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MODULE 4

LEXICOGRAPHIE: DICTIONNAIRES

M=EE1

EE1 LES DICTIONNAIRES

L'apprenant doit savoir:

* la structure des dictionnaires bilingues et monolingues

* les traditions d'usage des dictionnaires en france et en russie

* les definitions lexicographiques

* les types des dictionnaires

L'apprenant doit savoir faire:

* identifier la nomenclature des entrees

* reconnaitre les types de dictionnaires

* utiliser les dictionnaires

* composer des fiches lexicographiques

* trouver facilement des mots et expressions necessaires

* trouver des renvois de toutes sortes

L'apprenant sera capable de repondre aux questions sur:

* le caractere double de la lexicographie

* les types des dictionnaires

* les auteurs des dictionnaires

* l'histoire de creation des dictionnaires

* Glossaire *

* Alphabet (m) - systeme de signes graphiques (lettres) qui servent a transcrire des sons d'une langue.

* Article (m) - ecrit formant par lui-meme un tout distinct, mais faisant partie d'une publication.

* Asterisque (m) - signe en forme d'etoile qui indique un renvoi.

* Bibliographie (f) - repertoire des ecrits relatifs a un sujet donne.

* Citation (f) - passage cite d'un auteur pour illustrer ce qu'on dit.

* Definition (f) - une phrase courte destinee a recouvrir exactement et a suggerer ce qu'on appelle le sens (l'ensemble des valeurs d'emploi d'une suite de sons, de lettres).

* Dictionnaire (m) - recueil de mots ranges dans un ordre convenu.

* Encyclopedie (f) - ouvrage ou l'on traite de toutes les connaissances dans un ordre alphabetique.

* En gras - mis en relief par l'epaisseur.

* Entree (f) - les mots imprimes en gras.

* Exception (f) - ce qui est en dehors du general.

* Nomenclature (f)- ensemble de formes (mots, morphemes, expressions) repertoriese dans un dictionnaire.

* Renvoi (m) - marque invitant le lecteur a se rapporter a tel mot ou tel passage.

* Reference (f) - faits pour etre consultes.

* Sens figure - un signifie qui symbolise une chose et qui comporte le transfert semantique d'une image concrete a des relations abstraites.

* Sens propre - sens litteral.

* Terme (m) - mot ou expression d'un emploi specialise.

* Traitement (m) - procede permettant de modifier des mots, expressions.

* Typographie (f) - maniere dont un texte est imprime (caractere, mise en page).

* EE1 Les dictionnaires

* * La theorie lexicographique n'apparait comme science qu'au XXe siecle.

* La lexicographie c'est une science qui traite des principes de la composition des dictionnaires.

* L'activite feconde de nombreux lexicographes du monde entier a permis de creer plusieurs types de dictionnaires.

* Les dictionnaires unilingues ne comportent pas de traduction et donnent l'explication du sens d'un mot a l'aide d'un autre mot ou expression de la meme langue. Ils sont destines a l'usage des personnes pratiquant la langue et ayant besoin de preciser soit l'acception d'un mot, soit son aire d'emploi, son etymologie.

* Les dictionnaires bilingues donnent la traduction des mots d'une langue inconnue par les mots d'une langue connue et vice versa. Ils sont destines a l'usage des etrangers.

* Des dictionnaires du grand siecle, pour la plupart des in folio, volumineux fleurant bon le vieux papier et le cuir, aux dictionnaires de la fin du XXe siecle et du XXIe siecle, de plus en plus souvent offerts sur supports electroniques, c'est-a-dire sur "disques optiques compacts" plus couramment appeles "cederoms" (graphie pronee par l'Academie francaise), nous sommes indeniablement confrontes a la sensible evolution de fond et de forme d'un meme produit, a la fois hautement symbolique et essentiellement pragmatique. S'il y a en moyenne, selon les statistiques, plus d'un dictionnaire par foyer, et si les dictionnaires font en quelque sorte partie du mobilier et du patrimoine, il n'en reste pas moins qu'ils restent tres mal connus et dans leur diversite et dans leur histoire.

* * L'Antiquite et le Moyen Age: la genese des dictionnaires

* Qui a invente les dictionnaires et quand? Il serait en fait incongru de n'apporter qu'une seule reponse a pareille question... Faut-il par exemple considerer que la pierre de Rosette decouverte lors de la campagne d'Egypte de Bonaparte constitue la premiere trace d'un dictionnaire plurilingue?

* Sur ladite pierre figuraient en effet les memes informations transcrites en trois codes differents, les hieroglyphes, le demotique et le grec. Mais si la confrontation des hieroglyphes a permis en 1822 a Champollion de percer leur mystere, il ne serait pas tres convaincant d'assimiler cette trace de plurilinguisme a un dictionnaire trilingue. Pas plus que de mentionner l'existence de dictionnaires chez les Grecs en evoquant les recueils de mots rares appartenant a un dialecte ou a un ecrivain, par exemple Homere. En verite, les conditions ne sont pas remplies pour faire aboutir le genre lexicographique. Meme si le dictionnaire monolingue va prendre souche dans les repertoires plurilingues, qu'il s'agisse de l'Antiquite ou du Moyen Age, les mots sont encore prisonniers des conceptions metaphysiques: on ne s'interesse pas pleinement au langage pour lui-meme mais a son essence divine. Ainsi, les Sommes du Moyen Age, correspondent a des resumes des connaissances de l'epoque - par exemple la Summa theologica de saint Thomas d'Aquin (1225 - 1273) - mais ne decrivent pas les mots. Y sont seulement transmis les concepts et les savoirs de l'epoque, fortement teintes d'interpretation metaphysique. Les Etymologies (Etymologiae) d'Isidore de Seville (570 - 636), l'un des ouvrages fondateurs de la pensee medievale, restent en realite totalement impregnees d'une pensee religieuse qui ne laisse presque aucune place aux considerations sur la langue.

