensite.

Au XXe siecle l'introduction d'anglicismes continue par suite des contacts de deux guerres mondiales et a la faveur du snobisme de certaines couches sociales de France. Ce sont des mots tels que: tank, plastic, jeep, autocar,d'un cote et de l'autre cote des mots usuels comme stencil (papier paraffine et perfore), shopping (achat), label(etiquette), building, stock (depot), pull-over, home (le chez soi), glasse (verre), jersej (tricot, chandail), short (culotte de sport tres courte), week-end, pick-up, cocktail, etc

Les emprunts russes

C'est au XVIIIe siecle que le nombre de russicismes augmente tout en restant assez restreint. Ce sont des mots designant des notions propres exclusivement a la vie russe: isba, tzar, ukasse, hetman, pope, touloupe, moujik, knoute,rouble, archine, verste, streletz, boiarine (plus tard - boyard), boiare, et encore quelques termes geographiques et zoologiques: steppe, taiga, toundra. Les emprunts russes de cette epoque gardent leur aspect phonique et ne s'assimilent presque pas.

L'assimilation des emprunts

Le sort des mots empruntes par le francais est varie. Tandis que certains emprunts sont employes par tous les locuteurs de cette langue, d'autres "restent a la surface et ne sont en usage que dans des groupes ethniques et sociaux plus ou moins etendus".

L'assimilation des mots empruntes s'effectue d'apres les lois internes de la langue emprunteuse, mais elle depend aussi de plusieurs autres faits: de l'origine du mot emprunte, de l'epoque de sa penetration, de la sphere de son emploi, de sa forme phonique et morphologique; l'adaptation est differente selon les classes sociales.

On peut distinguer deux categories essentielles d'emprunts selon le degre de leur assimilation:

1. Les mots faiblement assimiles et sentis comme etrangers. On les appelle "xenismes" (du grec xenos 'etranger'), ils appartiennent surtout aux langues speciales et ne s'emploient presque pas dans la langue commune.

2. Les emprunts completement assimiles qui ont subi des changements phonetiques et morphologiques. Ces mots sont couramment employes dans la langue commune.

Les mots empruntes subissent frequemment une assimilation morphologique qui leur permet de fonctionner regulierement dans le systeme grammatical du francais.

Outre les adaptations phonetique, graphique et morphologique le mot emprunte peut subir des modifications semantiques. Generalement, les mots sont empruntes avec un seul sens (secondaire, parfois), tandis qu'ils peuvent etre polysemiques dans leur langue d'origine.

Les doublets etymologiques sont une des consequences de l'emprunt. Il arrive souvent que deux mots francais, de forme et de sens differents, remontent etymologiquement a un meme mot latin.

Bibliographie

1. Timeskova, I.N. Exercices de lexicologie / I.N. Timeskova. - L., 1971.

2. Tchesnovictch, E. Lexicologie francaise / E. Tchesnovictch. - L., 1981.

3. Lehmann, A. Introduction a la lexicologie. Semantique et morphologie / F. Marint-Berthet. - Paris, 1998.

4. Picoche, J. Structures semantiques du lexique francais / J. Picoche. - Paris, 1995.

5. Guiraud Les mots etrangers / P. Guiraud. - Paris, 1977.

Travaux pratiques

LES EMPRUNTS

Questions:

1. De quels elements est constitue le fonds usuel du lexique francais?

2. Quelles sont les causes de l'apparition des emprunts dans le francais?

3. Quelles sont les epoques les plus riches d'emprunts en francais?

4. Quels types d'emprunts savez-vous?

5. Quelles sont les causes essentielles de l'apparition des doublets dans le francais?

6. Prouvez que les emprunts ont un aspect positif en francais.

DEVOIRS

1. Precisez l'origine et l'epoque de l'emprunt des mots suivants:

Ecole, eglise, chaire, bouteille; haie, hache, fauteuil, guerre, gant, jardin; batir, garder, hair; blanc, bleu, brun, gris, rouge.

2. L'idee innovatrice et l'objet nouveau avec le nom qui le designe sont souvent empruntes par le francais. Trouvez des exemples de mots d'emprunt en francais. Est-ce que le francais possede deja un mot pour l'objet ou l'idee represente? Proposez une raison pour l'emprunt.

3. Prenez une page d'un journal francophone et calculez le pourcentage des emprunts a l'anglais, ainsi que la partie du discours de chaque emprunt. Utilisez comme critere le fait que la forme n'existe pas dans un dictionnaire du francais, mais qu'elle existe dans un dictionnaire anglais.

4. Quelles pourraient etre les objections contre les emprunts?

5. Precisez l'origine et la sphere d'emploi des mots suivants:

Bouleau, bouc, balai, branche, cabane, charrue, mouton, greve, ruche, saumon, tonneau.

6. Indiquez l'origine et l'epoque de l'emprunt des mots suivants:

Amiral, arsenal, algebre, coton, chiffre, zenith.

7. Trouvez les doublets savants aux substantifs et adjectifs qui suivent et specifiez leurs distinctions phonetiques, morphologiques et semantiques:

Avoue, voyelle, hote, chose, chef, parole; droit, chetif, frele, loyal, raide, ecouter, cercler, douer, peser, chevalier, du duegne.

8. Donnez des synonymes francais aux emprunts recents que voici:

Sponsoriser, star, stress, after-shave, gangster, hobby, kidinapping, pull-over, speaker.

9. La liste qui suit n'est composee que de doublets, mais qui sont tous melanges. Vous retablirez les couples en indiquant leur etymologie, puis vous utiliserez chacun de ces mots dans une phrase qui en illustrera le sens le plus courant.

Cailler, pitie, primaire, meuble, etroit, ecouter, coaguler, metier, roture, muer, ministere, piete, rupture, capital, orteil, cheptel, article, sacrement, acre, aigre, frigide, mobile, strict, froid, premier, ausculter, muter, naviguer, livrer, nager, liberer, serment, sevrer, separer.

10. Resumez les idees principales de ces textes:

Qu'emprunte-on?

Les langues empruntent surtout des mots appartenant aux classes lexicales "ouvertes", c'est-a-dire justement celles qui contiennent un stock variable de mots ce sont principalement les noms, les verbes et les adjectis. Les classes "fermees" (pronoms, conjonctions) ne recoivent que tres rarement d'ajouts.

Il faut cependant noter que les classes dont on parle sont celles d'arrivee: en effet, il n'est pas rare qu'une langue emprunte, par exemple, un pronom a une autre langue mais pour en faire un nom. C'est le cas de quidam, emprunte au latin. C'est en francais un nom alors qu'en latin c'est un pronom. Mieux encore, notre bus, nom commun, est issu du latin, ou ce n'est qu'une desinence.

Plusieurs raisons expliquent l'emprunt lexical. Elles ne s'excluent bien sur pas les unes les autres. Tout d'abord, un signifiant pour un signifie nouvellement apparu peut manquer dans la langue empruntant le mot. Ainsi, quand de nouveaux animaux ou des plantes alors inconnues ont ete decouverts, leur nom a souvent ete directement emprunte aux langues des pays qui les abritaient (avocat, cafe).

En cas d'interference linguistique, l'emprunt devient tres frequent. Ainsi, le mot wassingue (serpilliere) utilise dans le francais du Nord de la France est un emprunt au flamand wasschign, ces regions francaises etant en contact adstratique avec des pays parlant cette langue. De meme, le superstrat francique a fourni un grand nombre de mots au francais, parmi lesquels, par exemple, guerre, heaume ou framboise. Il n'y a pas la toujours de necessite reelle a emprunter un terme etranger: les peuples en contact, cependant, ne s'echangent pas seulement des biens ou des idees. Des mots etrangers sont reproduits parce qu'ils peuvent etre entendus plus souvent que les mots vermiculaires.

D'autre part, la langue d'un pays dominant, culturellement, economiquement ou politquement, a une epoque donnee devient tres frequemment donneuse de mots: c'est le cas du francais dont le vocabulaire militaire (batterie, brigade...) et la plupart des noms de grade se retrouvent dans toutes les armees europeennes depuis l'epoque ou la France etait consideree comme un modele d'organisation militaire: c'est aussi celui de l'italien dans le domaine de la musique, qui a transmis des termes comme piano ou adagio. L'anglais, actuellement, fournit, du fait de son importance dans ce domaine, nombre de mots concernant le vocabulaire de l'informatique, comme bug ou bit, lesquels n'ont pas d'equivalent francais preexistant; cette langue alimente aussi le vocabulaire de la gestion d'entreprise (manager, staff, marketing, budget, etc.). L'emprunt peut aussi faire partie d'un phenomene de mode plus general Il n'est qu'une des manifestations de la volonte d'imiter une culture alors sentie plus prestigieuse. Dans ce cas, le mot emprunte peut n'etre qu'un synonyme d'un mot deja existant: de tels emprunts seront sentis, de maniere normative, comme des fautes de gout ou une faiblesse d'expression. Par exemple, utiliser poster au lieu de publier dans les forums de discussion passe souvent pour un anglicisme. En effet, le verbe poster n'a pas, en francais la meme acception que le verbe to post en anglais (ce sont des faux-amis), et le verbe publier convient tres bien. Le francais branche est emaille de tels emprunts qui, souvent ne depassent pas l'effet de mode et ne se lexicalisent pas.

Guiraud P. Les mots etrangers, Paris, 1971.

Des mots adaptes

En passant d'une langue a une autre, les mots sont susceptibles d'etre adaptes phonetiquement, d'autant plus quand ces mots sont empruntes indirectement. En effet, les systemes phonologiques des differentes langues ne coincident que tres rarement. Or, l'import de nouveaux phonemes est un phenomene rare, et , au moins, tres lent. Par exemple, le mot arabe qahwa ne se prononce pas ainsi en francais, langue qui ne connait ni le [ q ] ni le [h]. Les francophones, empruntant le mot, ont transforme le [ q ] en [ k ], qui lui est relativement proche pour une oreille non entrainee. Quant au [ h ], il est tombe car aucun phoneme proche n'existe en francais.

Les adaptations phonetiques peuvent rendre le mot emprunte meconnaissable quand les deux systemes phonologiques impliques sont tres differents. Le japonais par exemple, emprunte enormement a l'anglais. Or la structure syllabique du japonais exige des syllabes ouvertes (se terminant par une voyelle; une nasale est cependant aussi possible); c'est pour cette raison que, si sofa reste reconnaissable (sofa), sabisu (service) l'est deja moins. Pire encore, il faut bien connaitre la phonologie japonaise pour reconnaitre derriere miruku le mot anglais milk (le japonais n'ayant pas de phoneme /l/, il le remplace par un /r/ qui, dans cette langue, peut etre considere comme un allophone). On peut aussi signaler le cas des emprunts au sanskrit faits en chinois et en japonais. Ces emprunts, motives par le fait qu'il n'existait pas de termes preexistant pour designer des realites propres au bouddhisme, par exemple, ont du subir des adaptations importantes pour etre lexicalisees: le mot bodhisattva devient en japonais bosatsu et en chinois pusa.

D'une maniere generale, avant qu'un mot emprunte ne soit completement lexicalise, il existe souvent des locuteurs pour savoir le prononcer d'une maniere plus ou moins "correcte", c'est-a-dire plus ou moins proche de sa prononciation originelle. Il existe donc un flottement: le mot francais sweat-shirt est prononce le plus souvent /switsoert) mais (swetsoert) par les locuteurs connaissant l'anglais. De toute maniere, le mot est un emprunt bancal, puisque dans la langue de depart, le meme vetement est nomme sweater. Avec le temps, ces divergences de prononciations ont tendance a s'estomper.

Enfin, il faut tenir compte de la graphie du mot: si, en s'adaptant, un mot garde sa graphie originale (comme sweat), il est evident que les locuteurs risquent de le prononcer en suivant les regles de lecture propres a leur langue ou celles supposees des mots etrangers. Si, en francais, on entend plus souvent (swit), c'est bien parce que le digramme ne renvoie a aucune regle de lecture precise dans cette langue .

Guiraud P. Les mots etrangers. Paris, 1971.

Bibliographie

1. Timeskova, I.N. Exercices de lexicologie / I.N. Timeskova. - L., 1971.

2. Tchesnovictch, E. Lexicologie francaise / E. Tchesnovictch. - L., 1981.

3. Lehmann, A. Introduction a la lexicologie. Semantique et morphologie / A. Lehmann, F. Marint-Berthet. - Paris, 1998.

4. Picoche, J. Structures semantiques du lexique francais / J. Picoche. - Paris, 1995.

5. Guiraud, P. Les mots etrangers / P. Guiraud. - P., 1971.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaisances

1.1. Definir

Emprunt - calque - contamination - assimilation - compose - abreviation - xenisme - variation - tendance - registre

1.2. Repondre brievement

1. Quels facteurs causent l'apparition des emprunts?

2. Quelles sont les particularites de calque morphologique?

3. Qu'est-ce qui vise a l'assimilation des mots etrangers?

4. Est-ce que la parente des langues facilite l'assimilation des emprunts?

5. Est-il normal si les mots etrangers conservent leur forme etrangere?

6. Quelle est la tendance propre aux emprunts?

2. Faire le point sur

Le statut sociolinguistique des emprunts (xenismes, regionalismes). La variation de style. La difference entre l'emprunt et l'interference. La frequence des emprunts lexicaux. L'emprunt est la marque d'enrichissement du vocabulaire.

Questions:

1. A quelles langues le francais a -t - il emprunte des mots?

2. De quelle facon les emprunts peuvent - ils etre naturalises

3. Quels sont les types des emprunts que vous connaissez?

4. Comment se font les emprunts lexicaux strictes?

5. Les xenismes sont-ils repandus en France?

6. Y a-t-il des regionalismes en France? Comment peut-on les definir?

7. Y a-t-il une variation de style dans l'usage des emprunts?

3. Se preparer au commentaire

La xenite est -elle la marque d'une connotation negative ou positive?

4. Se preparer a la dissertation

Sujet: La langue francaise et la variation

Explorer le sujet

1. Reflechir au terme de la variation.

Quels sont les rapports entre la variation et la diversite de la societe? (changement linguistique, l'heterogeneites des pratiques linguistiques, variation reglee par la grammaire, varietes de francais en France, conditions de la transmission, de son usage, facteurs de variation).

2. Rediger le plan

3. Rediger l'integrite des devoirs.

4. Pour aller plus loin

Constituer un dossier sur les emprunts suivant la methode a la page 23.

Definition - les caracteristiques - emprunts aux differentes langues - types (lexicaux, semantiques) - variation (cote positif et cote negatif), statut sociolinguistique.

Test 1. La francisation phonetique des mots etrangers repose generalement sur la

a. reduction de la finale

b. reduction de l'initiale

c. reduction de la finale et de l'initiale

d. conservation de la finale

2. On emprunte facilement les

a. noms b. adverbes

c. pronoms d. interjections

3. Les emprunts savants sont souvent faits a (au)

a. l'allemand

b. l'anglais c. gaulois

d. latin 4. Les emprunts populaires se font par la

a. voie ecrite

b. voie gestuelle

c. voie orale d. voie ecrite et orale

5. Du point de vue semantique, on emprunte ordinairement

a. tous les sens du mot emprunte

b. deux sens

c. plusieurs sens

d. un seul sens

6. Du point de vue phonetique on

a. respecte la forme etrangere

b. change la finale

c. change l'initiale

d. change la finale et l'initiale

7. Du point de vue morphologique tous les mots etrangers

a. gardent des particularites de la langue d'origine

b. changent partiellement le mot d'origine

c. changent completement le mot

d. ne changent pas le mot

8. Avant le XVI siecle le grec a donne des mots au francais

a. directement

b. indirectement

c. par l'intermediaire de l'arabe

d. par l'intermediaire de l'espagnol

9. L'italien a eu la plus forte influence sur le francais

a. au Moyen Age

b. au XV siecle

c. au XVI siecle

d. au XVIII siecle

10. Une veritable admiration pour l'anglais a commence

a. au XVI siecle

b. au XVII siecle

c. au XVIII siecle

d. au XX siecle

11. Une grande invasion des anglisismes

a. favorise la communication

b. ne favorise pas la communication

c. favorise partiellement la communication

d. la communication ne souffre pas

12. Parmi les exemples ci-dessous il y un emprunt a l'anglais pris autrefois a l'ancien francais. Retrouvez-le!

a. canon b. tenis

c. patre d. raide

13. Un type particulier d'emprunt est une traduction litterale. Il est appele

a. regionalisme

b. xenisme c. calque

d. emprunt

14. Le fonds usuel du francais est constitue par

a. des mots savants

b. des emprunts

c. des regionalismes

d. des xenismes

MODULE 3 LE FONDS PRIMITIF. LES DIFFERENCIATIONS TERRITORIALES ET SOCIALES DU LEXIQUE FRANCAIS

EE1 Le fonds primitif. Les differenciations territoriales et sociales du lexique francais

Objectifs d'etude:

1. L'apprenant doit savoir:

* les definitions des termes du Module

* les etapes du developpement du francais

* les variantes du francais en France

* les role des dialectismes et leur types

* les types de dialectes d'origine

2. L'apprenant doit savoir faire:

* relever les particularites de la langue d'oc et de la langue d'oil

* expliquer le sens de l'ordonance de Francois Ier

* identifier les patois

* definir les particularites regionales du francais

* retrouver des niveaux de langue

* identifier la langue familiere, l'argo, la langue populaire

3. L'apprenant sera capable de:

* identifier les premieres oeuvres litteraires et leurs temps d'apparition

* caracteriser l'epoque de formation du francais

* definir "le dialecte", "le jargon", "le terme", "le professionalisme"

* differencier les dialectes

* relever les particularites des niveaux de langue

EE2 Le mot et le temps

Objectifs d'etude:

4. L'apprenant doit savoir:

* le caractere du developpement de la langue et du vocabulaire

* le noyau et la peripherie du systeme lexical

* la definition du neologisme et de l'archaisme

* les criteres des neologismes

* les modeles de formation des neologismes

* le politique reglant l'activite langagiere

* les facteurs de l'adaptation des neologismes

* les types des archaismes

* les causes de la desparition des mots

* les causes de l'apparition des mots nouveaux

5. L'apprenant doit savoir repondre aux questions sur:

* les causes du changement du vocabulaire

* le role des mots nouveaux et vieillis

* les criteres permettant de definir le type des mots nouveaux

* les modeles formatifs des mots nouveaux

6. L'apprenant sera capable de:

* identifier le lexique usuel de la langue

* trouver le noyau et la peripherie

* distinguer les historismes et les archaismes

* identifier les types d'historismes

* mettre en relief le role des archaismes dans le texte

* relever les modeles de formation des neologismes

EE3 Les synonymes, antonymes et homonymes

Objectifs d'etude:

7. L'apprenant doit savoir:

* la definition des synonymes, des antonymes, des homonymes

* les constituants du systeme caracterise par la synonymie

* les types de synonymes

* les criteres des series synonymiques

* la loi d'attraction synonymique

* les particularites des synonymes

* les causes de l'apparition des homonymes, leurs types

* les traits essentiels du champ semantique

8. L'apprenant doit savoir repondre aux questions sur:

* la base de la synonymie des vocables

* les types de rapports semantiques entre les mots

* la base logique des antonymes

* les groupes lexicaux

9. L'apprenant sera capable de:

* differencer les synonymes absolus et partiels

* identifier les paires synonymiques des textes litteraires et du discours de tous les jours

* retrouver des synonymes ideographiques et expressifs

* composer des series synonymiques d'un mot polysemique

* relever des criteres distributionnels, paradigmatiques et formatifs des homonymes

* faire des microparadigmes des antonymes

* identifier les champs semantiques des mots

* Glossaire

* * Dialecte territorial - une variete regionale d'une langue donnee.

* Dialecte social - une variete sociale d'une langue donnee.

* Patois - la variante dialectale d'une communaute rurale precise, un "langage corrompu et grossier tel que celuy du menu peuple, des paysans et des enfants qui ne scavent pas encore bien prononcer".

* Jargon (m)- langage par lequel un groupe social, les etudiants, les militaires se differencient des autres usagers.

* Argo (m)- souvent c'est le langage des malfaiteurs, mais aussi celui des groupes sociaux, des hommes de certains metiers.

* Niveau de langue - correspond a la connaissance que le locuteur a du francais commun, a son instruction plus ou moins poussee. On distingue le niveau intellectuel, le niveau moyen et le niveau populaire.

* Terme (m) - mot appartenant a un vocabulaire special qui n'est d'un usage courant dans la langue commune.

* Langage familier - est celui de la vie courante. Il est surtout frequent dans la langue parlee, dans la conversation meme des gens les plus distingues. La correspondance familiale ou amicale appartient aussi au langage familier.

* Langage populaire - le terme populaire se rapporte aux facons de parler propres aux gens qui ont fait des etudes peu poussees.

* Synonymes - des mots qui, appartenant a la meme classe grammaticale, ont a peu pres la meme signification.

* Homonymes - deux mots de meme prononciation, mais different par le sens.

* Homographes - homonymes qui ont la meme forme ecrite.

* Homophones - homonymes qui ont seulement la meme prononciation.

* Paronymes - des mots proches l'un de l'autre par la forme.

* Antonymes (m) - des mots qui, appartenant a la meme classe grammaticale, s'opposent l'un a l'autre par le sens.

* Champ lexical - notion de vocabulaire qui designe tous les mots existant dans la langue qui se rapportent a une meme idee.

* Champ semantique - notion de vocabulaire qui designe les differents sens que prend un meme mot selon les contextes dans lesquels on peut le trouver.

* Archaisme (m) - expression, mot ancien qu'on emploie alors qu'il n'est plus en usage.

* Historisme (m) - mot ancien refletant les conditions historiques.

* Neologisme (m) - unite nouvellement formee ou un sens nouveau aux mots deja en usage non integre au lexique.

* Fond primitif - constitue par le latin, auquel il faut joindre quelques survivances de langues anterieures et des mots pris aux Germains a la suite des invasions.

* E1 Le fonds primitif. Les differenciations territoriales et sociales du lexique francais

* * A. LE FONDS PRIMITIF

* * Le fonds essentiel (usuel) francais comprend tous les mots d'un usage courant dans la langue qui se caracterise par sa stabilite, par son empreinte nationale fort prononcee. Outre le fonds usuel du lexique la langue francaise possede des couches lexicales d'un emploi plus ou moins restreint telles que terminologie speciale, jargons de classe, jargons professionnels, parlers locaux (les patois), la majeure partie des emprunts, des mots internationaux qui ne sont pas d'un usage courant.

* Le fonds usuel du lexique francais a un caractere stable, national. Il comprend tous les mots du fonds hereditaire auxquels viennent s'ajouter les formations nouvelles, purement francaises (mots formes par la derivation propre ou "impropre" (conversion), composes, abreges, locutions phraseologiques). Le fonds hereditaire de la langue francaise se compose essentiellement du latin populaire, y compris les elements celtiques, grecs et germaniques: alouette, bouleau, bec, balai, bouc, branche, cabane, charrue, mouton, greve, harnais, lieue, sillon, rache, saumon, greve, tonneau, Paris, Verdun, Nantes, Amiens, Lyon, Rouen, Argentan,

* La plupart des elements grecs sont entrees dans les dialectes romans de la Gaule par l'intermediaire du latin populaire. Ce sont: bourse, bouteille, bocal, golfe, plat, tombe.

* L'apport des langues germaniques etait plus considerable. Les elements germaniques ont penetre a l'epoque de l'invasion des Francs. Ce sont: guerre, haie, jardin, fauteuil, hache, gant, gerbe; les verbes batir, hair, garder; les adjectifsblanc, bleu, brun, gris, rouge, riche, laid, frais.