* * Du Moyen Age a la Renaissance: des gloses aux dictionnaires bilingues

* Le dictionnaire est un outil destine a resoudre les questions que l'on se pose sur les mots, il represente d'une certaine maniere notre premier outil didactique. Il ne serait pas totalement faux d'affirmer qu'il est ne des difficultes rencontrees par les eleves. En effet, les gloses - c'est-a-dire les remarques explicatives ajoutees brievement en marge ou entre les lignes, destinees a commenter dans les ouvrages de grammaire latine ou d'enseignement du latin les passages difficiles - sont instaurees pour aider les clercs qui ne maitrisent pas parfaitement le latin. Lorsque les gloses sont regroupees, on aboutit a un glossaire, le plus celebre etant celui de Reichenau (VIIIe siecle) qui rassemblait un peu plus d'un millier de mots difficiles d'une vulgate de la Bible, avec leur traduction en un latin plus facile ou en langue romane. Le dictionnaire bilingue, et a terme le dictionnaire monolingue, sont deja la en germes. En verite, traduire puis expliquer en ajoutant un commentaire lorsque la traduction se revele insuffisante, c'est deja forger les premieres definitions.

* Avec la Renaissance et le gout des voyages formateurs au sein de l'Europe naissent des dictionnaires plurilingues, le plus celebre d'entre eux restant sans aucun doute le Dictionarum ou Dictionnaire polyglotte de l'erudit italien Ambrogio Calepin (v. 1440 - 1510). Cet ouvrage d'abord consacre en 1502 aux seules langues latine, italienne et francaise comptera dans ses dernieres editions plus de dix langues mises en parallele. On designait deja ce type d'ouvrage par le nom de son auteur, le Calepin, comme plus tard le Littre, le Larousse, le Robert.

* Mais des le XVIIe siecle, le "calepin" s'assimile a un recueil de notes pour bientot devenir le "petit carnet" glisse dans une poche, singuliere reduction de l'in-folio originel. Au XVIe siecle, la langue francaise est encore une langue fluente, elle reste tres mouvante, meme si les poetes de la Pleiade, Du Bellay en tete, s'emploient a la valoriser et a lui donner un statut litteraire indiscutable avec, notamment, la Defense et illustration de la langue francaise publiee en 1549.

* Dix ans auparavant, Francois 1er avait impose par l'edit de Villers-Cotterets la langue francaise, celle du Nord, comme langue administrative, le latin n'etait plus des lors la langue ecrite preponderante. Et les langues d'oc perdaient par la meme toute legitimite. Paraissait a la meme date, 1539, le tout premier dictionnaire ou les mots francais venaient en premier dans la nomenclature, avec leur traduction en latin suivie parfois de quelques explications en francais: le Dictionnaire francois-latin contenant les motz et manieres de parler francois tournez en latin.

* * Robert Estienne.

* En 1531, l'imprimeur erudit avait publie le Dictionarium seu Linguae latinae thesaurus, dictionnaire latin-francais, et il eut l'idee en 1539 de l'inverser, en presentant en premier les mots francais. Le premier dictionnaire francais, ou plus precisement francais-latin, etait ne, le processus conduisant au dictionnaire monolingue francais-francais etait amorce. Pour l'heure, le mot francais est suivi du mot latin, auquel s'ajoute parfois des explications en francais, mais il suffira de faire disparaitre le latin en ne gardant que les mots francais pour beneficier d'un dictionnaire de mots francais suivis de definitions dans la meme langue. Jean Nicot (1530 - 1600) participera a la reedition de ce dictionnaire en 1573, puis sera publie a titre posthume, en 1606, le Thresor de la langue francoise tant ancienne que moderne (1 vol., in-folio), une reprise amelioree du dictionnaire de Robert Estienne, offrant une plus grande place aux definitions. Qu'un dictionnaire nouveau s'inspire plus ou moins largement des precedents, voila qui est une constante inevitable dans ce genre "litteraire". A y bien reflechir, on pourrait d'ailleurs s'interroger sur l'avantage qu'il y a a transformer une definition parfaite pour eviter l'accusation de plagiat. La langue n'appartient a personne, mais cependant une definition de dictionnaire reste la propriete de l'editeur. Il faudrait pouvoir citer la definition du concurrent...

* Le XVIIe siecle: le grand siecle et la naissance d'une trinite lexicographique. Le grand siecle est celui des monarques absolus, et avec eux de la codification et de la regulation. Henri IV, Louis XIII et Louis XIV vont chacun a leur maniere servir la langue francaise et l'instituer comme une grande langue internationale. Le bon roi Henri IV, sans le vouloir, incitera les "precieux" a se reunir dans des salons eloignes de la cour, trop rustre a leur gout, mais ce faisant, meme si l'on a surtout retenu le ridicule des periphrases (les "belles mouvantes", les "chers souffrants"... pour les pieds et les mains), ces derniers ainsi que Malherbe vont affiner la langue, l'epurer, peut-etre trop pretendront d'aucuns. Sous Louis XIII, Richelieu fondera en 1635 l'Academie francaise, et Louis XIV rassemblera autour de lui, a Versailles, les ecrivains qui poliront la langue et lui donneront cette tonalite classique et ce prestige litteraire international. Apres le foisonnement lexical de la Renaissance, le Grand siecle represente une periode de remise en ordre : Malherbe, au nom de la purete, Vaugelas, au nom de l'usage, se chargent de normaliser la langue, avec l'aval du public. Constatons au passage que lorsqu'un pays beneficie d'une langue et d'un gouvernement forts, apparaissent generalement des repertoires monolingues qui donnent aux mots du code linguistique national leur sens precis, ce qui renforce la validite des textes officiels. Au public de Corneille, Racine, Moliere, aux contemporains instruits, bourgeois et nobles, correspondent a la fin du siecle trois dictionnaires de facture differente qui marquent la reelle naissance de la lexicographie de haute qualite: le dictionnaire de Richelet en 1680, celui de Furetiere en 1690, et celui de l'Academie en 1694. Tout d'abord, Pierre Richelet (1631 - 1694) publie en 1680 le premier dictionnaire monolingue de langue francaise, le Dictionnaire francais contenant les mots et les choses, dictionnaire destine a "l'honnete homme". Il y definit les mots en homme de gout et de raison, volontiers puriste. Il s'agit d'un dictionnaire descriptif du bel usage, avec des exemples choisis dans l'?uvre de Boileau, Moliere, Pascal, Vaugelas, sans oublier les collaborateurs de Richelet, Patin et Bouhours qui n'hesitent pas a se citer, un bon moyen de passer a la posterite... Ce dictionnaire prefigure l'ouvrage de Littre et de Paul Robert: le grand dictionnaire de langue s'appuyant sur des citations d'auteurs est ne. Ensuite Antoine Furetiere (1620 - 1688), esprit vif et volontiers railleur, est l'auteur du Dictionnaire Universel, contenant generalement tous les mots francois tant vieux que modernes et les termes de toutes les Sciences et des Arts .; in-folio). Ce n'est plus cette fois-ci le "bon usage" qui est mis en relief mais, comme il est annonce dans la preface, "une infinite de choses". Les traits d'Histoire, les curiosites de "l'histoire naturelle, de la physique experimentale et de la pratique des Arts" l'emportent sur la citation des bons auteurs. Furetiere prefigure Pierre Larousse et le dictionnaire encyclopedique, ce dernier etant davantage centre sur les idees et les choses decrites par les mots que sur l'usage du mot dans la langue. Enfin, parait en 1694 la premiere edition du Dictionnaire de l'Academie francaise se trouve ainsi accomplie l'une des taches que s'etait fixee l'Academie des 1635 sous l'?il attentif de Richelieu. Ce dernier souhaitait vivement en effet que la France se dotat d'un dictionnaire a l'image de celui de l'Academie della Crusca fondee a Florence, dictionnaire illustrant la langue italienne dans une premiere edition en 1612 et une seconde en 1623. Certes, la publication du dictionnaire de l'Academie, fort attendue, etait bien tardive, mais a tout prendre, ce fut une chance pour la lexicographie, puisque le monopole du dictionnaire de l'Academie n'avait pu etre conserve. En effet, publies a Geneve et en Hollande, mais destines a tous les usagers de la langue francaise, les dictionnaires de Richelet et de Furetiere avaient deja eu l'heur de plaire au Roi. Une saine concurrence etait desormais installee. Le dictionnaire de l'Academie avait pati, d'une part, de la mort en 1653 de son redacteur talentueux, Vaugelas, et, d'autre part, d'un changement d'etat de langue apres ce premier elan, une reprise s'etait donc revelee necessaire a la fin du XVIIe siecle. Sans oublier le conflit qui opposa Furetiere, academicien accuse d'avoir plagie le dictionnaire de l'Academie pour alimenter son propre dictionnaire. S'il est vrai que la formule initiale du dictionnaire de Furetiere ne devait comprendre que des mots scientifiques, techniques, et que d'une certaine facon, en y introduisant les mots d'usage courant, il "doublait" l'Academie, la teneur meme de ces articles etait cependant bien differente. La premiere edition du dictionnaire de l'Academie n'eut pas le succes escompte parce que les mots y etaient regroupes en fonction des racines, et le public n'appreciait guere ce classement qui rassemblait des mots comme dette, debiter, redevance sous l'entree devoir. Cela etant, c'etait une initiative pertinente sur le plan linguistique, trois siecles plus tard tous les linguistes salueraient Josette Rey-Debove pour avoir elabore leDictionnaire methodique (1982) dans une dynamique analogue. Disons-le tout de suite, si le premier dictionnaire de l'Academie n'etait pas parfait et si l'ordre alphabetique redevint la regle des la seconde edition, en 1718, l'Academie a fait d'excellents dictionnaires, et on peut citer entre autres editions la quatrieme (1762), la sixieme (1835) et sans aucun doute la neuvieme en cours (1992). Le dictionnaire de l'Academie, par le choix d'une description de l'usage contemporain et par le refus des citations au profit de l'elaboration d'exemples, se revelait en fait moderne avant la lettre, presque saussurien, et prefigurait le Dictionnaire francais contemporain de 1967 ou le Micro-Robert. Concernant l'aventure exceptionnelle a l'echelle internationale des dictionnaires de l'Academie francaise, un ouvrage est paru en 1997 aux editions Champion Slatkine, dirige par Bernard Quemada et intituleLes Prefaces du Dictionnaire de l'Academie francaise (1694 - 1992). On y redecouvre combien l'Academie, en gardant les memes criteres - la description de l'usage en synchronie et une nomenclature n'englobant pas les vocabulaires techniques - a su rendre compte de l'evolution de la langue et des debats linguistiques qui ont jalonne l'histoire de la langue et des pratiques lexicographiques. De quoi ne pas ceder a la tentation facile d'une critique systematique d'un dictionnaire qui, en definitive, est concu sans souci de commercialisation, de maniere desinteressee, par une assemblee representative et eclectique elue. Faut-il signaler qu'il est parfois fait appel au vote des academiciens pour se prononcer sur tel ou tel choix lexicographique ou pour revoir la copie qui ne donne pas complete satisfaction? La procedure ne manque pas de panache et releve d'une symbolique toute democratique qui inspire le respect. On ne s'etonnera donc pas qu'un tres grand projet d'informatisation des differentes editions du Dictionnaire de l'Academie francaise soit en cours; celui-ci, dirige par Isabelle Leroy-Turcan (Universite de Lyon II) et Terence Russon Wooldridge (Universite de Toronto), avec deja un site informatique, permettra en effet de mieux etudier et de mieux suivre l'evolution de la langue francaise d'edition en edition, a la plus grande satisfaction des historiens, des linguistes et de tous ceux que l'histoire de notre langue passionne.