* Ainsi les elements grecs, celtiques et germaniques se trouvaient deja dans le vocabulaire du latin populaire ou dans le francais a l'epoque de sa formation.

* Le fonds usuel du lexique francais, y compris les elements grecs, celtiques et germaniques, est constitue par des mots - racines de formation populaire tels que terre, ciel, lune, homme, femme; des derives et des composes a usage general: chanter, crier, travailler, parler, aller, faire, ouvrier, enfant, ecolier, etudiant, pomme de terre.

* Le fonds usuel du lexique francais se caracterise par la stabilite et sa vitalite et ses elements essentiels restent dans la langue durant de longs siecles depuis l'epoque de la romanisation de la Gaule. Mais le fonds usuel du francais d'aujourd'hui est considerablement plus riche que celui de l'ancien francais.

* * B. LES DIFFERENCIATIONS TERRITORIALES ET SOCIALES DU LEXIQUE FRANCAIS

* * Le francais a des particularites locales. Les dialectes et les parlers locaux sont au serivce de toutes les classes d'une population habitant un territoire determine et servent sans distinction toutes lesclasses du territoire ou ils sont parles, mais ils peuvent avoir des differenciations lexicales, phoniques et grammaticales.

* A l'epoque de la formation de la langue nationale francaise des dialectes du Centre, y compris le dialecte d'Ile-de-France, ont joue le role predominant. A l'epoque du feodalisme on observe le morcellement linguistque conditionne par la dislocation geographique, economique et sociale de la France. Les principaux dialectes de la France feodale etaient au Nord et a l'Ouest-le francien, le breton, le normand, le picard et d'autres, au Sud et sur le Plateau Central - le provencal, le languedocien, le dauphinais, l'auvergnois, le gascon, le limousin.

* Au moment de sa plus grande homogeneite, chaque dialecte a des traits qu'il partage avec les dialectes voisins.

* M. Cohen fait observer avec justesse que "le double probleme du francais feodal litteraire est celui de l'unite dans la diversite d'abord, de l'unite tout court ensuite". Le XVe siecle marque un nouveau tournant dans l'histoire sociale et linguistique de la France. Paris devient un centre administratif, politique et social, ce qui unifie la langue des habitants de la France. La capitale cherchent a unifier la langue dans le rayon de sa sphere d'activite. Les dialectes deperissent peu a peu et passent a l'etat des patois. Au point de vue politique et social, les XVe et XVIesiecles c'est l'epoque de la formation de la nationalite francaise et de la langue nationale - l'epoque des progres continus de la royaute et de l'unification du royaume, de la montee au pouvoir de la bourgeoisie.

* Le francais regional et les patois.

* Dans la France d'aujourd'hui les dialectes sont entierement evinces par la langue nationale, ils sont reduits a l'etat de patois (de parlers locaux). Modifie sous l'influence des dialectes, des parlers locaux dans telle ou telle region de la France, le francais national porte le nom de francais regional. De nos jours le francais regional se rapproche de plus en plus du francais de la capitale. Les patois a leur tour se rapprochent du francais regional. Ils ont un caractere double, en comportant a la fois les traits du francais regional et des archaismes. Le francais regional subit habituellement l'influence de la phonetique du dialecte ambiant. Ainsi dans le Midi on fait entendre le n de chanter. Le patois comporte beaucoup de mots locaux qui designent des objets ou des coutumes propres a la region.

* Les dialectes, les mots regionaux, les patois sont une source inepuisable d'enrichissement du lexique francais.

* Les differents groupes sociaux tachent souvent d'utiliser le lexique de la langue dans leurs propres interets en creant des termes particuliers, des expressions particulieres, en pretant une valeur speciale aux mots deja existants.

* En France le jargon des precieuses, cree au XVIIe siecle dans le salon de la marquise de Rambouillet presente un jargon de classe par excellence.

* L'influence des classes sur le lexique se fait clairement sentir dans les definitions des termes politiques donnees par les lexicographes francais de differentes conceptions politiques.

* Les jargons de classe utilisent la grammaire et la phonetique de la langue generale, il n'y a de propre que son lexique. Il sert de moyen de communication a un groupe social tres restreint- aux malfaiteurs. Pourtant le jargon des declasses a fait et continue de faire un apport a la langue generale.

* Il se sert tres largement de l'emploi metaphorique des mots usuels, des euphemismes: une bonne poire (arg.) 'homme facile a duper; guillotine s'appelle veuve, bequille, butte, banc, abbaye de monte a regret; voiture de prison - panier a salade; recidiviste - cheval de retour; pomme de terre - orange a cochons; tuer - apaiser. L'argot recourt souvent aux emprunts aux autres langues pour enrichir son vocabulaire. Le mot moukere 'femme de legere conduite', est emprunte a l'espagnol mufer 'femme', aussi que le mot mendigot 'mendiant'. De l'italien viennent les mots bazir 'tuer'.

* L'argot des declasses possede plusieurs modeles tout particuliers: les suffixes: -muche, -uche, -oche, -ache, -igot;boyaches-tu? 'bois-tu?', grenuche 'avoine', sourdoche 'lanterne', parigot, boutache 'boutique'. L'argot aime a deformer les mots de la langue usuelle ou a les remplacer: le pied - arpion ou poturon, le soleil - hure couchant, l'argent -fric, fafiot, flouze.

* Les jargons de profession ne different de la langue generale que par leur vocabulaire. L'usage des jargons professionnels est limite de meme que celui des jargons de classe. Mais ce sont des limites d'ordre professionnel et non pas social. Un homme de metier se sert de termes speciaux durant son travail ou avec ses camarades de travail. Les jargons de profession ont generalement un caractere oral, on ne les ecrit pas.

* La terminologie speciale. Les voies de son enrichissement

* Chaque science a sa propre terminologie qui est appellee a refleter ses progres. Le terme est un mot qui designe une notion speciale. La terminologie speciale presente un systeme etabli de signes qui se caracterise par sa stabilite et sa monosemie. La polysemie ne fait que nuire a la terminologie qui exige une grande exactitude et precision dans la denomination des notions scientifiques. Les termes ont generalement un caractere neutre, ils sont prives de valeur expressive.

* De meme que les jargons de profession la terminologie speciale n'a de particulier que son lexique. Elle l'enrichit en utilisant les procedes de formation du fonds lexical usuel.

* Parmi les suffixes d'adjectifs sont repandus dans la terminologie speciale les suffixes: -ique, -al, -el, -if, -ive, -able, -ible.

* -ique: electronique, neutronique, atomique, plastique, thermique, autohydrique, diphterique, dysenterique, spasmotique;

* -al, -el: radial, longitudinal, martial, argental (qui contient l'argent), arsencial, directionnel, sequentiel, frequentiel, turbu-lentiel, impulsionnel, variationnel;

* -if, -ive: abrasif, absorptif, agglomeratif, corrosif, disparatif, capacitif;

* -able, -ible: amalgable, cimentable, coxefiable, mouillable, gonflable, imbrouillable, orientable, modulable, fusible, amovible

* Parmi les suffixes verbaux sont productifs dans la terminologie

* speciale les suffixes: -er, -ifier, -iser.

* -er: caoutchouter, gommer, aciduler, broyer;

* -ifier: acidifier, electrifier, typifier, rudifier, etanchifier

* -iser: electriser, realiser, sonoriser.

* Un certain nombre de suffixes nominaux peu productifs ou improductifs dans la langue generale sont productifs dans la terminologie speciale. Ainsi les suffixes d'action et de qualite -ure, -ance, -ence, -aison restent productifs de nos jours dans la terminologie speciale.

* Parmi les suffixes d'adjectifs, peu productifs dans la langue usuelle, jouit d'une grande productivite dans la terminologie le suffixe -eux: terreux, granuleux, spongieux, aqueux, comateux, cancereux, ecrouelleux.

* Les suffixes verbaux -iser et -ifier se sont specialises dans la terminologie: ecraniser, scenariser, sonoriser, synchroniser, actualiser, atomiser, ioniser, denucleariser, electrifier.

* Le suffixe des noms concrets -ie, improductif dans le lexique usuel, forme une quantite de termes medicaux et geologiques: cholemie, diphterie, dispepsie, eclamsie, amnesie, epilepsie.

* Il existe des suffixes qui ne sont propres qu'a la terminologie speciale. Leur nombre est assez restreint. Dans la terminologie medicale s'emploient largement les suffixes -ine, -ite, -ose, -ol:

* -ine: penicilline, insuline, streptomycine, syntomicine, tetracycline, cofeine.

* Au XXe siecle nombre de termes speciaux, en elargissant leurs liens semantiques, penetrent dans le lexique usuel. "A l'epoque contemporaine, - ecrit L. Guilbert, - non seulement la vulgarisation de la pratique des sports, mais aussi la penetration de la technique et du machinisme avec son vocabulaire dans les moindres actes de la vie des individus, quand ils se deplacent, s'alimentent, travaillent, s'abandonnent aux loisirs ou s'informent repandent dans la masse de la population des termes techniques, y compris les mots anglais empruntes".

* * Bibliographie

* * 1. Лопатникова, Н.Н., Мовшович Н.А. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Н.А. Мовшович. - М., 1982

* 2. Супрун, А.Е. Методы изучения лексики / А.Е. Супрун. - Мн., 1975.

* 3. Лингвистический энциклопедический словарь. - М., 1990.

* 4. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite. - Minsk, 1963.

* 5. Sauvageot, A. Portrait du vocabulaire francais / A. Sauvageot. - P., 1992.

* 6. Wagner, R.-L. Les vocabulaires francais / R.-L. Wagner. - P., 1970.

Travaux diriges

Devoirs

1. Prouvez que certains pronoms francais ont garde des particularites dialectales du vocabulaire.

2. Commentez les paroles de Dauzat "le francais doit devenir un grand herbier national qui sauvera tout ce qu'on peut sauver de la flore de la langue populaire".

3. Illustrez que le francais possede des mots picards et wallons (industrie houillere), des mots normands et provencaux (marine).

Idiolecte, dialecte, sociolecte

Nous avons vu qu'une langue est un phenomene social. En meme temps, ce sont les individus qui l'utilisent. Il existe en fait des degres entre ce qui releve du social et ce qui releve de l'individu. Le systeme linguistique d'un individu s'appelle son idiolecte. C'est le fait que chacun a un idiolecte qui nous permet d'identifier notre interlocuteur au telephone, par exemple.

Au niveau regional, on retrouve des dialectes. Un dialecte est une variete linguistique utilisee dans une region particuliere.

Le sociolecte designe une variete linguistique qui depend du contexte social (l'age, le sexe, le niveau d'instruction, entre autres choses). Ainsi, on costate que les jeunes ne parlent pas comme leurs grands-parents, et qu'il existe, par exemple, des varietes linguistiques qu'on n'entend pas parmi les gens instruits.

En fait, les differences de dialecte et de sociolecte ne sont pas tout a fait etanches. On entend souvent des locuteurs qui imitent d'autres dialectes ou sociolectes. En outre, il existe une autre dimension meme plus difficile a preciser; il s'agit des differences de registre. Dans un contexte formel, on ne parlera pas de la meme facon que dans un contexte familier.

Dialecte. Ensyclopedie libre.

Devoirs

1. Quelles seraient les caracteristiques de votre idiolecte?

2. Trouvez un exemple de dialecte dans votre langue maternelle.

3. Est-ce vrai que les hommes et les femmes parlent de la meme facon dans le contexte de la Savoie?

4. En francais canadien, il y a plusieurs facons de poser une question:

* Puis-je prendre votre stylo?

* Je peux prendre ton stylo?

* Je peux-tu prendre ton stylo?

Dans quel contexte emploie-t-on la seconde question?

5. Vous avez lu "Manon des sources" de M. Pagnol. De quelles variations du francais s'agit-il dans le texte?

6. Relevez le lexique et les expressions qui montrent la facon de parler des jeunes des cites:

Toute la matinee, Jacquot et Milou coururent les petites annonces. Ils rallierent, bredouilles, le Cafe du Depart, en haut du boulevard Saint-Miche, en face de la gare du Luxembourg.

* Tu t'es mis dans le beau linge! remarqua Milou.

* J'aurai pas le temps de me changer pour le mariage de Paulin.

* Moi, t'sais, pour le mariage de Paulin, j'ai hesite a prendre mon costume gris. C'est delicat. Je ne voudrais pas etre mieux spe que les maries.

* J'y ai pense, aussi, repondit Jacquot. Mais je m'suis dit qu'en fin de compte ils avaient droit a mon plus beau costard. Eux, plus que n'importe qui. Apres tout, il n'est pas terrible ce costume

* Oh! il est pas mal, ton bleu!

* Dis donc, Milou, tu ne sais pas ce qui y manque, a ce costume, pour le teminer? Un bath foulard de soie blanche!

* Ca ferait un effet boeuf! On a encore le temps. J'en ai vu de formidables, des foulards, au coin de la rue Cujas. On y va?

C'etait une de ces boutiques a nom anglais dont l'aspect retire toute envie de pousser la porte. Des pantalons de chaval, des sticks, des cravates, des chemises ecossaises...

Jacquot ne pouvait plus reculer. Vaillamment, il poussa la porte. Elle etait lourde et glissait moelleusement, en couvercle de coffre-fort. Elle se referma derriere eux comme le clapet d'un piege.

Le vendeur se precipita.

* Ces messieurs desi...?

Son regard avait soupese les deux clients. Puis ses yeux tomberent sur les pieds de Jacquot. Celui-ci sentit l'empeigne legerement decollee de son soulier lui bruler les orteils. Il cacha ses mains derriere son dos. Le vendeur pensait visiblement: "Il n'y pas de fuite, la vitrine est propre, on n'a demande ni les plombiers, ni les laveurs de carreaux, ni les cireurs, ni les electriciens, ni le.."

* Eh! Jacquot, qu'est-ce...? Mais tu es fou!

Jacquot s'etait avance de trois pas, il avait agrippe le vendeur meduse par les revers de l'impeccable veste gris fer, l'avait souleve de terre, l'avait colle contre le comptoir.

* Pau-vre-ty-pe!

Il le souleva encore de quelques centimetres, le posa sur le comptoir et le lacha la, d'un air degoute.

* Tu viens, Milou? On change de cremerie!

La porte glissa dans leur dos avec soupir.

7. Resumez les textes proposes

En linguistique, un sociolecte est le parler d'un groupe social, d'une classe sociale, ou de toute categorie se distinguant une "culture intime". Il differe ainsi des dialecte et topolecte, variantes de langues respectivement parlees dans une region particuliere ou une aire geographique plutot restreinte, - meme si certains sociolectes peuvent etre des dialectes privilegies -, et de l'idiolecte, parler d'un individu.

Un dialecte (du grec dialegomai "parler ensemble") est une variete d'une langue qui se distingue des autres dialectes de cette meme langue par un certain nombre de particularites lexicales, syntaxiques ou phonetiques, et qui est utilisee par une fraction plus restreinte de la population, tout en restant comprehensible par tous les locuteurs de la langue. Toute langue possede des dialectes, sans exception. On distingue generalement deux types de dialectes: les dialectes locaux (ou geographiques), qui sont etudies par la dialectologie. Ces dialectes peuvent co-exister sur le meme plan (c'est le cas des Etats-Unis: chaque region parle un anglais un peu different, aucune variante n'est censee etre preferable aux autres), ou etre consideres comme inferieurs a une langue standard les dialectes sociaux (ou sociolectes), etudies notamment par la sociolinguistique Au point de vue de la linguistique, on n'oppose pas un dialecte a une langue. Qualifier une facon de parler du terme de dialecte est en general une appreciation devalorisante (comme parler de patois).

Pour etre plus precis, tout moyen linguistique utilise de facon continue par plusieurs personnes pour communiquer est une langue. Aucune langue n'est en soi plus adaptee au monde moderne qu'une autre. Par exemple l'Hebreu etait une langue morte utilisee uniquement dans la liturgie avant d'etre recreee et enrichie au debut du XXe siecle en Europe.

La dialectologie est la branche de la linguistique qui etudie les varietes linguistiques non standardisees que sont les dialectes.

La dialectologie peut etudier les dialectes en les decrivant pour eux-memes, en degageant les traits (specifiques ou non) de leur phonetique, de leur phonologie, de leur morphologie, de leur syntaxe ou de leur semantique. En cela, la description dialectale ne differe pas des autres travaux de description linguistique synchronique, a ceci pres qu'elle se penche sur des parlers dont la variabilite est une caracteristique majeure.

Elle peut aussi comparer un ou plusieurs dialectes aux autres dialectes de la meme famille ou du meme groupe linguistique. Elle le fait alors souvent en recourant a des enquetes de geographie linguistique, qui permettent de decrire la repartition spatiale des traits specifiant les membres de ladite famille. Ces enquetes debouchent souvent sur l'elaboration d'atlas linguistiques, permettant de distinguer les differences entre dialectes grace au trace de frontieres entre traits linguistiques, frontieres appelees isoglosses; une autre technique decrivant ces differences de maniere plus subtile est la dialectometrie, ou mesure quantifiee des oppositions entre plusieurs points de la carte dialectale.

L'etablissement d'un atlas linguistique, s'il exige un minimum d'exhaustivite, demande enormement de temps. Il s'agit d'enregistrer les differences lexicales et phonetiques des differentes regions d'une communaute linguistique. On repertorie les variantes possibles et cree ainsi des cartes indiquant les frontieres dialectales (isoglosses). Ces frontieres peuvent etre variables selon le trait caracteristique qu'on etudie, un atlas exhaustif demande donc un maximum de cartes repertoriant des variantes. Pour le francais en Europe, il existe plusieurs atlas linguistiques: l'Atlas linguistique de la France (ALF), le Nouvel Atlas linguistique de la France (NALF), l'Atlas linguistique de la Wallonie. L'etude de cette repartition est souvent associee a des etudes diachroniques (ou historiques) qui visent a expliquer la formation des dialectes, en montrant leur differenciation a partir d'une source commune (c'est le processus de differenciation dialectale ou dialectalisation).

Elle peut encore etudier les usages des varietes dialectales dans une societe donnee, par exemple en mettant le lexique des dialectes en regard des coutumes, des usages, des croyances, des techniques et de l'organisation de cette societe. En cela, la dialectologie est proche de l'anthropologie (et donc de l'anthropolinguistique) et de l'approche scientifique du folklore.

La dialectologie peut enfin etudier ces usages d'un autre point de vue: le rapport ou la concurrence entre les differentes varietes linguistiques presentes dans cette societe (situations de diglossie). Elle peut, dans cette perspective, etudier les attitudes et les representations que les locuteurs de ces varietes elaborent quant au dialecte. De ce point de vue, la dialectologie est un chapitre de la sociolinguistique.

Histoire

Issue des travaux du linguiste allemand George Wenker, la dialectologie a ete etablie definitivement comme science par le Suisse Jules Gillieron. Elle s'est developpee dans tous les groupes linguistiques connaissant une riche variation linguistique et ou se sont etablies des etudes linguistiques, et a ete stimulee tantot par les etudes de linguistique historique, tantot par l'avenement de la perspective synchronique. Elle est encouragee dans les societes soucieuse de mettre leur patrimoine culturel en valeur, et en particulier dans celles qui ont resolu de donner certains droits a leurs minorites culturelles et linguistiques (voir la Charte europeenne des langues regionales ou minoritaires, ou les dialectes figurent sous la denomination de langues historiques regionales). Quant les pouvoirs publics entendent mener une action volontariste sur les dialectes (action de promotion ou, au contraire, de rejet ou de contention), il s'agit la d'un chapitre de la politique linguistique. La Charte europeenne des langues regionales ou minoritaires fut adoptee avec la convention europeenne (ETS 148) de 1992 sous les auspices du Conseil de l'Europe pour proteger et pour favoriser les langues historiques regionales et les langues des minorites en Europe. Elle s'applique seulement a des langues traditionnellement employees par les ressortissants d'une partie d'un Etat europeen (ainsi, les langues employees par les recents immigrants provenant d'Etats non-europeens sont exclues), lorsque ces langues different de maniere significative de la langue majoritaire ou de la langue officielle (ainsi, les dialectes locaux d'une langue majoritaire ou officielle sont exclus) et possedent une base territoriale. La charte propose un grand nombre d'actions differentes que les Etats signataires peuvent entreprendre pour proteger et pour favoriser les langues historiques regionales et de minorites. Ces derniers doivent entreprendre au moins trente-cinq de ces actions. Suite a une decision de son Conseil constitutionnel, la France n'a pas ratifie la charte, mais elle avait prepare une liste de langues regionales de France auxquelles s'appliqueraient des articles de la charte.

Famille occitano-catalane

Catalan Aire de diffusion du catalan dans le departement des Pyrenees Orientales, la zone de Fenouilledes au nord-ouest n'est pas catalanophone. Le catalan est parle en France dans le departement des Pyrenees-Orientales a l'exception de Fenouilledes ou l'occitan est pratique. Cette aire de diffusion correspond a l'ancienne province du Roussillon rattachee a la France en 1659 suite au traite des Pyrenees et anterieurement possesion de la couronne d'Aragon au sein du royaume d'Espagne. Cette zone est aussi appelee Catalogne Nord dans certains milieux catalanophones. Alors qu'en Espagne la pratique du Catalan s'est maintenue a un niveau assez important elle a connue en France un recul progressif a partir de 1700, date a laquelle Louis XIV en interdit son usage dans l'espace public. Une etude datant de 1997 rapporte que 55 % de la population de la zone catalanophone comprend le catalan, 34 % sait le parler et 39 % le lire. La proportion de locuteurs augmente selon une autre enquete de 1993 dans les villages, atteignant 70 % de la population mais reste de 40 % dans la capitale departementale, Perpignan. Le catalan reste tres peu enseigne dans le departement, on constate neanmoins le developpement d'un reseau d'ecoles pratiquant l'immersion linguistique dans cette langue, la Bressola. Les habitants des Pyrenees Orientales ont aussi acces aux radios et televisions catalanes qui emettent depuis l'autre cote de la frontiere.

Occitan

L'Occitan ou langue d'oc est compose des dialectes suivants: gascon, limousin, auvergnat, vivaro-alpin, provencal, langu.

Le catalan et l'occitan sont consideres par certaines ecoles comme partie d'une branche ibero-romane comprenant egalement l'espagnol, l'asturien, l'aragonais, le portugais, le fala et le galicien et non d'un occitano-catalantransitionnel avec le gallo-roman.

Famille gallo-italique

Les idiomes gallo-italiques, tranditionnels entre l'italo-roman et le gallo-roman se situent principalement en Italie septentrionale. En France s'y rattachent le Royasque, Ligurien alpin, appele parfois genois alpin ou Zeneise. De fait, dans les Alpes-Maritimes 5 communes de la haute vallee de la Roya: Breil-sur-Roya, Fontan, Saorge, La Brigue et Tende presentent pour les linguistes Pierre Bec et Jean-Philippe Dalbera des parlers aux traits majoritairement liguriens quoique restant intermediaires avec l'occitan. Ils sont dits ligurien alpin et attestent une variante interieure proche du genois (ou ligure cotier) du XVIe siecle. De par leurs situations, elles communiquent directement avec la basse vallee de la Roya italienne ainsi qu'avec Vintimille, sa principale metropole (dont le ligure est dit intemelien).

La frontiere linguistique est relativement etanche avec les villages occitans maralpins (parlers appeles aussi vivaro-alpins ou gavots maritimes) limitrophes a l'ouest de Moulinet, Sospel, Castillon et Castellar. En revanche, les 2 villes suivantes: Menton et Roquebrune-Cap Martin ont un parler majoritairement de type vivaro-alpin maritime avec une legere "coloration" ligurienne par la presence de quelques mots liguriens.