* Avec la parution fondatrice du Richelet, du Furetiere et de la premiere edition du Dictionnaire de l'Academie, pouvait de fait commencer la grande aventure lexicographique et dictionnairique francaise.

* Le XVIIIe siecle: le siecle de l'encyclopedie. La premiere tache des lexicographes du XVIIIe siecle fut d'abord de perfectionner les ouvrages existants. En particulier, revint aux Jesuites de Trevoux le merite de poursuivre la tache entreprise par Furetiere; en effet des 1704, les Peres Jesuites de cette petite ville situee sur la Saone dans les Dombes publierent un dictionnaire encyclopedique, le Dictionnaire Universel francois et latin, en enrichissant et en corrigeant ideologiquement la seconde edition du dictionnaire de Furetiere, qui avait ete reprise en 1702 par le protestant Basnage de Beauval, ce qui n'etait evidemment pas du gout des Peres Jesuites. Ce furent d'abord trois volumes in-folio qui furent offerts en 1704, puis cinq en 1732, et huit en 1771. Fournir une information soutenue et combattre un certain nombre d'idees, tel etait l'objectif. Et sur ce dernier point les Jesuites avaient fort a faire, puisque les jansenistes d'abord, les philosophes ensuite, leur portaient de rudes coups. Par ailleurs, les differents dictionnaires de l'Academie apportaient leur lot de reformes utiles, simplifiant l'orthographe, en particulier dans la troisieme edition (1740) avec l'Abbe d'Olivet. Il faut enfin signaler a la veille de la Revolution, en 1788, la publication du Dictionaire critique de la langue francaise, avec un seul n, de l'Abbe Feraud, ouvrage qui connut peu de succes mais qui presente sans doute l'image la plus interessante de la langue du moment, avec des points de vue critiques et la mention de la prononciation. Ce dictionnaire qui a influence les lexicographes du XIXe siecle meritait bien la reedition qui vient d'en etre faite depuis peu par les Presses de l'Ecole Normale superieure, sous la direction de Philippe Caron. Et, c'est le sort heureux des ouvrages majeurs, il fait actuellement l'objet d'une informatisation pour etre sans doute bientot publie sur cederom. Cependant, l'?uvre indissociable du XVIIIesiecle et la plus novatrice reste bien l'Encyclopedie ou le Dictionnaire raisonne des sciences, des arts et des metiers (35 vol. in-folio, en 1777) de Diderot et D'Alembert. Lorsque l'editeur Le Breton s'adresse a Diderot pour traduire laCyclopedia d'Ephraim Chambers, franc succes outre-Manche, on est encore loin d'imaginer le succes prodigieux de l'entreprise qui, sous l'impulsion de Diderot, alors peu connu, et de D'Alembert, deja elu a 24 ans a l'Academie des sciences, prendra rapidement une complete autonomie par rapport aux deux volumes de Chambers. Qu'on en juge sur pieces : trente ans plus tard, en 1777, ce sont trente-cinq volumes dont dix-sept de textes, cinq de supplements, deux de Tables analytiques et onze de planches qui sont offerts aux lecteurs. Au-dela de la somme considerable de renseignements apportes, l'Encyclopedie constituait un support privilegie pour diffuser les points de vue des philosophes, et elle eut comme chacun sait une influence tres sensible sur les contemporains.

* Par ses longs developpements sur les questions scientifiques, sur les machines et les techniques, l'Encyclopedie s'avere pleinement representative du Siecle des lumieres. Elle fut egalement, avant 1789, l'affaire la plus lucrative de l'edition. Si l'on en croit Voltaire, elle fit vivre pendant plus de vingt-cinq ans plus de mille ouvriers, papetiers, imprimeurs, relieurs et graveurs. L'Encyclopedie, de par sa conception, est par ailleurs a l'origine de nos modernes encyclopedies. Si le dictionnaire de langue privilegie la description de l'usage du mot dans la langue, et le dictionnaire encyclopedique la description de la chose ou de l'idee representees par le mot, l'encyclopedie n'enregistre pas vraiment des mots mais des themes, l'objectif etant d'offrir de pertinentes syntheses sur les connaissances acquises. Par exemple, si le mot "escargot" est necessairement mentionne dans la nomenclature d'un dictionnaire de langue ou d'un dictionnaire encyclopedique, avec un article lui faisant suite, une encyclopedie peut tres bien ne pas y faire correspondre un article, mais renvoyer au mot "gasteropode" ou il sera question entre autres de l'escargot. La premiere moitie du XIXe siecle: les accumulateurs de mots. La Revolution francaise ne fut pas seulement politique, elle fut aussi linguistique. A la societe nee de la Revolution a correspondu en effet un lexique plus large. Au-dela des mots issus des diverses reformes, par exemple celle du systeme metrique, des mots nouveaux se repandirent dans le commerce. Les anglicismes commencerent a s'incruster dans notre langue, en particulier dans les domaines techniques ou l'Angleterre disposait d'une revolution industrielle d'avance. Par ailleurs, la vague montante des romantiques fit deferler dans la litterature un vocabulaire abondant et colore. Le melange des mots de basse ou noble extraction, archaiques, classiques ou nouveaux, n'est plus un obstacle: les barrieres volent en eclats sous la poussee de ces ecrivains chevelus qui rompent avec la tradition. Et necessairement, ce sang neuf allait generer un nouveau mouvement lexicographique. De cette periode de creation lexicale, nous retiendrons notamment quelques dictionnaires reputes pour constituer avant tout des "accumulateurs" de mots, c'est-a-dire que, negligeant plus ou moins la definition et la precision dans l'information, ils se caracterisent d'abord par des nomenclatures plethoriques.

* L'ouvrage de Boiste en 1800, Le Dictionnaire Universel de la langue francaise, repris en 1829 avec le sous-titre dePan-lexique par Charles Nodier, celui de Napoleon Landais en 1834, et enfin celui de Bescherelle en 1845, illustrent tout a fait cette tendance a ouvrir les nomenclatures au plus grand nombre de mots, sans pour autant etre tres pertinents quant aux definitions.

* Les titres sont d'ailleurs revelateurs d'une surenchere qui se situe davantage sur la quantite que sur la qualite. Napoleon Landais intitule sans hesiter son ouvrage Dictionnaire general et grammatical des dictionnaires; quant a L. N. Bescherelle, il choisit d'appeler le sien tout simplement Dictionnaire national ou Grand Dictionnaire critique de la langue francaise embrassant avec l'universalite des mots francais l'universalite des connaissances humaines, donnant ainsi d'emblee a son ouvrage le statut d'un veritable monument. Toute differente est cependant la sixieme edition duDictionnaire de l'Academie, remarquablement prefacee par A. F. Villemain, a l'epoque la plus haute autorite universitaire et academique de France. La cinquieme edition (1798) a laquelle D'Alembert et Marmontel avaient beaucoup contribue, n'avait pas ete reconnue par l'Academie, l'Academie ayant ete supprimee en 1793 et l'ouvrage publie sans son aval avec un "discours preliminaire" de tonalite revolutionnaire, et surtout un Supplement consacre aux "mots de la revolution", 300 environ repartis sur 12 pages. La sixieme emporte au contraire unanimement l'adhesion, eclipsant meme aux yeux des la septieme edition, harmonieuse et accueillante pour les mots nouveaux, publiee en 1878 sous la responsabilite de Silvestre de Sacy.

* La seconde moitie du XIXe siecle: la linguistique historique Littre (1801 - 1881) et Larousse (1817 - 1875).

* Des 1804, avec entre autres les publications de Franz Bopp, commencait l'aventure de la linguistique historique qui rapprochait les langues europeennes du sanscrit, d'ou la decouverte progressive de la famille des langues indo-europeennes, expliquant les parentes entre des langues apparemment aussi eloignees que le latin, l'allemand et le grec. Mais c'est surtout au cours de la seconde moitie du XIXe siecle que s'installent en France les recherches etymologiques avec l'etablissement des regles de phonetique historique. Ajoutons a cela l'influence decisive d'Auguste Comte qui publie entre 1830 et 1842 le Cours de philosophie positive. Fondee sur l'observation, l'etude positive des faits, et donc implicitement sur la recherche des causes historiques, cette philosophie s'adaptait parfaitement aux aspirations d'une nouvelle generation desormais plus sensible aux realites scientifiques qu'aux reveries enthousiastes. Larousse et Littre en seront de fervents adeptes, et tous deux s'inscrivent sans hesiter dans le courant de la linguistique historique et comparative. Littre naquit le 1er fevrier 1801 a Paris, avec pour premier prenom Maximilien, prenom donne par son pere en souvenir de Robespierre l'Incorruptible... L'enfant prometteur, entre une mere protestante et un pere disciple de Voltaire, ne fut point baptise, ce qui fit couler beaucoup d'encre lorsqu'il devint celebre. Brillant eleve, il se destine a la medecine, mais le medecin se metamorphose petit a petit en erudit en publiant notamment une traduction critique des ?uvres d'Hippocrate. En 1840 lui est alors proposee une chaire d'Histoire medicale qu'il refuse, ne souhaitant guere le contact avec le public. Emile Littre avait forme le projet des 1841 de rediger un dictionnaire etymologique qui serait publie chez son camarade de classe, Christophe Hachette, deja devenu un editeur eclaire. En fait, ce premier projet n'aboutira pas, il faut attendre 1859 pour que les premiers textes du Dictionnaire de la langue francaise soient remis a Hachette, et 1872 pour que ce dictionnaire en quatre volumes qui fait une large part a l'histoire du mot soit acheve. Un Supplement publie en 1877 couronne l'ensemble. Le dictionnaire de la langue francaise eut un franc succes aupres du public cultive qui trouvait dans cet ouvrage une somme d'informations jusque-la inegalee quant a l'etymologie et a la filiation historique des sens d'un mot, le tout cautionne par de grands auteurs. Aussi prit-on rapidement l'habitude d'evoquer "le Littre" avec deference, comme une autorite; il devint meme l'instrument indispensable de toute recherche serieuse en langue francaise. Son prestige ne diminua guere au fil des annees, ainsi, jusqu'a la publication du Dictionnaire de Paul Robert, presque un siecle apres, Littre fut le plus souvent considere comme la seule veritable reference des lettres. Alain Rey, dans un ouvrage explicite sur le lexicographe et son ?uvre, met eloquemment en relief comment s'est installee la notoriete d'un dictionnaire qui, n'etant plus reedite, est devenu tout au long de la premiere moitie du XIXe siecle un ouvrage mythique. En fait, le dictionnaire de Littre etait fonde sur l'idee darwinienne que la langue est un organisme qui connait d'abord une croissance, et qui, en atteignant son apogee, commence a decliner. Pour Littre, comme pour nombre de linguistes de la fin du XIXe siecle, l'apogee se situait au XVIIe siecle. Aussi, son dictionnaire enregistre-t-il principalement la langue francaise comprise entre le XVIIe siecle et le debut du XIXe. Les citations presentees ne sont jamais posterieures a 1830. E. Zola et la majeure partie de l'?uvre de V. Hugo n'y figurent pas. Ajoutons a cet handicap que la conception des articles, avec parfois 40 sens qui se succedent selon une filiation que Littre souhaite avant tout historique, positiviste, est loin d'etre clarificatrice. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage reste jusqu'a celui de Paul Robert d'une richesse foisonnante et meritait pleinement toute sa notoriete.