Par ailleurs, il a existe des isolats figoun: Monaco (13-14eme, Malizia Grimaldi s'empare du chateau de Monaco) et ceux disparus de Biot, Vallauris, Mons et Escragnoles (17eme) dus a des repeuplements liguriens, ces villages etant devastes par les guerres de religion et la peste.

Dialectologie. Encyclopedie libre.

Exercices d'evaluation

1. Verifier sdes connaissaences

1.1. Definir

Dialecte social - dialect territorial - professionalisme - patois - niveau de langue - langue d'oc - langue d'oil - argo

1.2. Repondre brievement

1. Quelles sont les caracteristiques du francais regional?

2. Le jargon, quand a-t-il vu le jour?

3. Quels sont les procedes de reation des mots secrets?

4. Quelle est la differance entre le professionalisme et le terme?

5. A quelle epoque se rapporte la premiere differenciation dialectale?

2. Faire le point sur

Le problleme de la differenciation dialectale: cause, frontieres, centres.

Les premieres oeuvres epiques, en quel dialecte ont-elles ete ecrites?

Quelles sont les causes qui arretent la differenciation dialectale?

3. Se preparer a la dissertation

Sujet: La formation des mots argotiques.

3.1.1 Explorer le sujet

Qu'appelle -t-on argot? Ou est utilise l'argot? Quels sont les moyens de creation argotique? Chercher des exemples de l'emploi des mots argotiques dans le milieu scolaire. Quelle est la vitalite de l'ergot?

Rediger

4. Pour aller plus loin

Montrer comment l'argot enrichit la langue francaise.

Test 1. Un idiolecte c'est

a. le parler d'un groupe social

b. le parler d'un groupe professionnel

c. le parler d'un individu

d. le parler d'une langue

2. Un dialecte est utilise par

a. toute la population

b. une fraction de la population

c. un groupe de jeunes

d. un groupe d'etudiants

3. Parmi les dialectes on distingue generalement:

a. trois types

b. deux types c. quatre types

d. six types

4. Une branche de la linguistique qui etudie les varietes linguistique s'appelle

a. sociolinguistique

b. semasiologie

c. dialectologie

d. dialectometrie

5. Une technique qui decrit les differences linguistiques de maniere plus subtile est apelee

a. isoglosse

b. isometrie c. dialectometrie

d. geometrie

6. L'enregistrment des differences lexicales et phonetiques des differentes regions d'une commaunaute linguistique est appele

a. une carte linguistique

b. un atlas routier

c. un atlas geographique

d. un atlas linguistique

7. La dialectologie a ete fondee par

a. G. Wenker b. J. Gillieron

c. A. Wallon d. P. Wenky

8. Le document qui est appele a proteger et favorisr les langues regionales et les langues des minorites s'appelle

a. la convetion europeenne

b. la carte des langues minoritaires

c. la charte americaine des langues regionales

d. la charte europeenne des langues regionales et minoritaires

9. La charte europeenne n'a pas ete ratifiee par

a. l'Italie b. l'Espagne

c. l'Allemagne

d. la France

10. Le catalan est parle en France dans

a. les regions des Alpes

b. les regions des Alpes Maritimes

c. les Pyrenees Orientales

d. les Pyrenees Occidantales

11. Le gascon appartient a la

a. langue d'oil

b. langue d'oc

c. langue romane

d. langue italienne

EE2 Le mot et le temps

Le vocabulaire d'une langue presente toujours une unite d'elements stables et instables. L'apparition des mots nouveaux est imposee par le developpement de la vie economique, politique et culturelle du peuple, par le progres de la mentalite humaine. La disparition de certains objets, institutions, l'oubli de certaines coutumes amenent le deperissement des mots existant dans la langue. Parfois les mots trop uses sont elimines par des mots plus nouveaux.

Les neologismes (du grec neos 'nouveau' et logos 'notion', 'mot') ce sont des mots et expressions nouveaux apparaissant a la suite du developpement de la science, de la culture, de la vie economique et politique du peuple. On appelle neologisme l'apparition d'un signifie nouveau

* soit par creation ou emprunt d'un signifiant nouveau,

* soit par changement de sens ou de valeur morphologique d'un mot existant.

L'evolution de la societe et des techniques imposent un apport incessant de mots ou de serts nouveaux. La neologie se fait par trois voies: lexicale, semantique et phraseologique.

Les mots nouveaux remplacent les mots qui s'usent par le sens et par la forme. Parfois on cree un mot nouveau pour exprimer une notion ou un objet deja existants avec plus d'exactitude ou de vivacite, ou bien pour trouver une forme plus courte et plus exprrssive.

La creation des neologismes est un temoignage de la vitalite de la langue. La langue qui ne se renouvelle pas, s'appauvrit et ne peut plus exprimer toute la variete et toute la richesse des connaissances humaines, elle ne peut pas refleter le progres de la civilisation.

Les mots nouveaux se creent d'apres les modeles existant dans la langue, avec les radicaux et les elements formatifs qui lui sont propres. Ainsi, le substantif routier est forme avec le radical nominal route et avec le suffixe d'agent -ier. Les neologismes de cette categorie sont crees par derivation affixale. Il y a aussi des neologismes formes par metaphore.

On distingue trois types essentiels de neologismes: les neologismes de mots (neologismes lexicaux), les neologismes de significations (neologismes semantiques) et les neologismes phraseologiques.

Les neologismes lexicaux sont des acquisitions de mots nouveaux. Ce sont des mots tels que syndicaliste, greviste, soviet, televiseur, radio, spatial, alunissage, porte-avion parus a la suite du progres de la vie politique, de la science, de la technique.

Parmi les neologismes du XIXe et du XXe siecles on trouve un groupe tout a fait a part, Ce sont des neologismes morphologiques: certains mots qui n'avaient pas de feminin ou ne s'employaient qu'au singulier, ont acquis ces formes. L'apparition de nombreuses professions feminines, inconnues autrefois, a conduit a accepter les neologismes tels que doctoresse, chirurgienne, autoresse, avocate, aviatrice, conseillere municipale, cosmonette, ingenieure, promotrice, redactrice, technicienne, speakerine, telespeakerine. On a cree aussi laureate, championne, copine, pedaleuse, et d'autres. Les substantifs loisir et instance ont acquis le pluriel: avoir les loisirs, faire de vives instances.

Quelques mots savants nes par siglaison ont du pourtant une grande fortune a la diffusion des techniques qu'ils designent: radar (de radio detection and ranging, "detection et reperage par radio"), laser (light amplification by stimulated emission of radiations, "amplification de lumiere par emission de radiations stimulee").

• Neologismes de la presse:

Le mot enzyme etait depuis le XIXe s. propriete privee des chimistes et des biologistes, et l'Academie des Sciences venait de lui attribuer le genre feminin lorsque, vers 1970, il est apparu, avec le genre masculin et l'epithete glouton.

Voici quelques echantillons de cette production collectes a la fin de 1979 (choix tire d'une publication des "Amis du lexique francais"):

americanade, n.f.: aventure americaine (France-Soir, 8-XI-79). antho, n.f.: reduction d'anthologie (Liberation, 31-VII-79). barriquette, n.f.: recipient contenant 5 I de vin (Le Point 1-X-79).

beaubourgite, n.f. : engouement pour le Centre Pompidou (France-Soir 31-XII-79).

bitume (racler le), loc. verb.: prendre le maximum de risques dans un virage (France-Soir Dimanche, 28-X-79).

bluesy, adj.: du style des "blues" (France-Soir, 17-X-79).

bocal, n.m.: "cabine circulaire vitree abritant le commentateur des courses de chevaux" (Andre Theron a la TV le 23-XII-79).

branchant adj. : interessant, captivant (Radio RTL).

briefer (se) sur une question, v. pron.: organiser une seance d'information sur un sujet (Le Monde, 3-XI-79).

cargolade, n.f.: grillade d'escargots (Le Monde, 1-XII-79).

chaussette a spi. loc. f.: etui dans lequel est loge le spinnaker (E. Tabarly dans l'Equipe, 24-IX-79).

chefs (petits), n.m.pl.: les agents de maitrise (Le Matin, 26-IX-79).

chocolat, n.m.: "tuyau" de premiere qualite pour les turfistes (Supplement au Journal du dimanche, 7-X-79).

cibiste, n.m. : radio-amateur utilisant la bande radio de 27 MHZ appelee aussi Citizen band (Le Monde, 31-X-79).

claquette, n.f.: petite tape donnee sur un ballon avec la main (Journal du dimanche, 2-XII-79).

etc.

Cette avalanche quotidienne de "mots sauvages" a besoin d'etre endiguee et filtree, fonction remplie par des grammairiens qui, dans les memes journaux, consacrent des rubriques a l'epuration de la langue. Des societes s'y emploient aussi.

On distingue encore les neologismes linguistiques et les neologismes litteraires (ou stylistiques), creations individuelles des ecrivains.

Neologismes litteraires:

On ne peut contester aux ecrivains, a qui la langue est redevable d'une grande partie de son renom, le droit de former des mots. Beaucoup le prennent et certains y ajoutent celui de les deformer. Voici quelques formations:

surdecore (Alexandre Arnoux)

se plenifier, eiusion, sedulosite (Paul Claudel)

vagueur (Marcel Ayme)

frissoulis, le c?ur me dote (Biaise Cendrars)

depantiniser, touchatouisme (Jean Cocteau)

ediliauement. sentenciel

A cote des neologismes il y a des mots tombant dans l'oubli, en desuetude.

Ce sont des archaismes qui ne s'emploient plus. Parmi les archaismes on distingue, selon les causes de leur disparition, deux groupes essentiels.

Les faits qui provoquent la perte des mots sont divers. Il y a des mots qui disparaissent parce que les choses, les notions qu'ils expriment, n'existent plus. Ces mots vieillis sont des historismes ou des mots historiques. Ce sont:trouvere, escarcelle, palefrenier, pourpoint, crinoline, smoking. Mais il arrive aussi que la notion, l'idee, demeurent alors que les mots qui les designent s'eliminent. Par exemple, goupil est remplace par renard, gre - par volonte.

Les archaismes se subdivisent en archaismes lexicaux et en archaismes semantiques. Les archaismes lexicaux sont des mots vieillis supplantes dans leur emploi par des mots nouveaux (gre par volonte). Les archaismes semantiques sont des acceptions vieillies des mots polysemantiques qui demeurent dans le langage.

Bibliographie

1. Лопатникова, Н.Н. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Мовшович Н.А. - М., 1982.

2. Супрун, А.Е. Методы изучения лексики / А.Е. Супрун. - Мн., 1975.

3. Лингвистический энциклопедический словарь. - М., 1990.

4. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise. Z.N. Levite. - Minsk, 1963.

5. Goosse, A. La neologie francaise aujourd'hui. Observations et reflexions / A. Goosse. - P., 1975.

6. Guilbert, L. La creativite lexicale / L. Guilbert. - P., 1975.

Travaux diriges

Aspects de la neologie semantique

0.1. - La denomination officielle de notre equipe de recherche "Centre d'etude de la neologie lexicale", appelle deux remarques semantiques preliminaires. Tout d'abord, la distinction entre "neologie" et "neologisme" articule une opposition pertinente entre le proces et le produit [...]. Les neologismes sont des unites lexicales nouvelles; la neologie postule un systeme, un ensemble de regles et conditions qui contraignent la creation, le reperage et l'emploi de ces unites nouvelles. D'autre part, le groupe "neologie lexicale" comporte une redondance, ou l'epithete a valeur descriptive et non pas restrictive. La neologie est un fait specifiquement lexical [..,].

0.2. - On distingue classiquement deux sortes de neologismes: le neologisme ordinaire, unite pourvue d'une "forme" et d'un "sens" nouveaux, et le "neologisme de sens", acception nouvelle pour une unite deja constituee. [...] La neologie semantique est un cas particulier de la polysemie, avec un trait diachronique de nouveaute dans l'emploi, donc dans le sens.

Les neologismes ordinaires se reperent aisement a la nouveaute de leur sequence phonique; les difficultes se limitent au decalage Inevitable entre l'usage et son enregistrement, aux vacillements de la competence lexicale selon les sujets et les situations, enfin a la diversite des jugements metalinguistiques sur la norme et l'acceptabilite. Mais la selection des neologismes de sens est autrement aleatoire en ce qu'elle ne repose sur aucun critere formel interne a l'unite. La neologie semantique est toujours produite ou reperable par le contexte, le contexte etroit de la phrase ou du syntagme ou s'insere l'unite, le contexte large du domaine discursif de reference. La polysemie y produit une variation infinie, et les "depouilleurs" sont souvent bien en peine pour discriminer les "vrais" neologismes

0.3. - Ces difficultes methodologiques de reperage s'articulent sur des problemes theoriques qui tiennent au statut de l'unite lexicale et a la definition de la neologie, notamment semantique. Deux principes negatifs semblent deja acquis: depasser la theorie du signe et son postulat d'une correspondance simpliste entre signifiant et signifie, et reculer au-dela du mot graphique les frontieres de pertinence de l'unite lexicale. Le neologisme de sens n'est rien sans ses regles d'insertion lexicale dans la phrase et /ou le syntagme; il n'est rien non plus sans le discours - ou l'interdiscours - ou il prend son sens. I...1

1. La modification des traits de selection

Pour chaque occurence, la valeur semantique d'un item lexical resulte d'une tension dialectique entre deux proprietes contraires. L'unite lexicale est une constante en ce qu'elle se distingue paradigmatiquement des autres unites comrnutables avec elle dans le meme type d'environnement; elle peut donc etre definie"par une matrice de traits syntaxiques et semantiques, tant inherents que contextuels qui reglent l'invariance lexicale indispensable au bon fonctionnement de la communication. L'unite est aussi une variable dont les valeurs sont assignees par les distributions de son contexte. L'invariance de la langue, comme ensemble fini de regles et d'elements, permet les combinaisons infinies des enonces organises en discours: creativite donc, mais creativite gouvernee par les regles.

Cette tension entre l'ancien et le nouveau, le meme et l'autre, se manifeste dans le traitement de la polysemie. Les dictionnaires traditionnels l'admettaient comme telle, en allongeant indefiniment a liste des sens et des emplois pour chaque mot. Mais la linguistique moderne considere que toute variation reguliere dans la distribution definit une unite lexicale discrete. Aussi le Dictionnaire du francais contemporain (DFC), qui s'en reclame, fragmente-t-il judicieusement le mot polysemique en une suite synchroniquement finie d'homonymes; en meme temps, il echoue a supprimer totalement la polysemie, qui est la loi de fonctionnement semantique pour toute unite lexicale. Indefiniment se reitere le meme processus: variations contextuelles productrices d'un sens nouveau, contraintes d'invariance lexicale qui figent ces variations en un petit nombre de distributions codees - les homonymes - puis creation tide nouvelles valeurs a partir de ces homonymes... [...]

2. Les lexies complexes

Definir la neologie semantique par la modification des traits inherents et contextuels, c'est continuer a prendre pour unite pertinente le mot, fut-il determine et contraint par son environnement. Or la linguistique structurale a depuis longtemps etabli que les frontieres du mot graphique n'etaient pas necessairement pertinentes. Au fur et a mesure constituent une unite lexicale indivisible. Encore s'agit-il d'un cas extreme puisque fur apparait dans cette seule distribution; plus souvent on a affaire a des elements regulierement disponibles, mais que certaines distributions soudent en des syntagmes figes: selon les auteurs et les usages, de tels syntagmes sont appeles mots composes, locutions, synapstes ou textes complexes. A titre d'hypothese, on inclura ici dans la neologie semantique les lexies complexes de formation recente pour lesquelles L. Guilbert propose le terme - lui-meme lexie complexe! - de neologie syntagmatique.

Soit les occurences: classe verte - pouvoir vert - machine a voter - programme commun - programme commun de la gauche - projet reformateur - planification democratique - reequilibrage a gauche - majorite presidentielle - pollution morale - qualite de la vie.

Toutes s'analysent comme des SN ou l'adjectif et le S Prep appartiennent a une meme classe distributionnelle d'expansions nominales: ainsi, classe verte a ete lexicalise par analogie avec classe de neige. Mais ces deux types d'expansion ne sont pas commutables a l'interieur d'une meme lexie:

machine a voter, misere moderne, planification democratique, machine votante misere du monde moderne planification de la democratie

Dans classe verte, l'adjectif a perdu sa mobilite syntaxique. Il ne supporte ni la construction attributive dont il est theoriquement issu: la classe est verte, ni les marques de degre: une classe tres/bien/assez verte.

Ces tests syntaxiques suffisent a etablir I'inseparabilite des elements. Conjointement, la lexie complexe est dotee de nouvelles proprietes semantiques. Si, pris hors contexte, un SN comme robe verte peut designer n'importe quelle robe qui serait verte, la lexie classe verte restreint la polysemie du Nom classe a la seule valeur de classe d'ecole, et donne a l'Adjectif vert la valeur tres particuliere de organisee - provisoirement - a - la - campagne - pour - tes - enfants - des - villes. Le signifie de la lexie complexe est donc tres restreint par rapport a la loi booleenne de composition sur les traits specifies de ses constituants.

Machine a voter a les memes proprietes syntaxiques d'inseparabilite. On ne peut ni inserer un Adj. a droite du N [...], ni inserer un Adverbe ou un SN dependant du V "voter" [...]. Toutefois sa valeur semantique semble produite par la simple loi de composition entre les semes des elements constituants. La nouveaute viendrait donc du referent - le nouvel objet ainsi nomme - plutot que du signifie.

Nous proposerons des remarques du meme ordre pour qualite de la vie [,..] et pour reequilibrage a gauche [...].

Examinons maintenant les occurences restantes, toutes de structure N - Adj (-SPrep).

L'adjectif epithete ne supporte pas les marques de degre, sauf parfois avec certains moaaUsateurs comme vraiment ou veritablement : une planification vraiment democratique.

La construction attributive est toujours possible, sauf pour misere moderne, ou elle est inacceptable, et projet reformateur, ou elle leve l'ambiguite le projet des reformateurs'/ le projet de reformes. Du point de vue semantique et sauf pour la lexie projet reformateur, la signification est directement produite par la Joi de composition semique entre les constituants, et definit un nouvel objet politique (majorite presidentielle), economique (planification democratique), ou ideologique (pollution morale). Encore une fois, la nouveaute ne "tient pas a la combinatoire des signifies, mais a la valeur referentielle de neologisme syntagmatique ainsi produit ce qui ne va pas sans soulever des problemes de theorie et de methode. [...]

Le signifie et le referent

On aura remarque que toutes les lexies complexes relevees dans le corpus sont des syntagmes nominaux, ou le domaine designe par le Nom se trouve restreint par une expansion determina-tive de forme adjectivale et/ou prepositionnelle. [...]

L'opposition signifie/referent correspond assez bien a l'opposition comprehension/extension des logiciens. Definir un terme en comprehension ou en intension, c'est donner ses proprietes distinctives, donc son signifie. Definir un terme en extension, c'est enumerer les objets du monde auxquels il s'applique; l'extension correspend a la reference, ou plus precisement a la sommation de toutes les references qui pour ce terme sont actualisables dans un discours. Dans creneau, chiffrement, classe verte, la neologie porte sur la modification des traits inherents du signifies. Le changement dans l'extension est une consequence du changement dans la comprehension. Mais dans les lexies complexes programme commun, education permanente ou machine a voter, la neologie syntagmatique laisse inchangee la comprehension des elements constitutifs: tous les mots programme, commun, education, etc. sont utilises selon leur sens et leur combinatoire ordinaires. Leur seule nouveaute est dans la construction d'un nouvel objet de reference. [...]

Le critere de la neologie semantique est donc dans la nouveaute conjointe du signifie et du referent. [...]

La neologie est a la fois usage du code et subversion du code, reconnaissance de la norme et transgression de la norme, bref, "creativite gouvernee par les regles" et "creativite qui change les regles". La liberte d'innover semble plus grande dans la neologie semantique, ou l'on risque seulement le "faux = sens" et l'impropriete" [...]. Le probleme est de distinguer, parmi l'infinite des combinatoires discursives, des unites discretes, c'est-a-dire dotees d'un statut lexical specifique. Nous nous limiterons ici a quelques remarques et propositions:

- Toute neologie semantique produit conjointement un triple changement, changement dans la combinatoire de l'unite, changement dans le referent cree ou modifie par cette combinatoire, avec interaction entre signifie et referent, changement enfin dans le domaine discursif, auquel peut s'ajouter ce jeu metalinguistique qu'on appelle figure de style ou effet de style: metaphore, metonymie, jeu de mots, etc. Toute analyse d'un neologisme de sens devrait donc s'accompagner d'indications systematiques. [...]

- La neologie combinatoire obeit a des regles syntaxiques contraignant la structure des lexies complexes dans le syntagme, et a des regles syntactico-semantiques contraignant la selection des constituants dans la phrase. [...]

- L'examen des lexies complexes montre la fragilite de la frontiere entre la neologie semantique et la neologie non semantique. Autonomie de gestion et autogestion sont des unites construites par association d'elements presque identiques. Si l'on considere que toute combinatoire nouvelle cree une unite nouvelle, la seule difference reside dans le mecanisme formel de lexicalisation: combinatoire syntagmatique ou syntaxique pour la neologie dite semantique, et derivation pour la neologie dite formelle.

- L'unite lexicale est a la fois unite de langue et unite de discours, et interesse donc la relation entre langue et monde, langue et societe, indefiniment construite et reconstruite par la mediation discursive. Le changement de domaine traduit la diversite des experiences sociales et le besoin de communication.

J.Bastuji. "Langage". - 1974. № 36.

Questions demandant la reflexion

1. Quelle est la difference entre le neologisme et la neologie?

2. Comment est defini le neologisme par l'auteur?

3. En quels groupes l'auteur, subdivise -t-il les neologismes?

4. Comment est compris le neologisme semantique?

5. Quelles sont les difficultes de reperages des neologismes?

6. Comment comprenez-vous la creativite lexicale gouvernee par les regles?

7. Qu'est-ce qu'on entend sous "definir un terme en comprehension ou en intension"?

8. La nelogie semantique quels changements produit-elle?

9. Travaux pratiques

10. 11. 1. Chercher les reponses aux questions suivantes:

12. a. Quels types de neologismes connaissez-vous?

13. b. Quelles sont les causes de la creation des mots nouveaux et du veillissement des mots?

14. c. Quelles sont les epoques ou apparaissent beaucoup de neologismes dans le francais et quelles en sont les causes?

15. d. Quels types d'archaismes savez-vous?

16.

17. 2. Precisez les causes historique et l'epoque de l'apparition des groupements de mots suivants:

18. Une drole de guere, une sale guerre, la guerre froide, le front populaire.

19. 20. 3. Precisez le sens des mots vieillis employes dans les locutions suivantes:

21. Avoir amille a partir avec qn, savoir gre a qn, mesurer chacun a son aune, faire uneq chos ea bon escient, accorder creance a qch, advienne que pourra, brandir un baton en guise de lance, se laisser choir.

22.

23. 4. Que designe le neologisme "franglais"? Comment est-il forme? Comment appelle-t-on ce type de neologisme?

24. 25. 5. Expliquez la formation du mot francophonie. Cherchez des equivalents pour les langues anglaise et espagnole.

26. 27. 6. Le poete Jules Laforgue (1860 - 1887) a invente de nombreux neologismes humoristiques, dont: elephantaisiste; ennuiversel; massacrilege, balsamyrrhe, sexiproque. Montrer que ces termes nouveaux font fusionner a chaque fois deux mots traditionnels.

28.