* Pierre Larousse est ne en 1817 dans le village de Toucy en Bourgogne ou il est eleve entre la forge de son pere et l'auberge tenue par sa mere. Son appetit de savoir et sa boulimie de lecture lui ouvrent sans tarder les portes de l'Ecole normale de Versailles. Apres un rapide retour au village natal, ou il exerce en tant qu'instituteur et directeur de l'ecole dont il avait ete l'eleve, il repart a Paris ou il mange "la soupe a l'oignon", selon son propre aveu et, surtout, frequente avec ardeur les bibliotheques et les amphitheatres. Il publie alors les premiers ouvrages destines a l'enseignement de la langue, fondant en 1852 la librairie, la maison d'edition qui porte toujours son nom.

* On retiendra qu'en 1856 parait le Nouveau dictionnaire de la langue francaise, dictionnaire de petite taille et destine notamment a un public scolaire, l'ouvrage connait un succes considerable. Ce sera l'ancetre lointain du Petit Larousse illustre dont la premiere edition est de 1906 et que l'on doit a ses successeurs. Mais ce petit dictionnaire de 714 pages, avec deja les celebres locutions latines, donne vite l'idee a P. Larousse d'une ?uvre de plus grande envergure. C'est le moins que l'on puisse dire puisque, de 1865 a 1876, ce sont quinze gros volumes in-quarto, auxquels s'ajouteront a partir de 1878 deux supplements, qui seront publies sous le titre de Grand dictionnaire universel du XIXe siecle. P. Larousse, admirateur de Diderot, disciple de Proudhon et d'A. Comte, ambitionne en fait de donner a la France un nouveau monument encyclopedique, alliant la description de la langue et la diffusion des savoirs. Et ce sont pas moins de 20 000 pages en petites caracteres sur quatre colonnes, presque sans aucune illustration, qui feront de ce dictionnaire une ?uvre jamais refaite dans de telles proportions. Il faut en convenir, si l'on admire aujourd'hui l'ampleur extraordinaire d'une telle ?uvre, en realite, lorsque P. Larousse avait lance son projet avec force battage, il fut pris par plus d'un, selon la formule d'un critique de la premiere heure, pour un "barnum litteraire".

* On redecouvre aujourd'hui le caractere tres riche de l'information et, au-dela de la nature encyclopedique de l'ensemble, la pertinence des informations apportees sur la langue. Celles-ci ont longtemps ete occultees par l'hypertrophie de la seconde partie de chaque article, reservee aux aspects encyclopediques, ou alternent les informations les plus serieuses et les anecdotes les plus etonnantes.

* Larousse avait un objectif: diffuser la pensee republicaine propre a instaurer une societe democratique et laique. Son dictionnaire, dont on pouvait par exemple commander une feuille, celle correspondant a l'article qui vous interessait, eut pour public privilegie les instituteurs et toute une population modeste aspirant au savoir. Le Grand dictionnaire universel du XIXe s. de Larousse ne fit pas en realite concurrence au Dictionnaire de la langue francaise de Littre, les publics differaient, et loin de mettre ces ouvrages dos a dos, il conviendrait plutot de reconnaitre a chacun une dimension hors du commun. Au point qu'il etait presque impossible a d'autres lexicographes de s'imposer. Seuls Hatzfeld, professeur de rhetorique et remarquable logicien, et Darmesteter, philologue repute, ont pu se distinguer avec le Dictionnaire general de la langue francaise du commencement du XVIIe a nos jours en deux volumes de dimension modeste mais de grande qualite, publies respectivement en 1890 et 1900. Ce dictionnaire recueillit un succes certain aupres des etudiants et des eleves de classe preparatoire, d'une part grace au classement rigoureux des definitions, et d'autre part grace aux 300 pages preliminaires consacrees a un remarquable Tableau de la formation de la langue, ce dernier etant redige par Darmesteter.

* Le XXe siecle: Les talentueux successeurs de P. Larousse Au Grand Dictionnaire Universel du XIXe siecle devait succeder en 1904 les sept volumes in-quarto du Nouveau Larousse illustre, dirige par Claude Auge, qui fut tres largement repandu, avec des planches illustrees en couleurs et de nombreuses illustration au c?ur des articles. Version singulierement amincie du predecesseur en 17 volumes, il meritait sa notoriete de par son homogeneite et la fiabilite des informations apportees.

* En 1910 paraissait le Larousse pour tous en deux volumes, intitule ensuite Larousse Universel en 1923, et Nouveau Larousse Universel en 1948. Il devait donner naissance au Larousse en trois volumes, le L3. En 1933, etait publie sous la direction de Paul Auge le dernier des six volumes du Larousse du XXe siecle (6vol. et un Supplement en 1953), ouvrage particulierement riche en biographies.

* Mais c'est en 1963 que, sous la direction de Jean Dubois et avec le concours du grand linguiste Claude Dubois, etait acheve le Grand Larousse Encyclopedique en dix volumes, plus de 10 000 pages, 450 000 acceptions, 22 000 illustrations. Assurement, un dictionnaire de grande classe correspondant aux trente glorieuses: pas moins de 700 specialistes y participaient en effet, repartis en treize grandes disciplines dirigees par des secretaires de redaction responsables de l'homogeneite de l'ensemble.

* On est en fait ici a l'aube du travail structure a l'aide de l'ordinateur, cet ouvrage representait la derniere etape avant l'aventure informatique, celle correspondant a la mise en fiche la plus efficace possible. En 1985, dans la meme dynamique etait publie le Grand Dictionnaire Encyclopedique Larousse en dix volumes. Mais il s'agissait la de dictionnaires encyclopediques, et si la description de la langue n'y etait pas negligee, ces ouvrages privilegiaient naturellement l'information encyclopedique.

* Les Editions Larousse allaient donc egalement s'interesser au dictionnaire de langue. Ainsi est publie en 1978 leGrand Larousse de la langue francaise, en 7 volumes, elabore sous la direction de Louis Guilbert, R. Lagane, G. Niobey. Un dictionnaire Larousse sans illustration, uniquement consacre a la description des mots de notre langue, voila qui rompait avec la tradition.

* En fait, des 1967, une premiere percee avait ete faite avec le Dictionnaire francais contemporain (le DFC) redige sous la direction de Jean Dubois, ouvrage en un volume, de format tres reduit, avant tout destine au public scolaire. Ce petit dictionnaire, en decrivant le francais en synchronie, avec un degroupement des articles, en fonction de la distribution des mots dans la langue (plusieurs articles pour le mot "classe" au lieu d'un seul avec de nombreux sens differents) avait fait l'effet d'une revolution lexicographique. Le Grand Larousse de la langue francaise s'inscrivait dans cette meme perspective, moderniste, en ajoutant a la nomenclature des articles exclusivement consacres a la linguistique. Helas, ce bel outil elabore avant l'informatisation, n'a pas eu la carriere qu'il meritait, il ne fut pas remis a jour. Paul Robert, Alain Rey et Josette Rey-Debove

* Paul Robert est ne en 1910 en Algerie, dans une famille aisee, et il entreprend des etudes de droit qui le conduiront jusqu'a une these soutenue a la fin de la guerre, en 1945. Rien ne le predestinait a la lexicographie, mais son affectation pendant la guerre au service du decodage, ou il participe a l'elaboration d'un dictionnaire du chiffre, son contact apprecie avec la langue anglaise, ses premiers essais a titre personnel de mise en analogie des mots anglais puis des mots francais, l'entrainent peu a peu a transformer son loisir en activite devorante, au point de bientot recruter des auxiliaires sur sa fortune personnelle pour faire aboutir le dictionnaire dont il reve. En 1950, il apprend que le premier fascicule de son dictionnaire obtient le prix Saintour de l'Academie francaise. Des lors, il n'a de cesse d'achever l'?uvre commencee et, en 1952 et 1953, il recrute pour l'aider deux collaborateurs d'excellence, Alain Rey et Josette Rey-Debove. Le 28 juin 1964, il acheve le sixieme et dernier tome du Dictionnaire alphabetique et analogique de la langue francaise. Paul Robert offrait a la France un digne successeur du Littre avec des citations extraites d'un corpus litteraire plus recent, la Societe qu'il avait fondee s'intitulait d'ailleurs la Societe du Nouveau Littre. Quant au principe analogique qui etait a l'origine du projet, s'il n'est pas negligeable, ce n'est pas lui qui determinait le succes de l'entreprise, mais la qualite du travail definitoire. Les editions Robert allaient s'installer dans le paysage lexicographique en s'illustrant par differents dictionnaires de grande qualite. En 1967, naissait d'abord le Petit Robert, le petit dictionnaire de langue manquant sur le marche et qui pouvait ainsi constituer le pendant du Petit Larousse illustre, dictionnaire encyclopedique. Apres un Supplement (1971) ajoute au Dictionnaire alphabetique et analogique de Paul Robert, supplement qui installait A. Rey et J. Rey-Debove parmi les grands lexicographes connus, paraissait en 1985 le Grand Robert de la langue francaise dirige par A. Rey. A la fin du siecle, marque par l'informatique, sont diffuses, en 1994, le cederom correspondant au Grand Robert et, deux ans plus tard, celui correspondant au Petit Robert, outil precieux permettant de nombreux croisements d'information avec, pour la premiere fois, des mots sonorises, pres de 9000. Enfin, signe patent d'une maison d'edition bien installee dans le paysage lexicographique, on assiste au cours de la derniere decennie du XXe siecle a la diversification des ouvrages en un ou deux volumes, qu'il s'agisse des dictionnaires pour enfants, des dictionnaires pour collegiens ou des dictionnaires de noms propres, sans oublier en 1992 le Dictionnaire historique de la langue francaise, synthese des informations recueillies par les chercheurs de ce demi-siecle, et ouvrage qui renoue utilement avec un genre qu'avait tente d'imposer l'Academie au XIXe siecle, sans succes. Outre leur competence de lexicographe et de dictionnariste, Josette Rey-Debove et Alain Rey ont offert par ailleurs d'importants ouvrages theoriques sur la lexicologie et la lexicographie. Ils auront indeniablement marque la seconde moitie du siecle.