29. 7. Le mot-valise est le produit d'une symbiose. Expliquez la formation des mots suivants et leur sens:

30. Altipute (f), armoure (f), autoraout (f), altiport (m), benelux, stagflation (f).

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaissance

1.1. Definir

Neologisme - dirigisme - siglaison - passer au crible - archaisme - signifie - referent - lexie - corpus - syntagme - constituant - combinatoire

1.2. Repondre brievement

1. Comparez la neologie semantique et la neologie combinatoire.

2. Comparer les causes de l'apparition et de la disparition des mots.

3. Quels sont les differents elements qui peuvent former un neologisme?

4. Quels types de neologisme peut-on obtenir en reunissant soprano et agilite?

5. Les mots aussi sont un pays de merveilles. Commentez ces paroles.

2. Se preparer au commentaire

Theme: Neologismes par telescopages

3. Se preparer a la dissertation

Theme: Le vocabulaire parle.

4. Pour aller plus loin

Constituer un dossier sur les neologismes (voir methode p. 23)

Test 1. La tendance d'integrer dans le vocabulaire des innovations est appelee

a. neogene

b. neophyte c. neologique

d. neologie

2. Deux mots bien connus se heurtent. L'accidnt produit un neologisme "patrouillotisme" qui se compose de

a. patrouiller et patrie

b. patrouille et patriote

c. patrouille et patriote

d. patrouille et patriotisme

3. Un grand nombre de neologisms sont dus a la

a. derivation francaise

b. l'emprunt c. resistance des usagers

d. necessite de designer un concept nouveau

4. Le domaine de la mode abonde en neologisms ce qui permet de

a. construire une nouvelle maison de mode

b. donner plus de prestige a la collection

c. convaincre mieux les acheteurs que la chose est nouvelle

d. se distinguer parmi les producteurs

5. Les mots sortent de l'usage pour

a. mette fin a une homonymie genante

b. arreter la brievete excessive

c. utiliser un mot plus expressif

d. disparaitre de la realite designee

6. On appelle archaisme le fait d'utiliser un mot qui

a. est revenu dans la langue commune

b. a cesse d'appartenir a la langue commune

c. a retrouve sa vitalite

d. a perdu la chance de ressuciter

7. Le roman "Une rose pour Morrison" de Christiane Rochefort contient de nombreux neologismes parmi lesquels sont

a. les mots derives

b. les elements empruntes

c. les mots telescopes

d. les substituts

8. Dans quelles expressions ci-dessous la valeur affective est la plus forte

a. je suis enchante

b. je suis heureux comme un roi

c. j'ai le coeur innondee de joie

d. je ne me tiens plus de joie

9. Des formes qui ne subsistent plus que dans des emplois figes sont appelees aussi archaismes. Retrouvez-les dans les exemples ci-dessous

a. devider son echeveau

b. perdre pied

c. prendre la fuite

d. sans coup ferir

10. Les usagers preferent souvent des formations sur une base etrangere a une derivation francaise. Retrouvez ce fait dans ce qui suit

a. maisonette b. cuisinette

c. brouette

d. vinegrette EE3 Les synonymes, antonymes et homonymes

Les synonymes sont des mots a significations rapprochees expriment diverses nuances d'une seule notion ou de plusieurs notions tres proches. Ils presentent, cependant, des differences semantiques, stylistiques, ou bien des differences emotives et expressives, souvent ils se distinguent aussi par l'etendue de leur emploi, par leurs liens semantiques avec les autres mots.

Ainsi, dans la serie des synonymes construire, batir, edifier, eriger chacun des synonymes exprime l'idee generale de construction, et en meme temps chaque synonyme a un sens particulier. Construire - implique l'idee de l'ordre dans lequel sont disposes les materiaux, l'idee de l'art avec lequel on distribue les diverses parties, et se dit aussi bien d'un batiment en maconnerie que d'une machine; designe le travail de l'architecte ou de l'ingenieur. Batir - exprime l'action d'elever sur le sol, a l'aide d'un assemblage de materiaux, une maison, un pont, une digue ou un autre ouvrage semblable.

La synonymie nous permet de lej faire avec plus de variete, d'expression et de precision. Grace a la synonymie notre langage devient vif et image. La presence des synonymes temoigne de la richesse lexicale de la langue.

Pour bien saisir les differentes nuances exprimees par les termes d'une serie de synonymes, il faut partir du contexte, des conditions de l'emploi de chacun d'eux. L'etendue de l'emploi n'est pas la meme pour tous les mots composant une serie de synonymes. Prenons, par exemple, les synonymes frapper et heurter. On dira, au sens figure heurter les sentiments, mais frapper l'imagination. Soit quatre adjectifs synonymes sombre, obscur, tenebreux, noir.On peut bien dire au sens propre une nuit sombre, une nuit obscure, une nuit noire, une nuit tenebreuse. Mais au sens figure, on dit le temps obscur de l'histoire et le temps tenebreux de l'histoire (au sens de 'peu connu ou oublie'), jamais le temps sombre de l'histoire.

On distingue deux types essentiels de synonymes: synonymes ideographiques et synonymes stylistiques.

Il arrive aussi que des mots a significations differentes deviennent synonymes dans un contexte. Ce sont des synonymes contextuels. Ainsi, les substantifs animal, ennemi et tigre ne sont pas synonymes. Cependant dans le passage suivant on peut les considerer comme des synonymes contextuels: "Enfin, apres avoir longtemps fatigue son ennemi furieux, ... le gladiateur l'attendit de pied ferme; et le tigre, tout haletant, courut a lui avec un rugissement de joie. Un cri d'horreur... partit en meme temps de tous les gradins, quand l'animal, se dressant sur ses pattes, posa ses griffes sur les epaules nues du gladiateur".

Dans ses differentes acceptions le mot polysemantique peut faire partie de diverses series de synonymes. Ainsi, le substantif tete qui a plus de 60 significations, peut avoir comme synonymes les substantifs intelligence et sang-froid qui appartiennent generalement a des series differentes. Dans ce cas, les significations figurees du mot tete se rapprochent du sens propre des mots intelligence et sang-froid. Comparez: avoir bonne tete - etre intelligent; garder (avoir) sa tete - garder son sang-froid.

Les synonymes stylistiques sont des mots a significations rapprochees designant les diverses nuances d'une meme notion, mais appartenant a differents styles du langage. Soit la serie de synonymes mourir, trepasser, deceder, crever, casser sa pipe, degeler, calancher, claboter, claquer. La dominante de la serie, le verbe mourir qui a une valeur neutre, se dit aussi bien des personnes que des animaux et appartient a la langue litteraire. Trepasser est du style eleve et ne se dit que des personnes. Deceder est surtout usite en style judiciaire, administratif ou dans un discours prononce aux funerailles. Crever veut dire mourir en parlant des animaux, mais applique aux personnes, il est tres familier et pejoratif. Casser la pipe et degeler appartiennent au langage populaire.

Il est a noter que les synonymes stylistiques comme les synonymes ideographiques ont souvent des distinctions d'ordre affectif ou expressif, ils marquent differents egres d'intensite de qualite ou d'action. Generalement, les synonymes stylistiques sont plus expressifs que les synonymes ideographiques. cf.: beau, joli, gentil, bath, chouette, rupin, pe, numero un). On sent bien le sens familier et affectif des adjectifs bath, chouette, rupinqui sont populaires, les mots tape et numero un, tres familiers, sont encore plus expressifs. Les synonymes stylistiques montrent avec evidence l'attitude du sujet parlant envers la chose dont il s'agit. On appelle parfois les synonymes ayant des distinctions affectives les synonymes emotionnels.

Les sources de la synonymie sont tres variees. C'est, tout d'abord, l'emploi metaphorique d'un seul ou de plusieurs mots qui deviennent ainsi, dans leur sens figure, synonymes d'un mot pris au sens propre: tete, caboche, cafetiere, boule dont le premier terme garde son sens propre tandis que les autres sont employes au figure.

C'est aussi le developpement de la polysemie des mots. Au cours de son evolution semantique le mot arrive a exprimer des notions nouvelles et devient synonyme des mots qui ont designe les memes notions jusque la. Ainsi, le verbe veiller n'avait primitivement que l'acception de s'abstenir de dormir pendant le temps destine au sommeil, puis il a pris la signification d'etre de service de garde, alors il est devenu synonyme du verbe.

Les euphemismes fournissent, eux aussi, des synonymes. Parfois, jugeant un mot trop cru ou deplaisant, on lui substitue un autre mot ou bien une periphrase qui rappelle indirectement la chose, l'idee exprimee par le mot evite. Souvent, ces euphemismes et les mots qu'ils remplacent deviennent de veritables synonymes et restent dans la langue litteraire. Ainsi, on emploie par euphemisme le mot indelicatesse au lieu du substantif vol, les verbespartir, s'en aller, s'endormir remplacent le verbe mourir.

Parfois la formation meme des mots fournit des synonymes. C'est un groupe tout particulier comportant des variantes lexico-rnorphologiques de mots. Ce sont des synonymes formes du meme radical. Il y a des cas ou l'un des synonymes a le suffixe zero tandis que l'autre en a un: soir - soiree, matin - matinee, froid - froidure, roc - roche - rocher. Il arrive aussi que les deux synonymes ont des suffixes differents: ennuyant - ennuyeux.

Les antonymes sont des mots a significations contraires qui rendent des notions opposees. On trouve les antonymes parmi les differentes parties du discours: les substantifs: rapidite - lenteur, beaute - laideur, confiance -mefiance les adjectifs: present - absent, bon - mauvais, courageux - lache, mobile - immobile les verbes: sortir -entrer, monter - descendre, approuver - desapprouver; les adverbes: vite - lentement, tot - tard; les prepositions:sous - sur, etc.

L'antonymie est une categorie historique changeant au cours des siecles. Ainsi, avec l'evolution du sens des mots les liens anto-nymiques varient eux aussi. L'adjectif chetif, par exemple, avait d'abord pour antonymes les mots libre, franc, de nos jours ses antonymes sont fort, robuste, vigoureux.

L'antonymie est propre surtout aux mots designant les differentes qualites et actions, les quantites, les phenomenes naturels: blanc - noir, bonte - mechancete, amour - haine, patience - im-

patience, amener - emmener, aimer - hair, orienter - desorienter, petit - grand, beaucoup - peu, souvent - rarement, polysyllabe - monosyllabe, nuit - jour, froid - chaleur, humide - sec.

Le rapport d'antonymie existe entre les especes d'un genre quand elles sont seulement deux et sans aucune partie commune. Alors la negation d'une des deux especes equivaut a l'affirmation de son contraire : non male est synonyme de femelle. Mais non do ne designe pas une note de musique: il n'y a pas d'antonyme dans la gamme, le genre "note" ayant sept especes.

La division du genre en especes peut etre faite de differents points de vue, Male s'oppose a femelle sous le chef du "sexe", mais le genre "anime" pourrait aussi bien etre divise en "animes terrestres", "animes aquatiques", "animes aeriens", partition qui ne donnerait aucune prise a l'antonymie. Dans le genre "humain adulte", marie a pour antonyme celibataire sous le chef "etat-civil". Dans le genre "points cardinaux", sud n'a pas d'antonyme sous le chef "rose des vents", mais il s'oppose a nord sous le chef "direction de meridien"; et ouest a pour antonyme estsous le chef "direction de parallele". Tout mot peut devenir l'antonyme d'un autre si la situation ou le contexte fait de leurs signifies respectifs un ensemble binaire; exemple: le corbeau et le renard dans la fable de La Fontaine.

Souvent le rapport d'exclusion reciproque qu'on etablit mentalement entre deux mots antonymes parait negliger toute une zone intermediaire. Il existe par exemple entre le chaud et le froid des intermediaires qui sont le frais, le tiede, la temperature moyenne.

Comme les synonymes, les antonymes sont le plus souvent polysemiques, et ne s'opposent que dans certains de leurs sens: raison a pour antonyme tort dans avoir raison, mais non dans avoir une bonne raison (motif) ou a raison deproportion).

Le facteur contextuel est primordial puisqu'il contribue a definir le genre a deux especes ou le mot en question prend la valeur antonymique. L'adjectif plein est antonyme - de vide dans l'enonce Mon verre est plein;-de creuxdans l'enonce // a les joues pleines;d'exempt dans l'enonce Son livre de comptes est plein d'erreurs.Des mots derives peuvent etre antonymes par leur radical:

centrifuge / centripede, nydrophile / nydrophole

ou par leur prefixe:

embarquement /debarquement

hypertension / hypotension

polyculture / monoculture

Les prefixes negatifs sont essentiellement antonymiques:

in- (il-, im-, ir-): commode / incommode; prudence / imprudenc; vaincu/invaincu

mal-: adroit/maladroit

me-, mes-: content/mecontent; entente/mesentente

de-, des-, dis-: croitre/decroitre; unir/desunir; courtois/discourtois

as-, an-: symetrie/asymetrie; aerobie/anaerobie

non: violent/non violent; violence / non-violence.

La classification des antonymes

On distingue deux types d'antonymes: les antonymes logiques ou les antonymes de notion, et les antonymes morphologiques.

Les antonymes logiques sont les mots de sens opposes qui n'ont pas d'indices formels d'antonymie. Dans ce cas les notions contraires sont exprimees par des mots a radicaux differents: matin - soir, douceur - brutalite, riche - pauvre, delicat - grossier, partir - arriver, savoir - ignorer, tranquille - inquiet, accepter - refuser, vivre - mourir, dessus - dessous, fierement - humblement, etc.

Les antonymes morphologiques sont des mots a significations opposees formes du meme radical a l'aide de divers prefixes antonymiques ou par un element du mot compose. Ce sont des mots tels que: clerical - anticlerical, americain - antiamericain, activite - non-activite, intervention - non-intervention, centraliser - decentraliser.

Les homonymes (du grec homos 'semblable' et onoma 'nom') sont des mots a prononciation identique ayant des significations differentes. Ce sont, par exemple, des mots tels que baie [baie de framboise] et baie [petit golfe], fermoir [agrafe de metal pour tenir ferme un livre, un collier] et fermoir [instrument de charpentier. Les homonymes sont tres repandus dans la langue francaise. On trouve l'explication de ce fait dans l'evolution de la langue au cours des siecles. Les phenomenes linguistiques qui ont donne naissance a l'homonymie sont nombreux: la modification phonetique, le developpement du sens des mots, la derivation et la conversion, parfois c'est l'emprunt.

De meme que la synonymie et l'antonymie, l'homonymie est une categorie historique. Les mots qui etaient homonymes a une certaine epoque d'histoire ont cesse de l'etre au cours de leur evolution. Par exemple, les mots grand'mere et grammaire etaient homonymes encore au XVIIe siecle, mais ils ne le sont plus de nos jours.

Les sources de l'apparition des homonymes sont diverses: revolution phonetique. Les mots ayant autrefois l'aspect phonique tout different, l'ont change au cours de leur histoire suivant les lois du developpement phonetique. A la suite de ces changements, l'aspect phonique de deux ou plusieurs mots est devenu identique:mere (f) mer (f) maire (m) point (m) poing (m) lat. matrem lat. marem lat. major lat. punctum lat. Pugnu; le developpement semantigue amene aussi la formation des homonymes. Il arrive qu'un mot acquiert, au cours de son histoire, des sens tellement differents de son sens premier qu'on considere ses diverses acceptions comme des mots independants, des mots nouveaux: la derivation peut engendrer les homonymes. Parfois on ajoute au meme radical des suffixes-homonymes: cf.: aller et allee, communiquer et communique ou les suffixes -er, -e et -ee sont homonymes.

Bibliographie

1. Лопатникова, Н.Н. Лексикология современного французского языка / Н.Н. Лопатникова, Мовшович Н.А. - М., 1982.

2. Лингвистический энциклопедический словарь. М., 1990.

3. Levite, Z.N. Cours de lexicologie francaise / Z.N. Levite. - Minsk, 1963.

4. Mitterand, H. Les mots francais / H. Mitterand. - P., 1976.

5. Sauvageot, A. Portrait du vocabulaire francais / A. Sauvageot. - P., 1964.

Travaux diriges

L'antonymie

Les deux mots sont en relation d'antonymie si on peut exhiber une symetrie de leurs traits semantiques par raport a un axe. La symetrie peut se decliner de differentes manieres,selon la nature de son support. On distingue plusieurs supports qui sont autant de type d'antonymie: antonymie complementaire et antonymie scalaire.

L'antonymie complementaire concerne les couples tels que 'pair' ||| 'impair', 'presence' ||| 'absence', 'existence' ||| 'inexistence'.

Il est present?

il n'est pas absent?

il est absent?

il n'est pas present? il n'est pas absent

il est present

il n'est pas present

il est absent

Sur le plan de symetrie, l'antonymie complementaire presente deux types de symetrie:

* Une symetrie de valeurs dans un systeme a deux valeurs seulement, comme dans l'exemple precedent.

* Une symetrie par rapport a l'application d'une propriete: le 'noir' est l'absence de couleur, il est donc 'oppose' a toute couleur, et a toute combinaison de couleurs.

Les antonymes scalaires (ou gradables) concernent les systemes echelonnes comme la taille ('grand'||| 'petit') ou la temperature ('chaud'||| 'froid'). La symetrie se realise par rapport a une valeur de reference du systeme qui n'est pas toujours representee par un mot. Par exemple, pour 'grand'||| 'petit', nous avons:

Cet homme est grand?

Cet homme est petit?

Cet homme n'est pas grand?

Cet homme n'est pas petit

Cet homme n'est pas grand

Cet homme est petit

Cet homme est de taille moyenne Cet homme n'est pas petit?

Cet homme est grand

Cet homme est de taille moyenne

Cet homme est 'ni grand ni petit' qui designe en general la taille moyenne, mais qui ne signifie pas dans le cas present (comme dans le cas de 'vivant ||| 'mort') que la propriete ne s'applique pas. C'est simplement qui'il existe ici une "valeur neutre" a partir de laquelle les autres s'echelonnent.

L'usage de termes gradables implique toujours une evaluation et donc une comparaison. Celle-ci peut etre explicite: "Jeean est plus petit/grand que Pierre". "Il avance/recule" (le terme moyen etant "immobile" (On peut remarquer que le neutre d'un type d'antonymie peut etre opposable dans une autre antonymie. Ici, par exemple, 'mobile'||| 'immobile'). Elle peut aussi etre implicite et renvoyer a des normes facilement admises par l'individu ou la communaute a laquelle il appartient: "Il fait chaud" dit par un habitant d'un pays equatorial ne renverra pas a la meme idee de chaleur (donc a la meme valeur de reference) qu'un habitant des fiords de Norvege.

L'antonymie duale

Les antonymes duals correspondent au troisieme type de symetrie, celui que l'usage et la nature meme des objets peuvent introduire. Ils sont composes de deux sous-familles: les antonymes conversifs et les duals propres.

On appelle conversifs (ou reciproques) les couples comme 'acheter'||| vendre', 'preter'||| emprunter', 'mari'||| 'femme', 'avant'|||'apres', 'pere'||| 'fils'. De nombreux linguistes ne les considerent pas comme des antonymes.

Les duals propres sont une notion d'antonymie qui est introduite pour rendre compte d'un effet particulier de mise en relation de termes ou la symetrie porte cette fois-ci sur des fonctions culturelles (symetrie conscree par l'usage) et spatio-temporeilles (proprietes particulieres de l'espace-temps). L'antonyme dual d'un mot est le pendant de celui-ci. Les duals sont des mots que la culture associe comme 'soleil' ||| 'lune', ou qui ne vont pas, a priori, l'un sans l'autre comme 'question||| 'reponse' ou alors sont l'expression d'une antonymie temporelle i.e. qui exprime le passage d'un etat a un autre comme 'naissance'||| 'deces'. Dans ce troisieme cas, on peut remarquer que ces deux evenenements marquent le passage entre deux antonymes complementaires ('inexistence'|||'existence' dans le cas de 'naissance||| 'deces' ou bien 'presence||| 'absence' dans le cas de 'depart'||| 'arrivee'). L'antonymie duale propre presente naturellement une symetrie qui n'est pas relevee dans l'echange des places d'argument puisqu'il s'agit de predicats unaires. Elle exprime le fait que si l'un des deux predicats est vrai, il existe une valeur pour lequel l'autre l'est aussi necessairement.

Antonymie. Encyclopedie libre.

Travaux pratiques

1. Donnez des reponses aux questions suivantes:

1. Est-ce que la synonymie est caracteristique pour le francais?

2. Quels types de synonymes savez-vous et quelle est la difference entre eux?

3. Definissez ce que c'est qu'une dominante de la serie des synonymes.

4. Quels types d'antonymes savez-vous?

5. En quels groupes pouvez-vous repartir les antonymes suivant la notion qu'ils traduisent?

6. Comment comprenez-vous l'antonymie partielle et complete? Donnez-en des exemples.

7. Quels sont les types essentiels d'homonymes?

8. Qu'est-ce qu'on sous-entend sous l'homonymie partielle et complete?

2. Faites les devoirs suivants:

1. Relevez la dominante des series synonymiques suivantes et precisez les distinctions semantiques entre les termes de ces series.

Atmosphere, ambiance, climat, lilieu; desirer, rever, souhaiter, vouloir; domestique, laquais, serviteur, valet; face, figure, physionomie, visage; enseignant, instituteur, maitre, professeur

2. Relevez les substantifs synonymiques, precisez leur origine, leurs distinctions semantiques et stylistiques:

Son pere et sa mere tenaient un petit cabaret, une guinguette ou les bourgeois des faubourgs venaient dejeuner le dimanche, a la Belle-Vue.

Ils trainerent toute la nuit de bistrot en taverne a la recherche des hommes.

Vous connaissez la Brasserie Chandivert?

Tu telephones d'un cafe?

Le patron du bar, lui, agitait vers le ciel ses petits bras desesperes.

On ne parvenait pas a chosir unrestaurant.

Elles s'ennuyait tellement qu'elle etait meme incapable de finir le sandwich qu'a midi, fuyant la cantine, une premiere et derniere fois tentee elle allai prendre dans une brasserie proche, en lisant un roman.

Il lui restait en poche six francs cinquante: il alla dejeuner au boullon Duval.

3. Remplacez les points par un des synonymes qui convient (coutume, habitude, moeurs, usage) et precisez leurs distinctions semantiques.

Ma mere morte, il n'a meme pense a reprendre ses anciennes...

L' ..., pourtant, aussi nouveau pour moi, me parut intelligent quand je vis tous les convives masculins s'emparer d'un oeillet semblable qui accompagnait leur couvert et l'introduire dans la boutonniere de leur redingote.

Aussi est-il inutile d'observer les ... puisqu'on peut les deduire des lois psychologiques.

C'etait ... patriarcale de la maison.

Peut-etre au reste ne s'accomode-t-il pas des ... francaises, peut-etre a-t-il des preferences pour quelque chose.

Mais le sentiment d'orgueil, que lui donnait le contact d'habits si differents de ceux qu'il avait ... de porter, le mettait tellement hors de lui.

4. Trouvez des synonymes pour chacun des mots suivants:

Salaire-peur-victoire-courage-derober-paresseux-murmurer-dexterite-plaisir-voiture-petit-pluie-bebe-ose-soir-tomber-voir.

5. Voici des synonymes du verbe penser.

Juger-raisonner-reflechir-mediter-songer-rever-imaginer-estimer-admettre-croire-presumer-supposer-soupconner-esperer.

Utilisez-les dans des phrases de votre choix ou ils garderont leur valeur de synonyme de penser.

Meme consigne pour les synonymes suivants du verbe realiser.

Accomplir-concretiser-effectuer-executer-achever-atteindre.

6. Trouvez les antonymes de chacun des mots suivants:

Interesse-aimer-bon-sympatique-accord-nettoyer-toxique-sense-silence-encourager-preferable-cruaute-personnel.

7. Pour chacun des mots suivants trouvez des homonymes et indiquez leur sens:

Acquis-vert-terme-court-sans-quand-voie-parti-aire.

8. Voici des paronymes. Indiquez le sens de chacun de ces mots puis employez-les dans des phrases de votre composition.

Infecter/infester - accident/incident - allusion/illusion - continuation/continuite - effraction/infraction - eruption/irruption - veneveux/venimeux - enduire/induire - perpetuer/perpetrer - eminent/imminent.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaissances

1.1. Definir

Synonymie - antonymie - homonymie - metonymie - paronymie - toponymie - hyperonymie - hyponymie

1.2. Repondre brievement

1. Quel est le role du contexte dans le changement de la valeur des synonymes?

2. Pourquoi le sens des mots ne se recouvre jamais exactement l'un l'autre?

3. Qu'est-ce que l'emploi des synonymes permet de faire?

4. Quels moyens dispose la langue pour exprimer l'idee de contraire?

5. Comment peut-on distinguer les homonymes?

6. Quelle est la difference entre le paronyme et le barbarisme?

2. Faire le point sur

1. l. la distinction des homonymes (origine, sens, classes)

2. le choix des mots dans le contexte

3. les synonymes proposes par les dictionnaires

3. Se preparer au commentaire

Theme: La synonymie

Test 1. Les synonymes apportent a l'expression

a. la clarte b. l'affectivite

c. la variete d. la chance

2. Cherchez le synonyme socialement different pour "laisser"

a. quitter b. plaquer

c. passer d. abandonner

3. Des mots appartenant a la meme classe grammaticale mais opposes par le sens sont dits

a. autonymes

b. paronymes c. antonymes

d. metonymes

4. Des mots de sens analogues s'appellent

a. synonymes

b. parconymes c. homonymes

d. synonymes

5. Retrouvez le contraire pour "arme blanche"

a. arme a tir

b. arme tranchante

c. arme de choc

d. arme a feu

6. Des mots que les usagers risquent de confondre sont appeles

a. allophones b. homonymes

c. paronymes d. homographes

7. Retrouvez dans les exemples donnes des mots qu'on peut confondre

a. acception

b. allocation c. acceptation

d. collision

8. Les composants du sens sont appeles

a. lexemes

b. monemes c. semes

d. morphemes

9. Les homographes sont des mots qui ont

a. la meme forme orale

b. la meme forme ecrite

c. la meme forme gestuelle

d. un seme commun

10. La notion d'homonymie est reservee aux mots qui

a. sont de la meme origine

b. n'ont plus aucun seme commun

c. appartiennent a la meme classe

d. ont recu la meme orthographe

MODULE 4 LEXICOGRAPHIE: DICTIONNAIRES

M=EE1

EE1 LES DICTIONNAIRES

L'apprenant doit savoir:

* la structure des dictionnaires bilingues et monolingues

* les traditions d'usage des dictionnaires en france et en russie

* les definitions lexicographiques

* les types des dictionnaires

L'apprenant doit savoir faire:

* identifier la nomenclature des entrees

* reconnaitre les types de dictionnaires

* utiliser les dictionnaires

* composer des fiches lexicographiques

* trouver facilement des mots et expressions necessaires

* trouver des renvois de toutes sortes

L'apprenant sera capable de repondre aux questions sur:

* le caractere double de la lexicographie

* les types des dictionnaires

* les auteurs des dictionnaires

* l'histoire de creation des dictionnaires

* Glossaire *

* Alphabet (m) - systeme de signes graphiques (lettres) qui servent a transcrire des sons d'une langue.

* Article (m) - ecrit formant par lui-meme un tout distinct, mais faisant partie d'une publication.

* Asterisque (m) - signe en forme d'etoile qui indique un renvoi.

* Bibliographie (f) - repertoire des ecrits relatifs a un sujet donne.

* Citation (f) - passage cite d'un auteur pour illustrer ce qu'on dit.

* Definition (f) - une phrase courte destinee a recouvrir exactement et a suggerer ce qu'on appelle le sens (l'ensemble des valeurs d'emploi d'une suite de sons, de lettres).

* Dictionnaire (m) - recueil de mots ranges dans un ordre convenu.

* Encyclopedie (f) - ouvrage ou l'on traite de toutes les connaissances dans un ordre alphabetique.

* En gras - mis en relief par l'epaisseur.

* Entree (f) - les mots imprimes en gras.

* Exception (f) - ce qui est en dehors du general.

* Nomenclature (f)- ensemble de formes (mots, morphemes, expressions) repertoriese dans un dictionnaire.

* Renvoi (m) - marque invitant le lecteur a se rapporter a tel mot ou tel passage.

* Reference (f) - faits pour etre consultes.

* Sens figure - un signifie qui symbolise une chose et qui comporte le transfert semantique d'une image concrete a des relations abstraites.

* Sens propre - sens litteral.

* Terme (m) - mot ou expression d'un emploi specialise.

* Traitement (m) - procede permettant de modifier des mots, expressions.

* Typographie (f) - maniere dont un texte est imprime (caractere, mise en page).

* EE1 Les dictionnaires

* * La theorie lexicographique n'apparait comme science qu'au XXe siecle.

* La lexicographie c'est une science qui traite des principes de la composition des dictionnaires.

* L'activite feconde de nombreux lexicographes du monde entier a permis de creer plusieurs types de dictionnaires.

* Les dictionnaires unilingues ne comportent pas de traduction et donnent l'explication du sens d'un mot a l'aide d'un autre mot ou expression de la meme langue. Ils sont destines a l'usage des personnes pratiquant la langue et ayant besoin de preciser soit l'acception d'un mot, soit son aire d'emploi, son etymologie.

* Les dictionnaires bilingues donnent la traduction des mots d'une langue inconnue par les mots d'une langue connue et vice versa. Ils sont destines a l'usage des etrangers.

* Des dictionnaires du grand siecle, pour la plupart des in folio, volumineux fleurant bon le vieux papier et le cuir, aux dictionnaires de la fin du XXe siecle et du XXIe siecle, de plus en plus souvent offerts sur supports electroniques, c'est-a-dire sur "disques optiques compacts" plus couramment appeles "cederoms" (graphie pronee par l'Academie francaise), nous sommes indeniablement confrontes a la sensible evolution de fond et de forme d'un meme produit, a la fois hautement symbolique et essentiellement pragmatique. S'il y a en moyenne, selon les statistiques, plus d'un dictionnaire par foyer, et si les dictionnaires font en quelque sorte partie du mobilier et du patrimoine, il n'en reste pas moins qu'ils restent tres mal connus et dans leur diversite et dans leur histoire.

* * L'Antiquite et le Moyen Age: la genese des dictionnaires

* Qui a invente les dictionnaires et quand? Il serait en fait incongru de n'apporter qu'une seule reponse a pareille question... Faut-il par exemple considerer que la pierre de Rosette decouverte lors de la campagne d'Egypte de Bonaparte constitue la premiere trace d'un dictionnaire plurilingue?

* Sur ladite pierre figuraient en effet les memes informations transcrites en trois codes differents, les hieroglyphes, le demotique et le grec. Mais si la confrontation des hieroglyphes a permis en 1822 a Champollion de percer leur mystere, il ne serait pas tres convaincant d'assimiler cette trace de plurilinguisme a un dictionnaire trilingue. Pas plus que de mentionner l'existence de dictionnaires chez les Grecs en evoquant les recueils de mots rares appartenant a un dialecte ou a un ecrivain, par exemple Homere. En verite, les conditions ne sont pas remplies pour faire aboutir le genre lexicographique. Meme si le dictionnaire monolingue va prendre souche dans les repertoires plurilingues, qu'il s'agisse de l'Antiquite ou du Moyen Age, les mots sont encore prisonniers des conceptions metaphysiques: on ne s'interesse pas pleinement au langage pour lui-meme mais a son essence divine. Ainsi, les Sommes du Moyen Age, correspondent a des resumes des connaissances de l'epoque - par exemple la Summa theologica de saint Thomas d'Aquin (1225 - 1273) - mais ne decrivent pas les mots. Y sont seulement transmis les concepts et les savoirs de l'epoque, fortement teintes d'interpretation metaphysique. Les Etymologies (Etymologiae) d'Isidore de Seville (570 - 636), l'un des ouvrages fondateurs de la pensee medievale, restent en realite totalement impregnees d'une pensee religieuse qui ne laisse presque aucune place aux considerations sur la langue.

* * Du Moyen Age a la Renaissance: des gloses aux dictionnaires bilingues

* Le dictionnaire est un outil destine a resoudre les questions que l'on se pose sur les mots, il represente d'une certaine maniere notre premier outil didactique. Il ne serait pas totalement faux d'affirmer qu'il est ne des difficultes rencontrees par les eleves. En effet, les gloses - c'est-a-dire les remarques explicatives ajoutees brievement en marge ou entre les lignes, destinees a commenter dans les ouvrages de grammaire latine ou d'enseignement du latin les passages difficiles - sont instaurees pour aider les clercs qui ne maitrisent pas parfaitement le latin. Lorsque les gloses sont regroupees, on aboutit a un glossaire, le plus celebre etant celui de Reichenau (VIIIe siecle) qui rassemblait un peu plus d'un millier de mots difficiles d'une vulgate de la Bible, avec leur traduction en un latin plus facile ou en langue romane. Le dictionnaire bilingue, et a terme le dictionnaire monolingue, sont deja la en germes. En verite, traduire puis expliquer en ajoutant un commentaire lorsque la traduction se revele insuffisante, c'est deja forger les premieres definitions.

* Avec la Renaissance et le gout des voyages formateurs au sein de l'Europe naissent des dictionnaires plurilingues, le plus celebre d'entre eux restant sans aucun doute le Dictionarum ou Dictionnaire polyglotte de l'erudit italien Ambrogio Calepin (v. 1440 - 1510). Cet ouvrage d'abord consacre en 1502 aux seules langues latine, italienne et francaise comptera dans ses dernieres editions plus de dix langues mises en parallele. On designait deja ce type d'ouvrage par le nom de son auteur, le Calepin, comme plus tard le Littre, le Larousse, le Robert.

* Mais des le XVIIe siecle, le "calepin" s'assimile a un recueil de notes pour bientot devenir le "petit carnet" glisse dans une poche, singuliere reduction de l'in-folio originel. Au XVIe siecle, la langue francaise est encore une langue fluente, elle reste tres mouvante, meme si les poetes de la Pleiade, Du Bellay en tete, s'emploient a la valoriser et a lui donner un statut litteraire indiscutable avec, notamment, la Defense et illustration de la langue francaise publiee en 1549.

* Dix ans auparavant, Francois 1er avait impose par l'edit de Villers-Cotterets la langue francaise, celle du Nord, comme langue administrative, le latin n'etait plus des lors la langue ecrite preponderante. Et les langues d'oc perdaient par la meme toute legitimite. Paraissait a la meme date, 1539, le tout premier dictionnaire ou les mots francais venaient en premier dans la nomenclature, avec leur traduction en latin suivie parfois de quelques explications en francais: le Dictionnaire francois-latin contenant les motz et manieres de parler francois tournez en latin.

* * Robert Estienne.

* En 1531, l'imprimeur erudit avait publie le Dictionarium seu Linguae latinae thesaurus, dictionnaire latin-francais, et il eut l'idee en 1539 de l'inverser, en presentant en premier les mots francais. Le premier dictionnaire francais, ou plus precisement francais-latin, etait ne, le processus conduisant au dictionnaire monolingue francais-francais etait amorce. Pour l'heure, le mot francais est suivi du mot latin, auquel s'ajoute parfois des explications en francais, mais il suffira de faire disparaitre le latin en ne gardant que les mots francais pour beneficier d'un dictionnaire de mots francais suivis de definitions dans la meme langue. Jean Nicot (1530 - 1600) participera a la reedition de ce dictionnaire en 1573, puis sera publie a titre posthume, en 1606, le Thresor de la langue francoise tant ancienne que moderne (1 vol., in-folio), une reprise amelioree du dictionnaire de Robert Estienne, offrant une plus grande place aux definitions. Qu'un dictionnaire nouveau s'inspire plus ou moins largement des precedents, voila qui est une constante inevitable dans ce genre "litteraire". A y bien reflechir, on pourrait d'ailleurs s'interroger sur l'avantage qu'il y a a transformer une definition parfaite pour eviter l'accusation de plagiat. La langue n'appartient a personne, mais cependant une definition de dictionnaire reste la propriete de l'editeur. Il faudrait pouvoir citer la definition du concurrent...

* Le XVIIe siecle: le grand siecle et la naissance d'une trinite lexicographique. Le grand siecle est celui des monarques absolus, et avec eux de la codification et de la regulation. Henri IV, Louis XIII et Louis XIV vont chacun a leur maniere servir la langue francaise et l'instituer comme une grande langue internationale. Le bon roi Henri IV, sans le vouloir, incitera les "precieux" a se reunir dans des salons eloignes de la cour, trop rustre a leur gout, mais ce faisant, meme si l'on a surtout retenu le ridicule des periphrases (les "belles mouvantes", les "chers souffrants"... pour les pieds et les mains), ces derniers ainsi que Malherbe vont affiner la langue, l'epurer, peut-etre trop pretendront d'aucuns. Sous Louis XIII, Richelieu fondera en 1635 l'Academie francaise, et Louis XIV rassemblera autour de lui, a Versailles, les ecrivains qui poliront la langue et lui donneront cette tonalite classique et ce prestige litteraire international. Apres le foisonnement lexical de la Renaissance, le Grand siecle represente une periode de remise en ordre : Malherbe, au nom de la purete, Vaugelas, au nom de l'usage, se chargent de normaliser la langue, avec l'aval du public. Constatons au passage que lorsqu'un pays beneficie d'une langue et d'un gouvernement forts, apparaissent generalement des repertoires monolingues qui donnent aux mots du code linguistique national leur sens precis, ce qui renforce la validite des textes officiels. Au public de Corneille, Racine, Moliere, aux contemporains instruits, bourgeois et nobles, correspondent a la fin du siecle trois dictionnaires de facture differente qui marquent la reelle naissance de la lexicographie de haute qualite: le dictionnaire de Richelet en 1680, celui de Furetiere en 1690, et celui de l'Academie en 1694. Tout d'abord, Pierre Richelet (1631 - 1694) publie en 1680 le premier dictionnaire monolingue de langue francaise, le Dictionnaire francais contenant les mots et les choses, dictionnaire destine a "l'honnete homme". Il y definit les mots en homme de gout et de raison, volontiers puriste. Il s'agit d'un dictionnaire descriptif du bel usage, avec des exemples choisis dans l'?uvre de Boileau, Moliere, Pascal, Vaugelas, sans oublier les collaborateurs de Richelet, Patin et Bouhours qui n'hesitent pas a se citer, un bon moyen de passer a la posterite... Ce dictionnaire prefigure l'ouvrage de Littre et de Paul Robert: le grand dictionnaire de langue s'appuyant sur des citations d'auteurs est ne. Ensuite Antoine Furetiere (1620 - 1688), esprit vif et volontiers railleur, est l'auteur du Dictionnaire Universel, contenant generalement tous les mots francois tant vieux que modernes et les termes de toutes les Sciences et des Arts .; in-folio). Ce n'est plus cette fois-ci le "bon usage" qui est mis en relief mais, comme il est annonce dans la preface, "une infinite de choses". Les traits d'Histoire, les curiosites de "l'histoire naturelle, de la physique experimentale et de la pratique des Arts" l'emportent sur la citation des bons auteurs. Furetiere prefigure Pierre Larousse et le dictionnaire encyclopedique, ce dernier etant davantage centre sur les idees et les choses decrites par les mots que sur l'usage du mot dans la langue. Enfin, parait en 1694 la premiere edition du Dictionnaire de l'Academie francaise se trouve ainsi accomplie l'une des taches que s'etait fixee l'Academie des 1635 sous l'?il attentif de Richelieu. Ce dernier souhaitait vivement en effet que la France se dotat d'un dictionnaire a l'image de celui de l'Academie della Crusca fondee a Florence, dictionnaire illustrant la langue italienne dans une premiere edition en 1612 et une seconde en 1623. Certes, la publication du dictionnaire de l'Academie, fort attendue, etait bien tardive, mais a tout prendre, ce fut une chance pour la lexicographie, puisque le monopole du dictionnaire de l'Academie n'avait pu etre conserve. En effet, publies a Geneve et en Hollande, mais destines a tous les usagers de la langue francaise, les dictionnaires de Richelet et de Furetiere avaient deja eu l'heur de plaire au Roi. Une saine concurrence etait desormais installee. Le dictionnaire de l'Academie avait pati, d'une part, de la mort en 1653 de son redacteur talentueux, Vaugelas, et, d'autre part, d'un changement d'etat de langue apres ce premier elan, une reprise s'etait donc revelee necessaire a la fin du XVIIe siecle. Sans oublier le conflit qui opposa Furetiere, academicien accuse d'avoir plagie le dictionnaire de l'Academie pour alimenter son propre dictionnaire. S'il est vrai que la formule initiale du dictionnaire de Furetiere ne devait comprendre que des mots scientifiques, techniques, et que d'une certaine facon, en y introduisant les mots d'usage courant, il "doublait" l'Academie, la teneur meme de ces articles etait cependant bien differente. La premiere edition du dictionnaire de l'Academie n'eut pas le succes escompte parce que les mots y etaient regroupes en fonction des racines, et le public n'appreciait guere ce classement qui rassemblait des mots comme dette, debiter, redevance sous l'entree devoir. Cela etant, c'etait une initiative pertinente sur le plan linguistique, trois siecles plus tard tous les linguistes salueraient Josette Rey-Debove pour avoir elabore leDictionnaire methodique (1982) dans une dynamique analogue. Disons-le tout de suite, si le premier dictionnaire de l'Academie n'etait pas parfait et si l'ordre alphabetique redevint la regle des la seconde edition, en 1718, l'Academie a fait d'excellents dictionnaires, et on peut citer entre autres editions la quatrieme (1762), la sixieme (1835) et sans aucun doute la neuvieme en cours (1992). Le dictionnaire de l'Academie, par le choix d'une description de l'usage contemporain et par le refus des citations au profit de l'elaboration d'exemples, se revelait en fait moderne avant la lettre, presque saussurien, et prefigurait le Dictionnaire francais contemporain de 1967 ou le Micro-Robert. Concernant l'aventure exceptionnelle a l'echelle internationale des dictionnaires de l'Academie francaise, un ouvrage est paru en 1997 aux editions Champion Slatkine, dirige par Bernard Quemada et intituleLes Prefaces du Dictionnaire de l'Academie francaise (1694 - 1992). On y redecouvre combien l'Academie, en gardant les memes criteres - la description de l'usage en synchronie et une nomenclature n'englobant pas les vocabulaires techniques - a su rendre compte de l'evolution de la langue et des debats linguistiques qui ont jalonne l'histoire de la langue et des pratiques lexicographiques. De quoi ne pas ceder a la tentation facile d'une critique systematique d'un dictionnaire qui, en definitive, est concu sans souci de commercialisation, de maniere desinteressee, par une assemblee representative et eclectique elue. Faut-il signaler qu'il est parfois fait appel au vote des academiciens pour se prononcer sur tel ou tel choix lexicographique ou pour revoir la copie qui ne donne pas complete satisfaction? La procedure ne manque pas de panache et releve d'une symbolique toute democratique qui inspire le respect. On ne s'etonnera donc pas qu'un tres grand projet d'informatisation des differentes editions du Dictionnaire de l'Academie francaise soit en cours; celui-ci, dirige par Isabelle Leroy-Turcan (Universite de Lyon II) et Terence Russon Wooldridge (Universite de Toronto), avec deja un site informatique, permettra en effet de mieux etudier et de mieux suivre l'evolution de la langue francaise d'edition en edition, a la plus grande satisfaction des historiens, des linguistes et de tous ceux que l'histoire de notre langue passionne.

* Avec la parution fondatrice du Richelet, du Furetiere et de la premiere edition du Dictionnaire de l'Academie, pouvait de fait commencer la grande aventure lexicographique et dictionnairique francaise.

* Le XVIIIe siecle: le siecle de l'encyclopedie. La premiere tache des lexicographes du XVIIIe siecle fut d'abord de perfectionner les ouvrages existants. En particulier, revint aux Jesuites de Trevoux le merite de poursuivre la tache entreprise par Furetiere; en effet des 1704, les Peres Jesuites de cette petite ville situee sur la Saone dans les Dombes publierent un dictionnaire encyclopedique, le Dictionnaire Universel francois et latin, en enrichissant et en corrigeant ideologiquement la seconde edition du dictionnaire de Furetiere, qui avait ete reprise en 1702 par le protestant Basnage de Beauval, ce qui n'etait evidemment pas du gout des Peres Jesuites. Ce furent d'abord trois volumes in-folio qui furent offerts en 1704, puis cinq en 1732, et huit en 1771. Fournir une information soutenue et combattre un certain nombre d'idees, tel etait l'objectif. Et sur ce dernier point les Jesuites avaient fort a faire, puisque les jansenistes d'abord, les philosophes ensuite, leur portaient de rudes coups. Par ailleurs, les differents dictionnaires de l'Academie apportaient leur lot de reformes utiles, simplifiant l'orthographe, en particulier dans la troisieme edition (1740) avec l'Abbe d'Olivet. Il faut enfin signaler a la veille de la Revolution, en 1788, la publication du Dictionaire critique de la langue francaise, avec un seul n, de l'Abbe Feraud, ouvrage qui connut peu de succes mais qui presente sans doute l'image la plus interessante de la langue du moment, avec des points de vue critiques et la mention de la prononciation. Ce dictionnaire qui a influence les lexicographes du XIXe siecle meritait bien la reedition qui vient d'en etre faite depuis peu par les Presses de l'Ecole Normale superieure, sous la direction de Philippe Caron. Et, c'est le sort heureux des ouvrages majeurs, il fait actuellement l'objet d'une informatisation pour etre sans doute bientot publie sur cederom. Cependant, l'?uvre indissociable du XVIIIesiecle et la plus novatrice reste bien l'Encyclopedie ou le Dictionnaire raisonne des sciences, des arts et des metiers (35 vol. in-folio, en 1777) de Diderot et D'Alembert. Lorsque l'editeur Le Breton s'adresse a Diderot pour traduire laCyclopedia d'Ephraim Chambers, franc succes outre-Manche, on est encore loin d'imaginer le succes prodigieux de l'entreprise qui, sous l'impulsion de Diderot, alors peu connu, et de D'Alembert, deja elu a 24 ans a l'Academie des sciences, prendra rapidement une complete autonomie par rapport aux deux volumes de Chambers. Qu'on en juge sur pieces : trente ans plus tard, en 1777, ce sont trente-cinq volumes dont dix-sept de textes, cinq de supplements, deux de Tables analytiques et onze de planches qui sont offerts aux lecteurs. Au-dela de la somme considerable de renseignements apportes, l'Encyclopedie constituait un support privilegie pour diffuser les points de vue des philosophes, et elle eut comme chacun sait une influence tres sensible sur les contemporains.

* Par ses longs developpements sur les questions scientifiques, sur les machines et les techniques, l'Encyclopedie s'avere pleinement representative du Siecle des lumieres. Elle fut egalement, avant 1789, l'affaire la plus lucrative de l'edition. Si l'on en croit Voltaire, elle fit vivre pendant plus de vingt-cinq ans plus de mille ouvriers, papetiers, imprimeurs, relieurs et graveurs. L'Encyclopedie, de par sa conception, est par ailleurs a l'origine de nos modernes encyclopedies. Si le dictionnaire de langue privilegie la description de l'usage du mot dans la langue, et le dictionnaire encyclopedique la description de la chose ou de l'idee representees par le mot, l'encyclopedie n'enregistre pas vraiment des mots mais des themes, l'objectif etant d'offrir de pertinentes syntheses sur les connaissances acquises. Par exemple, si le mot "escargot" est necessairement mentionne dans la nomenclature d'un dictionnaire de langue ou d'un dictionnaire encyclopedique, avec un article lui faisant suite, une encyclopedie peut tres bien ne pas y faire correspondre un article, mais renvoyer au mot "gasteropode" ou il sera question entre autres de l'escargot. La premiere moitie du XIXe siecle: les accumulateurs de mots. La Revolution francaise ne fut pas seulement politique, elle fut aussi linguistique. A la societe nee de la Revolution a correspondu en effet un lexique plus large. Au-dela des mots issus des diverses reformes, par exemple celle du systeme metrique, des mots nouveaux se repandirent dans le commerce. Les anglicismes commencerent a s'incruster dans notre langue, en particulier dans les domaines techniques ou l'Angleterre disposait d'une revolution industrielle d'avance. Par ailleurs, la vague montante des romantiques fit deferler dans la litterature un vocabulaire abondant et colore. Le melange des mots de basse ou noble extraction, archaiques, classiques ou nouveaux, n'est plus un obstacle: les barrieres volent en eclats sous la poussee de ces ecrivains chevelus qui rompent avec la tradition. Et necessairement, ce sang neuf allait generer un nouveau mouvement lexicographique. De cette periode de creation lexicale, nous retiendrons notamment quelques dictionnaires reputes pour constituer avant tout des "accumulateurs" de mots, c'est-a-dire que, negligeant plus ou moins la definition et la precision dans l'information, ils se caracterisent d'abord par des nomenclatures plethoriques.

* L'ouvrage de Boiste en 1800, Le Dictionnaire Universel de la langue francaise, repris en 1829 avec le sous-titre dePan-lexique par Charles Nodier, celui de Napoleon Landais en 1834, et enfin celui de Bescherelle en 1845, illustrent tout a fait cette tendance a ouvrir les nomenclatures au plus grand nombre de mots, sans pour autant etre tres pertinents quant aux definitions.

* Les titres sont d'ailleurs revelateurs d'une surenchere qui se situe davantage sur la quantite que sur la qualite. Napoleon Landais intitule sans hesiter son ouvrage Dictionnaire general et grammatical des dictionnaires; quant a L. N. Bescherelle, il choisit d'appeler le sien tout simplement Dictionnaire national ou Grand Dictionnaire critique de la langue francaise embrassant avec l'universalite des mots francais l'universalite des connaissances humaines, donnant ainsi d'emblee a son ouvrage le statut d'un veritable monument. Toute differente est cependant la sixieme edition duDictionnaire de l'Academie, remarquablement prefacee par A. F. Villemain, a l'epoque la plus haute autorite universitaire et academique de France. La cinquieme edition (1798) a laquelle D'Alembert et Marmontel avaient beaucoup contribue, n'avait pas ete reconnue par l'Academie, l'Academie ayant ete supprimee en 1793 et l'ouvrage publie sans son aval avec un "discours preliminaire" de tonalite revolutionnaire, et surtout un Supplement consacre aux "mots de la revolution", 300 environ repartis sur 12 pages. La sixieme emporte au contraire unanimement l'adhesion, eclipsant meme aux yeux des la septieme edition, harmonieuse et accueillante pour les mots nouveaux, publiee en 1878 sous la responsabilite de Silvestre de Sacy.

* La seconde moitie du XIXe siecle: la linguistique historique Littre (1801 - 1881) et Larousse (1817 - 1875).

* Des 1804, avec entre autres les publications de Franz Bopp, commencait l'aventure de la linguistique historique qui rapprochait les langues europeennes du sanscrit, d'ou la decouverte progressive de la famille des langues indo-europeennes, expliquant les parentes entre des langues apparemment aussi eloignees que le latin, l'allemand et le grec. Mais c'est surtout au cours de la seconde moitie du XIXe siecle que s'installent en France les recherches etymologiques avec l'etablissement des regles de phonetique historique. Ajoutons a cela l'influence decisive d'Auguste Comte qui publie entre 1830 et 1842 le Cours de philosophie positive. Fondee sur l'observation, l'etude positive des faits, et donc implicitement sur la recherche des causes historiques, cette philosophie s'adaptait parfaitement aux aspirations d'une nouvelle generation desormais plus sensible aux realites scientifiques qu'aux reveries enthousiastes. Larousse et Littre en seront de fervents adeptes, et tous deux s'inscrivent sans hesiter dans le courant de la linguistique historique et comparative. Littre naquit le 1er fevrier 1801 a Paris, avec pour premier prenom Maximilien, prenom donne par son pere en souvenir de Robespierre l'Incorruptible... L'enfant prometteur, entre une mere protestante et un pere disciple de Voltaire, ne fut point baptise, ce qui fit couler beaucoup d'encre lorsqu'il devint celebre. Brillant eleve, il se destine a la medecine, mais le medecin se metamorphose petit a petit en erudit en publiant notamment une traduction critique des ?uvres d'Hippocrate. En 1840 lui est alors proposee une chaire d'Histoire medicale qu'il refuse, ne souhaitant guere le contact avec le public. Emile Littre avait forme le projet des 1841 de rediger un dictionnaire etymologique qui serait publie chez son camarade de classe, Christophe Hachette, deja devenu un editeur eclaire. En fait, ce premier projet n'aboutira pas, il faut attendre 1859 pour que les premiers textes du Dictionnaire de la langue francaise soient remis a Hachette, et 1872 pour que ce dictionnaire en quatre volumes qui fait une large part a l'histoire du mot soit acheve. Un Supplement publie en 1877 couronne l'ensemble. Le dictionnaire de la langue francaise eut un franc succes aupres du public cultive qui trouvait dans cet ouvrage une somme d'informations jusque-la inegalee quant a l'etymologie et a la filiation historique des sens d'un mot, le tout cautionne par de grands auteurs. Aussi prit-on rapidement l'habitude d'evoquer "le Littre" avec deference, comme une autorite; il devint meme l'instrument indispensable de toute recherche serieuse en langue francaise. Son prestige ne diminua guere au fil des annees, ainsi, jusqu'a la publication du Dictionnaire de Paul Robert, presque un siecle apres, Littre fut le plus souvent considere comme la seule veritable reference des lettres. Alain Rey, dans un ouvrage explicite sur le lexicographe et son ?uvre, met eloquemment en relief comment s'est installee la notoriete d'un dictionnaire qui, n'etant plus reedite, est devenu tout au long de la premiere moitie du XIXe siecle un ouvrage mythique. En fait, le dictionnaire de Littre etait fonde sur l'idee darwinienne que la langue est un organisme qui connait d'abord une croissance, et qui, en atteignant son apogee, commence a decliner. Pour Littre, comme pour nombre de linguistes de la fin du XIXe siecle, l'apogee se situait au XVIIe siecle. Aussi, son dictionnaire enregistre-t-il principalement la langue francaise comprise entre le XVIIe siecle et le debut du XIXe. Les citations presentees ne sont jamais posterieures a 1830. E. Zola et la majeure partie de l'?uvre de V. Hugo n'y figurent pas. Ajoutons a cet handicap que la conception des articles, avec parfois 40 sens qui se succedent selon une filiation que Littre souhaite avant tout historique, positiviste, est loin d'etre clarificatrice. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage reste jusqu'a celui de Paul Robert d'une richesse foisonnante et meritait pleinement toute sa notoriete.

* Pierre Larousse est ne en 1817 dans le village de Toucy en Bourgogne ou il est eleve entre la forge de son pere et l'auberge tenue par sa mere. Son appetit de savoir et sa boulimie de lecture lui ouvrent sans tarder les portes de l'Ecole normale de Versailles. Apres un rapide retour au village natal, ou il exerce en tant qu'instituteur et directeur de l'ecole dont il avait ete l'eleve, il repart a Paris ou il mange "la soupe a l'oignon", selon son propre aveu et, surtout, frequente avec ardeur les bibliotheques et les amphitheatres. Il publie alors les premiers ouvrages destines a l'enseignement de la langue, fondant en 1852 la librairie, la maison d'edition qui porte toujours son nom.

* On retiendra qu'en 1856 parait le Nouveau dictionnaire de la langue francaise, dictionnaire de petite taille et destine notamment a un public scolaire, l'ouvrage connait un succes considerable. Ce sera l'ancetre lointain du Petit Larousse illustre dont la premiere edition est de 1906 et que l'on doit a ses successeurs. Mais ce petit dictionnaire de 714 pages, avec deja les celebres locutions latines, donne vite l'idee a P. Larousse d'une ?uvre de plus grande envergure. C'est le moins que l'on puisse dire puisque, de 1865 a 1876, ce sont quinze gros volumes in-quarto, auxquels s'ajouteront a partir de 1878 deux supplements, qui seront publies sous le titre de Grand dictionnaire universel du XIXe siecle. P. Larousse, admirateur de Diderot, disciple de Proudhon et d'A. Comte, ambitionne en fait de donner a la France un nouveau monument encyclopedique, alliant la description de la langue et la diffusion des savoirs. Et ce sont pas moins de 20 000 pages en petites caracteres sur quatre colonnes, presque sans aucune illustration, qui feront de ce dictionnaire une ?uvre jamais refaite dans de telles proportions. Il faut en convenir, si l'on admire aujourd'hui l'ampleur extraordinaire d'une telle ?uvre, en realite, lorsque P. Larousse avait lance son projet avec force battage, il fut pris par plus d'un, selon la formule d'un critique de la premiere heure, pour un "barnum litteraire".

* On redecouvre aujourd'hui le caractere tres riche de l'information et, au-dela de la nature encyclopedique de l'ensemble, la pertinence des informations apportees sur la langue. Celles-ci ont longtemps ete occultees par l'hypertrophie de la seconde partie de chaque article, reservee aux aspects encyclopediques, ou alternent les informations les plus serieuses et les anecdotes les plus etonnantes.

* Larousse avait un objectif: diffuser la pensee republicaine propre a instaurer une societe democratique et laique. Son dictionnaire, dont on pouvait par exemple commander une feuille, celle correspondant a l'article qui vous interessait, eut pour public privilegie les instituteurs et toute une population modeste aspirant au savoir. Le Grand dictionnaire universel du XIXe s. de Larousse ne fit pas en realite concurrence au Dictionnaire de la langue francaise de Littre, les publics differaient, et loin de mettre ces ouvrages dos a dos, il conviendrait plutot de reconnaitre a chacun une dimension hors du commun. Au point qu'il etait presque impossible a d'autres lexicographes de s'imposer. Seuls Hatzfeld, professeur de rhetorique et remarquable logicien, et Darmesteter, philologue repute, ont pu se distinguer avec le Dictionnaire general de la langue francaise du commencement du XVIIe a nos jours en deux volumes de dimension modeste mais de grande qualite, publies respectivement en 1890 et 1900. Ce dictionnaire recueillit un succes certain aupres des etudiants et des eleves de classe preparatoire, d'une part grace au classement rigoureux des definitions, et d'autre part grace aux 300 pages preliminaires consacrees a un remarquable Tableau de la formation de la langue, ce dernier etant redige par Darmesteter.

* Le XXe siecle: Les talentueux successeurs de P. Larousse Au Grand Dictionnaire Universel du XIXe siecle devait succeder en 1904 les sept volumes in-quarto du Nouveau Larousse illustre, dirige par Claude Auge, qui fut tres largement repandu, avec des planches illustrees en couleurs et de nombreuses illustration au c?ur des articles. Version singulierement amincie du predecesseur en 17 volumes, il meritait sa notoriete de par son homogeneite et la fiabilite des informations apportees.

* En 1910 paraissait le Larousse pour tous en deux volumes, intitule ensuite Larousse Universel en 1923, et Nouveau Larousse Universel en 1948. Il devait donner naissance au Larousse en trois volumes, le L3. En 1933, etait publie sous la direction de Paul Auge le dernier des six volumes du Larousse du XXe siecle (6vol. et un Supplement en 1953), ouvrage particulierement riche en biographies.

* Mais c'est en 1963 que, sous la direction de Jean Dubois et avec le concours du grand linguiste Claude Dubois, etait acheve le Grand Larousse Encyclopedique en dix volumes, plus de 10 000 pages, 450 000 acceptions, 22 000 illustrations. Assurement, un dictionnaire de grande classe correspondant aux trente glorieuses: pas moins de 700 specialistes y participaient en effet, repartis en treize grandes disciplines dirigees par des secretaires de redaction responsables de l'homogeneite de l'ensemble.

* On est en fait ici a l'aube du travail structure a l'aide de l'ordinateur, cet ouvrage representait la derniere etape avant l'aventure informatique, celle correspondant a la mise en fiche la plus efficace possible. En 1985, dans la meme dynamique etait publie le Grand Dictionnaire Encyclopedique Larousse en dix volumes. Mais il s'agissait la de dictionnaires encyclopediques, et si la description de la langue n'y etait pas negligee, ces ouvrages privilegiaient naturellement l'information encyclopedique.

* Les Editions Larousse allaient donc egalement s'interesser au dictionnaire de langue. Ainsi est publie en 1978 leGrand Larousse de la langue francaise, en 7 volumes, elabore sous la direction de Louis Guilbert, R. Lagane, G. Niobey. Un dictionnaire Larousse sans illustration, uniquement consacre a la description des mots de notre langue, voila qui rompait avec la tradition.

* En fait, des 1967, une premiere percee avait ete faite avec le Dictionnaire francais contemporain (le DFC) redige sous la direction de Jean Dubois, ouvrage en un volume, de format tres reduit, avant tout destine au public scolaire. Ce petit dictionnaire, en decrivant le francais en synchronie, avec un degroupement des articles, en fonction de la distribution des mots dans la langue (plusieurs articles pour le mot "classe" au lieu d'un seul avec de nombreux sens differents) avait fait l'effet d'une revolution lexicographique. Le Grand Larousse de la langue francaise s'inscrivait dans cette meme perspective, moderniste, en ajoutant a la nomenclature des articles exclusivement consacres a la linguistique. Helas, ce bel outil elabore avant l'informatisation, n'a pas eu la carriere qu'il meritait, il ne fut pas remis a jour. Paul Robert, Alain Rey et Josette Rey-Debove

* Paul Robert est ne en 1910 en Algerie, dans une famille aisee, et il entreprend des etudes de droit qui le conduiront jusqu'a une these soutenue a la fin de la guerre, en 1945. Rien ne le predestinait a la lexicographie, mais son affectation pendant la guerre au service du decodage, ou il participe a l'elaboration d'un dictionnaire du chiffre, son contact apprecie avec la langue anglaise, ses premiers essais a titre personnel de mise en analogie des mots anglais puis des mots francais, l'entrainent peu a peu a transformer son loisir en activite devorante, au point de bientot recruter des auxiliaires sur sa fortune personnelle pour faire aboutir le dictionnaire dont il reve. En 1950, il apprend que le premier fascicule de son dictionnaire obtient le prix Saintour de l'Academie francaise. Des lors, il n'a de cesse d'achever l'?uvre commencee et, en 1952 et 1953, il recrute pour l'aider deux collaborateurs d'excellence, Alain Rey et Josette Rey-Debove. Le 28 juin 1964, il acheve le sixieme et dernier tome du Dictionnaire alphabetique et analogique de la langue francaise. Paul Robert offrait a la France un digne successeur du Littre avec des citations extraites d'un corpus litteraire plus recent, la Societe qu'il avait fondee s'intitulait d'ailleurs la Societe du Nouveau Littre. Quant au principe analogique qui etait a l'origine du projet, s'il n'est pas negligeable, ce n'est pas lui qui determinait le succes de l'entreprise, mais la qualite du travail definitoire. Les editions Robert allaient s'installer dans le paysage lexicographique en s'illustrant par differents dictionnaires de grande qualite. En 1967, naissait d'abord le Petit Robert, le petit dictionnaire de langue manquant sur le marche et qui pouvait ainsi constituer le pendant du Petit Larousse illustre, dictionnaire encyclopedique. Apres un Supplement (1971) ajoute au Dictionnaire alphabetique et analogique de Paul Robert, supplement qui installait A. Rey et J. Rey-Debove parmi les grands lexicographes connus, paraissait en 1985 le Grand Robert de la langue francaise dirige par A. Rey. A la fin du siecle, marque par l'informatique, sont diffuses, en 1994, le cederom correspondant au Grand Robert et, deux ans plus tard, celui correspondant au Petit Robert, outil precieux permettant de nombreux croisements d'information avec, pour la premiere fois, des mots sonorises, pres de 9000. Enfin, signe patent d'une maison d'edition bien installee dans le paysage lexicographique, on assiste au cours de la derniere decennie du XXe siecle a la diversification des ouvrages en un ou deux volumes, qu'il s'agisse des dictionnaires pour enfants, des dictionnaires pour collegiens ou des dictionnaires de noms propres, sans oublier en 1992 le Dictionnaire historique de la langue francaise, synthese des informations recueillies par les chercheurs de ce demi-siecle, et ouvrage qui renoue utilement avec un genre qu'avait tente d'imposer l'Academie au XIXe siecle, sans succes. Outre leur competence de lexicographe et de dictionnariste, Josette Rey-Debove et Alain Rey ont offert par ailleurs d'importants ouvrages theoriques sur la lexicologie et la lexicographie. Ils auront indeniablement marque la seconde moitie du siecle.

* Quillet, Flammarion et Hachette Aristide Quillet, tout comme Pierre Larousse, etait un autodidacte, et tout naturellement sa production lexicographique s'orienta vers le dictionnaire encyclopedique. Il faut signaler notamment parmi les ouvrages qui seront issus de la maison d'edition qu'il a creee le Dictionnaire encyclopedique de 1950, en 5 volumes, auquel s'ajouteront deux Supplements (1952, 1963). Raoul Mortier, qui dirige ce dictionnaire concu a partir d'un nombre reduit de collaborateurs, des enseignants et des techniciens en particulier, choisit de donner a ce dictionnaire une tonalite didactique, avec de nombreux tableaux synoptiques et un soin tout particulier pour clarifier les informations encyclopediques. Depuis 1940 et reedite plusieurs fois, avec 40 000 mots dans sa premiere edition, le Quillet de la langue francaise represente, avant le Lexis de 1979 (Larousse), le premier dictionnaire de langue a presenter des illustrations.

* C'est tardivement que les editions Hachette, a qui on doit le Littre, reprirent le chemin de la lexicographie avec en 1980 le Dictionnaire Hachette, preface par Roland Barthes, un peu plus de cent ans apres la parution duDictionnaire de la langue francaise.

* Chaque annee desormais, en meme temps que le Petit Larousse parait donc le Dictionnaire Hachette, disponible depuis 1995 sur cederom, le multimedia representant en effet un secteur en pleine expansion chez Hachette. Enfin, en 1995 etait publie a l'occasion du sixieme sommet de la Francophonie, a Cotonou, le Dictionnaire Universel Afrique edite conjointement avec l'Aupelf-Uref. Et, en 1998, ce Dictionnaire francophone est perennise en devenant le Dictionnaire universel francophone contenant, entre autres unites lexicales, environ 10 000 mots de l'univers francophone.

* Le TLF: Paul Imbs, Bernard Quemada La plus grande aventure lexicographique de ce demi-siecle est sans conteste celle de l'elaboration du Tresor de la langue francaise (le TLF): plus de 90 000 mots traites dans le cadre de 16 volumes in-quarto (25 000 pages environ) publies entre 1971 et 1994, avec pour directeurs P. Imbs, jusqu'au septieme volume, et B. Quemada, du huitieme au seizieme, l'addenda etant sous la direction de G. Gorcy. C'est lors du Colloque organise en novembre 1957 a Strasbourg qu'etait esquisse ce projet grandiose. Y participait B. Quemada, pionnier de la lexicographie assistee par les machines mecanographiques d'abord, informatiques ensuite. Des 1977, il devait prendre la direction du TLF apres avoir assure la programmation de la documentation informatisee necessaire a l'elaboration du dictionnaire papier, une documentation informatisee sur la langue francaise qui fit l'admiration de tous les pays, de par son ampleur et sa qualite. Elabore dans le cadre du CNRS, ce dictionnaire de la langue du XIXe et du XXe siecle a indeniablement beneficie de directeurs de tres grand talent avec P. Imbs qui l'a fait naitre et B. Quemada qui lui a donne sa dimension moderne et son rayonnement international. Soutenu des 1959 par le gouvernement qui souhaitait favoriser des projets d'envergure - l'acquisition du plus gros ordinateur existant dans les annees 1960, le Gamma Bull 60, en est le symbole - le projet s'appuyait deja en 1969 sur pres de 80 millions d'unites-mots disponibles grace a un remarquable programme de saisie de textes sur bandes perforees. En 1977, le dictionnaire s'insere dans un sous-ensemble du CNRS, l'Institut National de la langue francaise, l'INaLF, cree par B. Quemada qui federe ainsi nombre de laboratoires et d'excellents linguistes qui se mettent au service de la langue francaise. D'autres dictionnaires installes dans cette institution viennent completer la description de la langue francaise tout au long de l'histoire de notre langue.

* Citons notamment le Dictionnaire du Moyen Francais dirige par un autre tres grand linguiste, Robert Martin, qui dirigea l'INaLF de 1992 a 1996. Il importe de souligner qu'a l'identique du dictionnaire de l'Academie, il s'agit ici d'un dictionnaire institutionnel qui ne doit rien dans sa conception a l'entreprise privee. Il resulte en effet du seul souci de la recherche.

* L'INaLF et l'internet... L'INaLF, cree et dirige par B. Quemada, puis par R. Martin, et depuis 1997 par B. Cerquiglini, a su gerer l'avance enorme qu'avait le TLF grace a l'informatisation de sa documentation. Deux chantiers ont rapidement ete ouverts: d'une part l'informatisation du dictionnaire et d'autre part la mise a disposition aupres des chercheurs de la banque de donnees qui a irrigue le dictionnaire pendant son elaboration et qui ne cesse d'etre enrichie.

* Le premier enjeu a consiste a informatiser le TLF pour pouvoir en disposer sur support electronique. Ce sera bientot chose faite. C'est en effet un enorme travail que de transformer toutes les donnees presentees sur papier et de reconvertir les bandes de composition lorsque celle-ci existent, mais il sera bientot possible de disposer de ce formidable dictionnaire avec trois niveaux de consultation: la lecture article par article en visualisant tel ou tel type d'information, la consultation transversale, par exemple tous les mots d'origine germanique, et la consultation croisee, par exemple tous les termes de marine en rapport avec la manoeuvre des voiles.

* Enfin, un second enjeu consiste a faciliter la consultation de la base de donnees pour tous les chercheurs, et ici Internet est venu a point nomme pour rendre desormais facile la consultation sur simple abonnement. Il s'agit deFrantext, mondialement connu, qui rend accessible en interactif 180 millions de mots-occurrences resultant du traitement informatique de cinq siecles de litterature, avec plusieurs milliers de textes offerts. L'information ainsi accessible a quelque chose de vertigineux. Il ne fait pas de doute que les productions de l'INaLF sont deja installees au c?ur du XXIe siecle. Conclure n'est guere possible. L'aventure commencee au XVIe et XVIIe siecle ne s'acheve pas avec les supports electroniques qui, bien au contraire, la relancent avec des horizons apparemment sans limite. Laissons le dernier mot a un maitre des mots, Bernard Cerquiglini, qui, en 1992, declarait dans la lettre de la delegation generale a la langue francaise que "le dictionnaire resume, concentre et represente, aux yeux de beaucoup, la langue elle-meme, avec laquelle il a une relation essentielle, bien que jamais achevee. Monolingue, bilingue ou plurilingue, classique ou plus moderne, general ou specialise, de l'humble glossaire terminologique dont le but est precis a la fascinante encyclopedie qui dit "tout sur tout", c'est un monde de dictionnaires qui encadre et organise notre vocabulaire et notre reflexion".

* * LES DICTIONNAIRES BILINGUES

* * Les dictionnaires francais-russe

* Il existe une longue tradition d'emploi des dictionnaires francais-russe en Russie. Le premier dictionnaire francais-russe dirige par Cellarins a vu le jour en 1769. En 1788 on a publie le dictionnaire raisonne de Tatischev redige sur la base du dictionnaire de l'Academie Francaise de 1694. Au XIXe siecle on a fait paraitre toute une serie de dictionnaires francais-russe dont le meilleur est celui de N. Makarov (1870), riche en phraseologie, qui a subi 14 editions. En 1906 on publie le dictionnaire de A. Redkine qui contenait deja des termes speciaux et rares.

* Parmi les dictionnaires francais-russe parus apres la Revolution d'Octobre on signale, en premier lieu, le dictionnaire de K. Ganchina dont le vocabulaire, tres riche, est fort bien choisi. Sa lere edition date de 1929, la 3e(posthume), considerablement refaite et augmentee, a paru en 1957. En 1932 on voit apparaitre le dictionnaire de V. Pototskaia dont le vocabulaire est plus petit que celui du dictionnaire de K. Ganchina.

* Le travail lexicographique continue dans les annees soixantes et soixantes-dix. Ainsi, en 1963 on a fait paraitre le "Dictionnaire francais-russe phraseologique" sous la direction de I. Rezker. Le dictionnaire est precede d'une vaste introduction traitant des questions essentielles de la theorie de la phraseologie francaise et exposant les principes de la composition du dictionnaire phraseologique.

* Ce dictionnaire est concu comme un ouvrage pouvant fournir toutes sortes de renseignements sur les locutions repandues dans la litterature francaise classique et contemporaine. En meme temps, ce dictionnaire est un manuel d'etude de la phraseologie francaise, son vocabulaire etant extremement riche.

* Les auteurs du dictionnaire ont eu pour tache de donner a toute locution phraseologique francaise un equivalent russe qui soit, autant que possible, exacte et complet.

* Un autre dictionnaire francais-russe est le "Dictionnaire des synonymes de la langue francaise" par M. G. Morin et N. A. Chigarevskaia paru en 1964. C'est le premier ouvrage de ce genre publie en URSS et destine particulierement aux eleves des ecoles superieures etudiant la langue francaise.

* Le dictionnaire comprend les synonymes les plus usites et ceux dont la difference de sens est la plus difficile a saisir. On y prete une attention speciale aux verbes, adjectifs et noms abstraits. Le dictionnaire presente des series des synonymes stylistiques, generalement de ceux qui appartiennent au style familier et sont si repandus dans les ?uvres litteraires de la deuxieme moitie du XXe siecle.

* En tete de chaque article on place la serie des synonymes, on indique (en langue russe) la notion commune qui reunit ces synonymes en l'illustrant par des exemples litteraires. Ensuite viennent les definitions russes de chaque synonyme, accompagnees, elles aussi, par des citations. La classification des synonymes dans chaque article suit les principes essentiels des dictionnaires de synonymes analyses plus haut.

* Outre les distinctions de sens et les nuances expressives et emotionnelles des termes de chaque serie, on fournit des renseignements sur l'etendue de leur emploi et leurs particularites grammaticales.

* * Les dictionnaires russe-francais

* Parmi les dictionnaires russe-francais, parus a la fin du XIXe et au debut du XXe siecles, on peut citer le dictionnaire de N. Makarov. Mais tous les dictionnaires russe-francais de cette periode partent de ce que les mots d'une langue sont equivalents aux mots de l'autre langue. Cependant les mots des deux langues ne sont jamais identiques. Ils peuvent avoir des valeurs semantiques semblables, mais cette ressemblance n'est que partielle ce qui est demontre par L. V. Stcherba dans la preface de la deuxieme edition de son Dictionnaire russe-francais. Ainsi, l'adjectif francais facile dans une de ses acceptions correspond a l'adjectif russe легкий et on peut tres bien dire легкоеупражнение - un exercice facile, mais on traduira легкийтуман par brouillard leger. Dans l'expression un homme de composition facile le meme adjectif ne sera plus equivalent au mot russe легкий. Le dictionnaire de Stcherba, paru en 1939, et a subi 9 editions. Sa derniere edition de 1969 contient plus de 50 000 mots de langue russe, des phraseologismes et des termes les plus repandus dans la langue commune. Il reste un instrument de travail precieux pour ceux qui apprennent le francais.

* * Bibliographie

* * 1. Dubois, J. Nouveau dictionnaire du francais contemporain / J. Dubois, [etal.]. - P., 1980.

* 2. Lexis. Dictionnaire de la langue francaise. - P., 1975.

* 3. Le Petit Robert. Dictionnaire alphabetique et analogique de la langue francaise. - P., 1988.

* 4. Rey, A. Dictionnaire des espressions et locutions / A. Rey, S. Chantreau. - P., 1979.

* Travaux diriges

* * 1. Resumez les textes proposes

* * I. LES DICTIONNAIRES ET LA LEXICOGRAPHIE

* * Les dictionnaires sont des objets manufactures dont la production [...] repond a des exigences d'information et de communication. Leur objet est essentiellement pedagogique puisqu'ils visent a combler l'ecart qui existe entre les connaissances de leurs lecteurs et celle de la communaute tout entiere, que ce savoir porte sur la langue ou sur la science; ce sont donc des instruments de l'education permanente, car ils sont a la fois le livre de l'age scolaire et celui de l'age adulte; ils sont le lieu de reference a la langue et a la science.

* Si l'on cherche a definir d'une maniere plus precise l'objet pedagogique du dictionnaire, on peut dire qu'il "facilite" la communication linguistique, en comblant les lacunes de l'information des lecteurs. Ceux-ci se trouvent a un moment donne dans la necessite: ou bien de traduire, d'une maniere suffisamment satisfaisante, les messages des communautes linguistiques etrangeres avec lesquelles ils sont en contact culturel ou commercial: c'est l'objet des dictionnaires bilingues ou pturilingues; ou bien, a l'interieur d'une meme communaute linguistique, de transcoder dans une norme commune les parlers techniques ou sociaux de groupes socialement ou culturellement differents; le dictionnaire aide a combler la distance entre deux informations differentes, celle du lecteur et celle des auteurs des textes qu'il doit elucider, en renvoyant a une competence linguistique commune - c'est l'objet des dictionnaires techniques et scientifiques, des dictionnaires d'argot, etc.; ou bien, de maitriser les moyens d'expression par l'analyse semantique, syntaxique, morphologique ou phonetique de la langue. Le dictionnaire aide a valoriser les comportements verbaux dans une societe ou ces derniers tiennent une place socialement discriminante: c'est l'objet des dictionnaires de langue (ou dictionnaires uni lingues); ou bien, d'accroitre la quantite du savoir des lecteurs grace aux informations fournies par l'intermediaire des "mots": c'est l'objet des dictionnaires encyclopediques.

* * L'enonce lexicographique: l'article du dictionnaire

* Le dictionnaire est un catalogue de mots, ranges selon l'ordre alphabetique de leurs composants, les graphemes, et servant d'entree a des developpements [...]. La suite de mots ou nomenclature constitue l'architecture formelle du dictionnaire. Cette sorte d'enon ce que forme le livre s'articule en articles, qui sont les paragraphes, et en phrases, qui sont les informations contenues dans chaqut article.

* L'analyse de l'enonce lexicographique souleve deux grands types de problemes: ceux qui interessent les regles de composition et de reecriture de l'article et ceux qui interessent e langage documentaire ou metalangue lexicographique, avec laquelle on reecrit les informations.

* L'article est une suite ordonnee de phrases, chacune comportant une ou plusieurs informations: le mot ou adresse forme l'entree: c'est le theme ou sujet dont toutes les autres informations seront les predicats. Mais, en meme temps, le mot est a lui-meme son propre predicat, car l'entree nous informe sur la composition graphique, sur l'orthographe [...]. La prononciation donne la transcription, en un code specifique (par exemple, celui de l'Association Phonetique Internationale, A.P.I.), de la maniere dont le mot est prononce hors contexte.

* La categorisation grammaticale donne les traits syntaxiques fondamentaux, c'est-a-dire 'appartenance du mot (que celui-ci soit un rnorpheme-racine ou un terme derive) a une partie du discours, determinee selon l'analyse grammaticale traditionnelle: nom, pronom, verbe, article, adjectif, adverbe, conjonction, preposition, interjection. La partie du discours est suivie de l'indication de la sous-classe de cette meme partie du discours: ainsi les noms sont repartis en masculins ou feminins, masculins et feminins (dans ce dernier cas il y a seulement "nom" comme pour enfant, architecte, etc.); les verbes sont repartis entre transitifs et intransitifs; l'adjectif est divise en deux grandes classes, l'adjectif qualificatif (en ce cas adj. n'est suivi de rien) et les adjectifs pronominaux (en ce cas adj. est suivi de possessif, demonstratif, indefini, etc.); de meme l'article est defini, indefini ou partitif, la conjonction est "de subordination" ou "de coordination".

* L'etymologie indique (a) l'origine supposee d'un mot, c'est-a-dire le terme d'une autre langue qui en est la source, l'etymon (pied; latin pedem, 'pied'), ou (b) les elements constitutifs et le procede syntaxique qui sont a l'origine du terme (derive de x, de y et de z: blancheur derive de blanc; acephale de privatif et de cephale, du grec kephale 'tete'). Dans le premier cas, la procedure de formation est marquee : derive de, compose de (ou simplement de). [...]

* La deflnition est constituee d'une suite de para sy nonymes du mot d'entree, chaque paraphrase etant un sens ou, dans la terminologie lexicographique, une acception. Ces paraphrases synonymiques peuvent etre completees aussi des termes synonymes ou quasi-synonymes du mot d'entree, ou des contraires (antonymes), c'est-a-dire des synonymes negatifs. II y a autant d'acceptions qu'il y a de paraphrases synonymes du mot d'entree qui ne sont pas synonymes entre elles. Ces sens ou acceptions sont distingues dans la metalangue par des numeros, des tirets, des barres, etc. ou par la combinaison de deux de ces signes (numero + barres). Les "sens" se succedent selon le rapport (logique, frequenciel, historique) que l'on met entre les paraphrases synonymiques: tel sens est apparu avant tel autre; tel sens est derive "logiquement" de tel autre par extension, restriction, figure, analogie, changement de domaine d'application, etc. [...]

* J. Dubois, Cl. Dubois. Introduction a la lexicographie: le dictionnaire.

* * Le domaine du dictionnaire

* * Lexicographie et lexicologie

* * L'activite lexicographique se trouve dans une situation doublement defavorable: d'une part on ne sait pas en quoi elle consiste reellement, d'autre part elle n'offre pas l'interet de la nouveaute. Les activites metalinguistiques sont traditionnelles, et depuis les origines du langage, on parle du langage tant sous l'aspect grammatical que lexical. Cependant la grammaire s'est integree progressivement a l'ensemble des sciences en donnant naissance a la linguistique, alors que la description du lexique est restee une praxis et un "bricolage".

* Certes, il existe une branche de la linguistique, la lexicologie, qui se consacre a l'etude des faits lexicaux. Mais la lexicologie n'a pas trouve sa place dans la linguistique moderne, faute de bases theoriques suffisantes. Elle est reduite a l'etude diachronique (etymologie au sens large), a l'etude priviligiee de themes conceptuels (et en cela elle est onomasiologique qu'on l'admette ou non), ou a la collecte d'observations [...] tirees de corpus, alors que son domaine veritable devrait etre la description du lexique d'une langue, tache qui echoit depuis toujours a la lexicographie. Deux raisons essentielles s'opposent a la naissance d'une lexicologie digne de ce nom, relevant toutes deux des caracteres qui opposent la grammaire au lexique.

* * La competence lexicale

* Les usagers d'une langue maitrisent leur systeme grammatical, et l'on peut dire qu'un usager quelconque connait la grammaire de sa langue, dont les regles, en nombre limite, sont maitrisables. Au contraire chacun de nous ignore des mots connus du voisin, et vice versa. Aucun usager ne maitrise le lexique de sa propre langue, parce que le lexique est forme d'un nombre d'items incalculable (tres grand et indetermine). [...] On peut estimer que le lexique d'une langue de civilisation comme le francais ou l'anglais depasse 200.000 mots sans les noms propres, et l'on pourrait probablement atteindre aisement le chiffre de 500.000 mots (par exemple, avec les nomenclatures terminologiques). Or, le vocabulaire de l'usager moyen se situe aux alentours de 20.000 mots. [...1 L'usager moyennement cultive maitrise peut-etre 1/10 du lexique total - encodage et decodage - et meme en envisageant seulement le decodage chez l'usager le plus cultive, on est encore tres loin de l'exhaustivite. Alors que pour la grammaire on peut assimiler tous les usagers a tout usager (n'importe lequel), cette assimilation est impossible pour le lexique. Le lexique n'a de realite que pour une communaute linguistique - tous les usagers - et non pas pour tout usager. [...] Le lexique est profondement lie a la connaissance du monde, a la difference de la grammaire. [...]

* Du point de vue de l'apprentissage de la langue, on constate que les connaissances grammaticales sont acquises assez tot une fois pour toutes, alors que les connaissances lexicales ne cessent des'en-richir au cours de la vie de l'usager, tant de facon naturelle que me-talinguistique.

* Une telle situation, pourtant, n'empeche pas la communication dans son ensemble. [...] Comme le disent J. Katz et J. Fodor, "pour connaitre une langue naturelle, on doit connaitre ces regles [grammaticales] mais on n'a pas besoin de connaitre plus qu'une petite fraction de son vocabulaire".

* Aussi bien quelques linguistes ont-ils concu la competence lexicale, pour une langue donnee, comme un sous-ensemble du lexique quantitativement faible et qualitativement important, en decrivant essentiellement leur propre competence, s'identifiant par la non a tout sujet (on ne peut rien savoir de la competence minimum) mais a un sujet statistiquement moyen. C'est ce qu'ont tente de faire Jean Dubois et ses collaborateurs dans le Dictionnaire du francais contemporain, un des rares dictionnaires qui tienne compte des theories linguistiques.

* Cette notion de competence lexicale "moyenne" suscite des difficultes theoriques, car elle ne recouvre pas la langue dans son entier; si la description se limite a 1/10 environ du lexique, quel est le statut des 9/10 restants?

* [...] Si, pour la grammaire, la competence abstraite et la competence de quelqu'un coicident grosso modo, pour le lexique il y a un abime entre la premiere et la seconde, et [...] toute assimilation hative fausse les donnees du probleme.

* - Or, le projet naif du dictionnaire est justement de s'approcher dans sa description de cette competence de "l'usager ideal qui saurait parfaitement sa langue". Le dictionnaire construit pour chacun la competence: il apprend a tout lecteur des items nouveaux. [Alors que l'objet des grammaires pedagogiques est qualitatif (correct ou incorrect, en d'autres termes, bien forme ou mal forme), l'objet des dictionnaires a toujours ete qualitatif et quantitatif. Cet apport d'elements nouveaux est meme l'objet exclusif des premiers ouvrages lexicographiques, qui glosaient les mots difficiles et les mots etrangers. Et la situation actuelle du dictionnaire dans la societe montre la continuite de ce projet. II n'y a guere de famille qui n'ait un dictionnaire, alors que les grammaires y sont rares: il s'sgit bien d'avoir sous la main des informations destinees a construire la competence, et non pas a la decrire (c'est-a-dire a l'expliciter et a l'ameliorer).

* L'elaboration du dictionnaire echappe donc, dans son principe, a la competence personnelle du lexicographe, qui se trouva renvoye au corpus, et a tous les problemes non resolus de son choix et de son interpretation (dont la statistique lexicale).

* * La composante semantique

* Le linguiste ne dispose actuellement d'aucune theorie semantique pour decrire le signifie des unites lexicales dans leur ensemble. [...] En utilisant les definitions de dictionnaire, les seman-ticiens ont pris a la lexicographie plus qu'ils ne lui ont apporte, au grand etonnement du lexicographe. L'analyse du contenu, ecartee pendant longtemps de la linguistique, et reintroduite recemment, a toujours ete l'objet de la lexicographie, et aujourd'hui encore le lexicographe est seul a mener de front cette entreprise ambitieuse, avec les moyens dont il dispose.

* Aussi bien, de la lexicologie et de la lexicographie, c'est la seconde qui retient aujourd'hui l'interet des linguistes, parce qu'ignorant ou repoussant pour des necessites pratiques les problemes theoriques constamment poses, elle construit tant bien que mal un modele naif, mais general et qui fonctionne puisque la vente des dictionnaires n'a cesse d'augmenter).

* * LE DICTIONNAIRE COMME TEXTE

* La competence metalinguistique naturelle

* Aussi peut-on envisager le dictionnaire d'un double point de vue. D'abord d'un point de vue traditionnel, comme un praxis amenant la production d'assertions plus ou moins justes, c'est-a-dire plus ou moins proches des theories linguistiques. De ce point de vue on pourra toujours affirmer que la lexicographie constitue une linguistique "mal" appliquee, constatation banale et caduque, puisque la linguistique, meme bien appliquee, n'est pas pour l'instant en mesure de produire un dictionnaire. L'autre point de vue, plus nouveau, consiste a considerer le dictionnaire comme une production, un texte original ayant une fonction de message, et exprimant la pensee metalinguistique naive propre a une societe. On sait que les activites metalinguistiques ne sont pas l'apanage du linguiste: la familiarite de l'usager avec sa langue l'implique. L'enonce metalinguistique entre dans le modele naturel de communication; il possede une fonction d'explication et de desambiguisation qui assure en dernier ressort la regularite de la communication, et c'est ce role effectif qui en garantit la semanticite.

* * LE PROGRAMME DU DICTIONNAIRE

* La nomenclature

* Le dictionnaire est un texte doublement programme qui engendre un ensemble d'items et des types d'information. Le programme de la nomenclature est l'enumeration d'elements d'un ensemble defini. Exceptionnellement, comme dans le cas du dictionnaire d'auteur, le corpus est limite et l'ensemble est defini en extension. Dans tous les autres cas, le corpus est fait d'echantillons, et l'ensemble est defini en comprehension. Le titre de l'ouvrage enonce parfois quel est cet ensemble: par exemple, Dictionnaire de rimes, Dictionnaire des mots sauvages [...], Dictionnaire de la langue francaise, Dictionnaire d'argot.

* Definition de l'ensemble par l'element

* L'ensemble defini en comprehension est un projet ambitieux puisqu'il presuppose la definition de l'element. Pour le dictionnaire monolingue de la langue francaise, il faut definir; 1) la langue francaise, 2) le mot. Deux problemes quasi insurmontables pour le linguiste. Pour la langue, il est en effet possible de la caracteriser par sa grammaire, mais non par son lexique. Notamment, tout mot etranger emprunte a l'instant meme peut s'integrer a une phrase francaise; c'est justement la naissance d'un neologisme, si l'operation se perpetue. D'autre part, la langue francaise est une abstraction, la somme de plusieurs types de langues fonctionnelles qui ne se recouvrent que partiellement, a supposer qu'on se limite a une description synchronique. Pour le mot unite de langue, le probleme est d'abord de savoir si l'unite est codee ou non. On forme ad libitum des mots en discours d'apres les regles du systeme. Soit: indonnable, impretable que nous inventons ici; de tels mots sont des unites de discours non codees, quoique parfaitement comprehensibles, tout comme insupportable, mot connu de tous. Mais le probleme n'est pas si simple, car entre l'unite propre a un seul (discours) et l'unite propre a tous (langue) tous les degres sont representes, ces degres se manifestant dans la frequence plus ou moins haute de l'unite en discours. Les etudes de lexique a partir de corpus sont vouees aux calculs de frequence. Or dans l'etat actuel de la documentation preparee par les ordinateurs, les corpus depouilles qui sont considerables sont loin de nous presenter "tous" les mots (plus le corpus s'allonge, moins il produit de mots nouveaux), et les occurences peu nombreuses de certains mots rendent les basses frequences peu significatives. Mais si l'on ecarte ce probleme pratique et en supposant l'existence d'un immense corpus representatif, le lexicographe qui entreprendrait une description du lexique se trouverait toujours en face d'unites pour lesquelles il n'a pas les moyens d'affirmer que ce sont des unites codees, des mots de la langue. La notion de mot unite de lexique se perd dans le non-mot, dans un continium qui aboutit aux unites de discours: c'est la une premiere cause d'indetermination du lexique qui exclut theoriquement la possibilite d'une description exhaustive. D'autre part, la determination du mot unite de langue est sujette a deux choix successifs. Le premier est le reperage de l'unite syntagmatique (Bon marche vaut-il pour deux mots ou un seul? Pour un seul si on l'oppose a cher, pour deux si on l'oppose a meilleur marche. Le second est le reperage de l'unite paradigmatique qui pose le probleme des formes en distribution complementaire (va/allons, etc.; chien/chienne) et le probleme semantique fondamental de l'homonymie et de la polysemie.

* A la premiere cause d'indetermination du lexique s'ajoutent ces deux autres qui touchent au probleme de la repartition des unites. Dans un programme exhaustif de nomenclature aucune limite qualitative ne peut donc etre fixee, et aucune evaluation.

* Dictionnaire de langue, encyclopedie, dictionnaire encyclopedique

* On peut distinguer deux grands types de nomenclatures dans les dictionnaires generaux: celle qui repertorie l'ensemble des mots d'une langue (plus ou moins selective) et celle qui repertorie l'ensemle des choses d'une civilisation designees dans une langue donnee (tres selective car l'entree ne fonctionne pas comme signe lexical, mais comme une entree documentaire donnant acces a de nombreuses informations sur le monde). Ces deux nomenclatures caracterisent le Dictionnaire general d'une langue et L'Encyclopedie universelle. La nomenclature d'une encyclopedie signifiant des choses, les entrees y sont des noms ou des mots integres dans un syrtagme nominal, au niveau d'usage. Ce caractere nominal est renforce par l'apparition des noms propres et par la presence d'illustrations dont la legende est nominale [...]. Bien qu'une telle encyclopedie soit qualifiee d'universelle, elle est toujours orientee dans son contenu, et surtout par les noms propres. Lorsque les items deviennent de moins en moins "importants", l'arbitraire joue comme dans le lexique mais ici en faveur d'une civilisation priviligiee.

* La nomenclature du Dictionnaire general d'une langue presente, elle, toutes les parties du discours, exclut les noms propres et ne donne pas d'illustrations. Comme une entree non nominale est forcement autonyme dans la lecture de l'article, tout dictionnaire general dont la nomenclature presente d'autres parties du discours que des noms peut etre considere comme un ensemble de signes.

* La presence de mots grammaticaux dans le dictionnaiie de langue et celle des noms propres dans l'Encyclopedie represente les deux poles de ces types de nomenclature. En effet, le referent du mot grammatical n'existe pas, et le signifie du nom propre n'est pas le signifie linguistique. Le nom propre refere a un objet particulier unique, identifiable dans le monde sans aucune ambiguite: il n'y a pas de definition pour le nom propre, mais seulement le reperage (comme on identifie par les empreintes digitales). Le Dictionnaire encyclopedique reunit en un seul texte ces deux types de dictionaires: l'ensemble du lexique (avec toutes les parties du discours) et l'ensemble des choses ( avec les noms propres et les illustrations). Ce qui pose evidemment un probleme quant a l'homogeneite de l'information.

* J. Rey-Debove. Le domaine du dictionnaire // Langages. - 1970. № 19.

Travaux pratiques

Devoirs

1. Redigez une fiche lexicologique

a. A partir de l'article du dictionnaire Le Petit Robert, redigez une fiche sur le mot comique, en donnant les renseignements suivant: 1.Date d'appaartion du mot en francais; 2. Etymologie, 3. Classes grammaticales du mot; 4. Domaines d'emploi; 5. Classement des sens selon les differents domaines (definitons, synonymes, antonymes); 6. Extension du sens (valeur la plus large du mot).

b. Voici, pour un meme mot, deux defnintions tirees de dictionnaires differents mais contemporains; a partir de ces informations, redigez une definition personnelle mais objective que vous illustrerez d'exemples inventes ou tires de vos lectures; vous indiquerez dans ce dernier cas le nom de l'oeuvre citee et de son auteur.

BLOUSE (bluz) n. F. (1788; o. I., mot germ.) 1. Vetement de travail que l'on met par-dessus les autres pour les proteger. V. Bourgeron, sarrau, tablier. Au XIX s., les ouvriers etaient vetus de blouses. Blouse de paysan. Blouse blanche de chirurgien. 2. Par ext. Chemisier de femme, large du bas, prte vague ou serre dans une ceinture. V. Chemisier, corsage. Blouse de soie. HOM. Blues Le Petit Robert

BLOUSE (bluz) n. f. Vetement de dessus, en toile ou en cotonnade, large et flottant. / Corsage leger. Le Petit Larousse illustre

2. Comparez les deux definitions ci-dessus de maniere a noter les points communs et les differences. Quel est celui des deux dictionnaires qui procede par analogie?

3. Les mots "vieillissent" et changent alors de sens; ainsi, le verbe devisager, a signifie "defigurer, dechirer le visage" ("... ces prudes sauvages / dont l'honneur est armee de griffes et de dents / Et veut au moindre mot devisager les gens", Moliere, Tartuffe) avant de prendre son sens actuel de "regarder au visage, avec insista nce ou effronterie"; pouvez-vous citer des temes qui ont connu la meme evolution? Aidez-vous du dictionnaire Le Petit Robert.

4. Le Petit Robert donne le tableau de nombreux signes et abreviations. En voici quelques unes. Que signifient-elles?

Adv., arg., cf., d'apr., dial., fam., hom., ibid., id., litt., par anal., pej., pop., pref., prov., rad., suff., vx.

5. Reperez dans le Petit Robert plusieurs sens au mot baroque. Indiquez plusieurs domaines d'emploi de cette notion.

6. Trouvez dans le Petit Robert un antonyme pour chacun des mots suivants: dissonance, fecondite, contraste, bizarrerie, disconrdance, mouvement.

7. Le mot anthropophage est d'origine savante. Comment est-il forme? Trouvez dans le dictionnaire dix mots formes avec anthropo- et definissez-les brievement.

Faites le meme travail sur cinq mots formes avec -phage.

Devoirs 1. Quel est le type de dictionnaire ou l'on peut trouver des renseignements sur les phraseologismes?

2. Lisez la preface du dictionnaire russe-francais de Matousevitch et faites un commentaire.

3. Prouvez que le dictionnaire russe-francais de Scherba La une valeur scientifique et pratique.

4. Caracterisez la structure d'un article du dictionnaire de Ganchina.

5. Parlez des principes bases dans le dictionnaire Petit Robert.

6. Quels sont les buts des dictionnaires encyclopediques?

7. Donnez la description de l'article "air" dans le Petit Robert.

Les instruments de travail

Toute personne qui se pose une question sur la langue dispose d'ouvrages susceptibles de la renseigner: les dictionnaires et les grammaires. Ces livres font partie de notre experience de la langue et sont familiers a chacun depuis le debut de sa scolarite. Grammaires et dictionnaires existent depuis des siecles et sont les premieres manifestations d'une reflexion sur la langue qui n'a pas attendu la linguistique pour s'exercer. La consultation de ces ouvrages n'exige aucune connaissance theorique prealable, contrairement a la lecture d'une description linguistique de la syntaxe ou du lexique d'une langue; c'est pour cette raison qu'on les propose ici comme instruments de travail, invitant l'apprenti linguiste a se familiariser avec leur manipulation.

Grammaires et dictionnaires ont un point commun: ce sont des ouvrages de consultation et non des traites speculatifs sur le vocabulaire. On y a recours quend on s'interroge sur un point precis (par exemple: que signifie exactement tel mot?). Dans les dictionnaires, le reperage est facile, grace a l'ordre alphabetique.

Les deux types d'ouvrages comportent egalement toujours une preface, dans laquelle les auteurs s'expliquent sur la facon dont ils ont concu leur livre, la terminologie et les abreviations employees. Il est important delire ces preliminaires, qui constituent le "mode d'emploi" de l'ouvrage.

Grammaires et dictionnaires sont complementaires. Un dictionnaire fournit un inventaire des unites lexicales d'une langue. Les dictionnaires comportent tres souvent des informations sur la construction des mots. Tout article indique par exemple la categorie grammaticale du mot defini (nom, verbe) et, pour un mot susceptible d'appartenir a plusieurs categories, les definitions sont regroupees en rubriques distinctes.

On peut donc trouver dans un dictionnaire des renseignements sur la combinaison des unites lexicales, sans compter les renseignements implicitement fournis par les exemples qui illustrent chaque definition.

On aura donce recours a un dictionnaire ou a une grammaire selon le type d'information qu'on cherche.

Il existe des ouvrages qui developpent longuement une reflexion sur les differents types de dictionnaires. Je me contenterai d'un exemple: les articles consacres au mot voile dans deux dictionnaires couramment utilises aujourd'hui: le Petit Robert et le Dictionnaire du francais contemporain. Ces deux dictionnaires ont ete choisis d'une part parce qu'ils sont comparables: sortis la meme annee, ils ont a peu pres le meme volume et s'adressent sensiblement au meme public. D'autre part, ils sont tres differents dans leur conception, l'un (PR) prenant le relais a la lexicographie traditionnelle, l'autre (DFC) cherchant a mettre en application les methodes linguistiques.

A partir des deux articles proposes, on essaiera de voir 1) quelles sont les informations que peut apporter un dictionnaire, et comment elles varient d'un ouvrage a l'autre, 2) comment sont resentes les sens du mot dans les deux ouvrages.

1. Les informations contenues dans un article

Certaines figurent dans tous les dictionnaires, quels que soient leur format et leur conception: par exemple l'orthographe du mot, sa categorie grammaticale, son genre.

D'autres figuent a la fois dans le PR et le DFC, mais pas necessairement dans tous les dictionnaires: par exemple les synonymes ou les antonymes du mot, les locutions dans lesquelles il fonctionne.

Le PR donne des informations qui ne figurent pas dans le DFC. Par exemple la date d'apparition du mot dans la langue, et son etymologie. Si le DFC ne comporte pas d'indication la-dessus, c'est que ses auteurs ont exclu par principe toute dimension historique: le DFC decrit le lexique tel qu'il se presente dans l'etat actuel de la langue (c'est ce qu'on appelle une description synchronique, par opposition a une description diachronique).

Le DFC regoupe les mots de la meme famille morphologique, ce que ne fait pas le PR. Par exemple, a l'article voile, on trouve voilage, voilette, voiler, etc. Ces mots, dansle PR, se trouvent a leur "place alphabetique", et font l'objet d'un article separe. Par cette presentation, qui rompt avec l'ordre alphabetique traditionnel, bien evidemment arbitraire, le DFC vise une description plus systematique et plus motivee du lexique: le regroupeent morphologique fait apparaitre les relations formelles et semantiques qui existent entre les mots.

2. La definition des sens des mots

L'objectif essentiel d'un article de dictionnaire, dont on n'a pas encore parle, c'est evidemment d'expliquer le sens du mot, donc de formuler une definition. On va voir que sur ce plan-la egalement, des differences importantes se manifestent.

La plupart des mots, comme voile, sont polysemiques, c'est-a-dire ont plusieurs sens. Parmi ces differents sens, certains sont sans rapport et d'autrs sont tres proches. Tous les dictionnaires organisent leurs articles en rubriques differentes regroupant les sens proches.

Un premier regroupement, observable pour voile, consiste a distinguer plusieurs mots homonymes, c'est-a-dire meme forme mais sans rapport semantique. Une divergence interessante apparait sur ce point entre nos deux dictionnaires: la ou le PR compte deux mots, le DFC en compte cinq. Cela prouve deja que la notion de mot, qui nous semble intuitivement familiere et evidente, ne va pas de soi. La reconnaissance des unites lexicales d'une langue est fondee sur des choi determines par les presupposes theoriques du descripteur.

Questions:

1. Comment on decrit une langue dans les grammaires et les dictionnaires?

2. Quel est le but des dictionnaires?

3. Quel est le role des exemples dans les dictionnaires?

4. Quels sont les renseignements qu'on trouve dans les dictionnaires?

5. Est-ce que tous les dictionnaires donnent la meme image du francais?

6. En fonction de quoi les dictionnaires, donnent - ils des descriptions proposees?

7. Pourquoi a-t-on choisi le Petit Robert et le DFC pour illustrer des renseignements et non pas d'autres?

Bibliographie

1. Collignon et M. Glatigny. Les Dictionnaires. Introduction a la lexicographie. - P., 1978.

2. Rey, A. Presentation du dictionnaire Petit Robert / A. Rey.

3. Dictionnaire du francais contemporain / J.Dubois [et al.]. - P., 1967.

Travaux pratiques

Devoirs

1. Redigez une fiche lexicologique

a. A partir de l'article du dictionnaire Le Petit Robert, redigez une fiche sur le mot comique, en donnant les renseignements suivant: 1.Date d'appaartion du mot en francais; 2. Etymologie, 3. Classes grammaticales du mot; 4. Domaines d'emploi; 5. Classement des sens selon les differents domaines (definitons, synonymes, antonymes); 6. Extension du sens (valeur la plus large du mot).

b. Voici, pour un meme mot, deux defnintions tirees de dictionnaires differents mais contemporains; a partir de ces informations, redigez une definition personnelle mais objective que vous illustrerez d'exemples inventes ou tires de vos lectures; vous indiquerez dans ce dernier cas le nom de l'oeuvre citee et de son auteur.

BLOUSE (bluz) n. F. (1788; o. I., mot germ.) 1. Vetement de travail que l'on met par-dessus les autres pour les proteger. V. Bourgeron, sarrau, tablier. Au XIX s., les ouvriers etaient vetus de blouses. Blouse de paysan. Blouse blanche de chirurgien. 2. Par ext. Chemisier de femme, large du bas, prte vague ou serre dans une ceinture. V. Chemisier, corsage. Blouse de soie. HOM. Blues Le Petit Robert

BLOUSE (bluz) n. f. Vetement de dessus, en toile ou en cotonnade, large et flottant. / Corsage leger. Le Petit Larousse illustre

2. Comparez les deux definitions ci-dessus de maniere a noter les points communs et les differences. Quel est celui des deux dictionnaires qui procede par analogie?

3. Les mots "vieillissent" et changent alors de sens; ainsi, le verbe devisager, a signifie "defigurer, dechirer le visage" ("... ces prudes sauvages / dont l'honneur est armee de griffes et de dents / Et veut au moindre mot devisager les gens", Moliere, Tartuffe) avant de prendre son sens actuel de "regarder au visage, avec insista nce ou effronterie"; pouvez-vous citer des temes qui ont connu la meme evolution? Aidez-vous du dictionnaire Le Petit Robert.

4. Le Petit Robert donne le tableau de nombreux signes et abreviations. En voici quelques unes. Que signifient-elles?

Adv., arg., cf., d'apr., dial., fam., hom., ibid., id., litt., par anal., pej., pop., pref., prov., rad., suff., vx.

5. Reperez dans le Petit Robert plusieurs sens au mot baroque. Indiquez plusieurs domaines d'emploi de cette notion.

6. Trouvez dans le Petit Robert un antonyme pour chacun des mots suivants: dissonance, fecondite, contraste, bizarrerie, disconrdance, mouvement.

7. Le mot anthropophage est d'origine savante. Comment est-il forme? Trouvez dans le dictionnaire dix mots formes avec anthropo- et definissez-les brievement.

Faites le meme travail sur cinq mots formes avec -phage.

Devoirs 1. Quel est le type de dictionnaire ou l'on peut trouver des renseignements sur les phraseologismes?

2. Lisez la preface du dictionnaire russe-francais de Matousevitch et faites un commentaire.

3. Prouvez que le dictionnaire russe-francais de Scherba La une valeur scientifique et pratique.

4. Caracterisez la structure d'un article du dictionnaire de Ganchina.

5. Parlez des principes bases dans le dictionnaire Petit Robert.

6. Quels sont les buts des dictionnaires encyclopediques?

7. Donnez la description de l'article "air" dans le Petit Robert.

Les instruments de travail

Toute personne qui se pose une question sur la langue dispose d'ouvrages susceptibles de la renseigner: les dictionnaires et les grammaires. Ces livres font partie de notre experience de la langue et sont familiers a chacun depuis le debut de sa scolarite. Grammaires et dictionnaires existent depuis des siecles et sont les premieres manifestations d'une reflexion sur la langue qui n'a pas attendu la linguistique pour s'exercer. La consultation de ces ouvrages n'exige aucune connaissance theorique prealable, contrairement a la lecture d'une description linguistique de la syntaxe ou du lexique d'une langue; c'est pour cette raison qu'on les propose ici comme instruments de travail, invitant l'apprenti linguiste a se familiariser avec leur manipulation.

Grammaires et dictionnaires ont un point commun: ce sont des ouvrages de consultation et non des traites speculatifs sur le vocabulaire. On y a recours quend on s'interroge sur un point precis (par exemple: que signifie exactement tel mot?). Dans les dictionnaires, le reperage est facile, grace a l'ordre alphabetique.

Les deux types d'ouvrages comportent egalement toujours une preface, dans laquelle les auteurs s'expliquent sur la facon dont ils ont concu leur livre, la terminologie et les abreviations employees. Il est important delire ces preliminaires, qui constituent le "mode d'emploi" de l'ouvrage.

Grammaires et dictionnaires sont complementaires. Un dictionnaire fournit un inventaire des unites lexicales d'une langue. Les dictionnaires comportent tres souvent des informations sur la construction des mots. Tout article indique par exemple la categorie grammaticale du mot defini (nom, verbe) et, pour un mot susceptible d'appartenir a plusieurs categories, les definitions sont regroupees en rubriques distinctes.

On peut donc trouver dans un dictionnaire des renseignements sur la combinaison des unites lexicales, sans compter les renseignements implicitement fournis par les exemples qui illustrent chaque definition.

On aura donce recours a un dictionnaire ou a une grammaire selon le type d'information qu'on cherche.

Il existe des ouvrages qui developpent longuement une reflexion sur les differents types de dictionnaires. Je me contenterai d'un exemple: les articles consacres au mot voile dans deux dictionnaires couramment utilises aujourd'hui: le Petit Robert et le Dictionnaire du francais contemporain. Ces deux dictionnaires ont ete choisis d'une part parce qu'ils sont comparables: sortis la meme annee, ils ont a peu pres le meme volume et s'adressent sensiblement au meme public. D'autre part, ils sont tres differents dans leur conception, l'un (PR) prenant le relais a la lexicographie traditionnelle, l'autre (DFC) cherchant a mettre en application les methodes linguistiques.

A partir des deux articles proposes, on essaiera de voir 1) quelles sont les informations que peut apporter un dictionnaire, et comment elles varient d'un ouvrage a l'autre, 2) comment sont resentes les sens du mot dans les deux ouvrages.

1. Les informations contenues dans un article

Certaines figurent dans tous les dictionnaires, quels que soient leur format et leur conception: par exemple l'orthographe du mot, sa categorie grammaticale, son genre.

D'autres figuent a la fois dans le PR et le DFC, mais pas necessairement dans tous les dictionnaires: par exemple les synonymes ou les antonymes du mot, les locutions dans lesquelles il fonctionne.

Le PR donne des informations qui ne figurent pas dans le DFC. Par exemple la date d'apparition du mot dans la langue, et son etymologie. Si le DFC ne comporte pas d'indication la-dessus, c'est que ses auteurs ont exclu par principe toute dimension historique: le DFC decrit le lexique tel qu'il se presente dans l'etat actuel de la langue (c'est ce qu'on appelle une description synchronique, par opposition a une description diachronique).

Le DFC regoupe les mots de la meme famille morphologique, ce que ne fait pas le PR. Par exemple, a l'article voile, on trouve voilage, voilette, voiler, etc. Ces mots, dansle PR, se trouvent a leur "place alphabetique", et font l'objet d'un article separe. Par cette presentation, qui rompt avec l'ordre alphabetique traditionnel, bien evidemment arbitraire, le DFC vise une description plus systematique et plus motivee du lexique: le regroupeent morphologique fait apparaitre les relations formelles et semantiques qui existent entre les mots.

2. La definition des sens des mots

L'objectif essentiel d'un article de dictionnaire, dont on n'a pas encore parle, c'est evidemment d'expliquer le sens du mot, donc de formuler une definition. On va voir que sur ce plan-la egalement, des differences importantes se manifestent.

La plupart des mots, comme voile, sont polysemiques, c'est-a-dire ont plusieurs sens. Parmi ces differents sens, certains sont sans rapport et d'autrs sont tres proches. Tous les dictionnaires organisent leurs articles en rubriques differentes regroupant les sens proches.

Un premier regroupement, observable pour voile, consiste a distinguer plusieurs mots homonymes, c'est-a-dire meme forme mais sans rapport semantique. Une divergence interessante apparait sur ce point entre nos deux dictionnaires: la ou le PR compte deux mots, le DFC en compte cinq. Cela prouve deja que la notion de mot, qui nous semble intuitivement familiere et evidente, ne va pas de soi. La reconnaissance des unites lexicales d'une langue est fondee sur des choi determines par les presupposes theoriques du descripteur.

Questions:

1. Comment on decrit une langue dans les grammaires et les dictionnaires?

2. Quel est le but des dictionnaires?

3. Quel est le role des exemples dans les dictionnaires?

4. Quels sont les renseignements qu'on trouve dans les dictionnaires?

5. Est-ce que tous les dictionnaires donnent la meme image du francais?

6. En fonction de quoi les dictionnaires, donnent - ils des descriptions proposees?

7. Pourquoi a-t-on choisi le Petit Robert et le DFC pour illustrer des renseignements et non pas d'autres?

Bibliographie

1. Collignon et M. Glatigny. Les Dictionnaires. Introduction a la lexicographie. - P., 1978.

2. Rey, A. Presentation du dictionnaire Petit Robert / A. Rey.

3. Dictionnaire du francais contemporain / J.Dubois [et al.]. - P., 1967.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaissances

1.1. Definir

Lacune - bilingue - monolingue - catalogue - graphmeme - nomenclature - article - encyclopedie - entree - metalangue

1.2. Repondre brievement

1. Comment est presente le vocabulaire dans le dictionnaire?

2. Quels renseignements peut-on trouver en tete du dictionnaire?

3. A combien de mots se situe le vocabulaire de l'usager moyennement cultive? Et la maitrise du vocabulaire?

4. Quel est l'objet des dictionnaires?

5. Quels types de nomenclature peut-on distinguer dans les dictionnaires generaux?

1.3. Faire le point sur

1. La nomenclature du dictionnaire bilingue.

2. La polysemie des verbes et des noms (differences et ressemblalnces).

3. La demarcation entre une traduction scientifique et litteraire.

2. Se preparer au commentaire

Decrire et expliquer la loi fondamentale de la semantique (tout mot est remplacable par une periphrase).

3. Se preparer a la dissertation

Sujet: Place et role des dictionnaires dans la vie des usagers

Pour eclairer le sujet et la problematique ainsi que pour illustrer votre demonstration, vous vous aiderez des livres suivants:

1. Dubois J. Introduction a la lexicographie: le dictionnaire / J. Dubois, Cl. Dlubois. - P., 1970.

2. Lexis. Dictionnaire de la langue francaise. - P., 1975.

4. Pour aller plus loin

En vous aidant de la methode presentee a la page 23, realiser un dossier de quelques pages sur un dictionnaire de la langue generale. Indiquer les perspectives.

Test 1. Le dictionnaire du francais contemprain est realise par

a. Delavenay

b. J. Dubois et Rey-Debove

c. Katz J. et Fodor J.

d. J. Dubois et Cl. Dubois

2. L'objet des dictionnaires est essentiellement

a. lucratif b. pedagogique

c. scientifique

d. informamtif

3. Pour accroitre la quantite du savoir des lecteurs on realise des dictionnaires

a. generaux b. bilingues

c. plurilingues

d. encyclopediques

4. L'architecture formelle du dictionnaire est

a. composition

b. catalogue c. nomenclature

d. suite de phrases

5. Un dictionnaire de la langue usuel est

a. le dictionnaire des synonymes

b. le dictionnaire raisonne du francais

c. le dictionnaire du francais contemporain

d. le dictionaire encyclopedique

6. Pour connaitre une langue naturelle on doit connaitre

a. les regles semantiques

b. les lois structurales

c. les regles grammaticales

d. l'ensemble de tous les mots

7. L'elaboration du dictionnaire depend de

a. la competence personnelle du lexicographe

b. le corpus

c. la statistique

d. la composante semantique

8. Le dictionnaire est un texte a

a. une fonction informative

b. une fonction metalinguistique

c. une fonction referentielle

d. une fonction poetique

9. Le programme d'information du dictionnaire est porte par

a. la definition

b. le signe c.le titre

d.la chose

10. L'article de tout dictionnaire apporte des informations sur

a. l'etymologie

b. le sens fonctionnel

c. la composition graphique

d. la transcription, les traits syntaxiques, la composition

СПИСОК РЕКОМЕНДУЕМОЙ ЛИТЕРАТУРЫ

Основная

1. Веденина Л.Г. Особенности французского языка. М., 1988.

2. Виноградов ВВ. Об основных типах фразеологических единиц в русском языке // Избр.тр. Лексикология и лексико1рафия. М., 1977.

3. Гак В.Г. Сопоставительная лексикология. M., I977.

4. Гак В.Г. О современной французской неологии / В.Г. Гак // Новые слова и словари новых слов. - Л., 1978.

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6. Левит З.Н. Лексикология французского языка. М., 1979.

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13. Berline M.!., Vodneva N.P., Parfeniev V.N. Aspects lexicaux du fran3ais. Minsk, 1985.

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Дополнительная

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2. Варпахович Л.В. Лингвистика в таблицах и схемах. Мн., 2000. sj Назарян А.Г. Фразеология современного французского языка. М., 1976.

3. Степанова А.И. Преморфологические единицы французского языка. М., 1975

4. Фразеология в контексте культуры / Под ред. В.Н.Телия. М., 1999.

5. Чеснович Е.П. Хрестоматия по лексикологии французского языка. Л., 1981.

6. Шмелев Д.Н. Проблемы семантического анализа лексики. М., 1973.

7. Штейнберг Н.М. Аффиксальное словообразование в современном французском языке. Л., 1976.

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10. Mounin G. Clefs pour la linguistique. Paris, 1.971. \Mounin G. Clefs pour la semantique. Paris, 1972.

11. \^reviile Marie-Claude, Duquette Lise. Enseigner le vocabulaire en classe de langue. Paris, 1996.

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10. Dictionnaire de l'Academie francaise. 8-E ed. Paris, 1932-1935.

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246 Кб, 25 мая 2017 в 12:49 - Россия, Ростов-на-Дону, РГПУ, 2017 г., docx
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