* Quillet, Flammarion et Hachette Aristide Quillet, tout comme Pierre Larousse, etait un autodidacte, et tout naturellement sa production lexicographique s'orienta vers le dictionnaire encyclopedique. Il faut signaler notamment parmi les ouvrages qui seront issus de la maison d'edition qu'il a creee le Dictionnaire encyclopedique de 1950, en 5 volumes, auquel s'ajouteront deux Supplements (1952, 1963). Raoul Mortier, qui dirige ce dictionnaire concu a partir d'un nombre reduit de collaborateurs, des enseignants et des techniciens en particulier, choisit de donner a ce dictionnaire une tonalite didactique, avec de nombreux tableaux synoptiques et un soin tout particulier pour clarifier les informations encyclopediques. Depuis 1940 et reedite plusieurs fois, avec 40 000 mots dans sa premiere edition, le Quillet de la langue francaise represente, avant le Lexis de 1979 (Larousse), le premier dictionnaire de langue a presenter des illustrations.

* C'est tardivement que les editions Hachette, a qui on doit le Littre, reprirent le chemin de la lexicographie avec en 1980 le Dictionnaire Hachette, preface par Roland Barthes, un peu plus de cent ans apres la parution duDictionnaire de la langue francaise.

* Chaque annee desormais, en meme temps que le Petit Larousse parait donc le Dictionnaire Hachette, disponible depuis 1995 sur cederom, le multimedia representant en effet un secteur en pleine expansion chez Hachette. Enfin, en 1995 etait publie a l'occasion du sixieme sommet de la Francophonie, a Cotonou, le Dictionnaire Universel Afrique edite conjointement avec l'Aupelf-Uref. Et, en 1998, ce Dictionnaire francophone est perennise en devenant le Dictionnaire universel francophone contenant, entre autres unites lexicales, environ 10 000 mots de l'univers francophone.

* Le TLF: Paul Imbs, Bernard Quemada La plus grande aventure lexicographique de ce demi-siecle est sans conteste celle de l'elaboration du Tresor de la langue francaise (le TLF): plus de 90 000 mots traites dans le cadre de 16 volumes in-quarto (25 000 pages environ) publies entre 1971 et 1994, avec pour directeurs P. Imbs, jusqu'au septieme volume, et B. Quemada, du huitieme au seizieme, l'addenda etant sous la direction de G. Gorcy. C'est lors du Colloque organise en novembre 1957 a Strasbourg qu'etait esquisse ce projet grandiose. Y participait B. Quemada, pionnier de la lexicographie assistee par les machines mecanographiques d'abord, informatiques ensuite. Des 1977, il devait prendre la direction du TLF apres avoir assure la programmation de la documentation informatisee necessaire a l'elaboration du dictionnaire papier, une documentation informatisee sur la langue francaise qui fit l'admiration de tous les pays, de par son ampleur et sa qualite. Elabore dans le cadre du CNRS, ce dictionnaire de la langue du XIXe et du XXe siecle a indeniablement beneficie de directeurs de tres grand talent avec P. Imbs qui l'a fait naitre et B. Quemada qui lui a donne sa dimension moderne et son rayonnement international. Soutenu des 1959 par le gouvernement qui souhaitait favoriser des projets d'envergure - l'acquisition du plus gros ordinateur existant dans les annees 1960, le Gamma Bull 60, en est le symbole - le projet s'appuyait deja en 1969 sur pres de 80 millions d'unites-mots disponibles grace a un remarquable programme de saisie de textes sur bandes perforees. En 1977, le dictionnaire s'insere dans un sous-ensemble du CNRS, l'Institut National de la langue francaise, l'INaLF, cree par B. Quemada qui federe ainsi nombre de laboratoires et d'excellents linguistes qui se mettent au service de la langue francaise. D'autres dictionnaires installes dans cette institution viennent completer la description de la langue francaise tout au long de l'histoire de notre langue.

* Citons notamment le Dictionnaire du Moyen Francais dirige par un autre tres grand linguiste, Robert Martin, qui dirigea l'INaLF de 1992 a 1996. Il importe de souligner qu'a l'identique du dictionnaire de l'Academie, il s'agit ici d'un dictionnaire institutionnel qui ne doit rien dans sa conception a l'entreprise privee. Il resulte en effet du seul souci de la recherche.

* L'INaLF et l'internet... L'INaLF, cree et dirige par B. Quemada, puis par R. Martin, et depuis 1997 par B. Cerquiglini, a su gerer l'avance enorme qu'avait le TLF grace a l'informatisation de sa documentation. Deux chantiers ont rapidement ete ouverts: d'une part l'informatisation du dictionnaire et d'autre part la mise a disposition aupres des chercheurs de la banque de donnees qui a irrigue le dictionnaire pendant son elaboration et qui ne cesse d'etre enrichie.

* Le premier enjeu a consiste a informatiser le TLF pour pouvoir en disposer sur support electronique. Ce sera bientot chose faite. C'est en effet un enorme travail que de transformer toutes les donnees presentees sur papier et de reconvertir les bandes de composition lorsque celle-ci existent, mais il sera bientot possible de disposer de ce formidable dictionnaire avec trois niveaux de consultation: la lecture article par article en visualisant tel ou tel type d'information, la consultation transversale, par exemple tous les mots d'origine germanique, et la consultation croisee, par exemple tous les termes de marine en rapport avec la manoeuvre des voiles.

* Enfin, un second enjeu consiste a faciliter la consultation de la base de donnees pour tous les chercheurs, et ici Internet est venu a point nomme pour rendre desormais facile la consultation sur simple abonnement. Il s'agit deFrantext, mondialement connu, qui rend accessible en interactif 180 millions de mots-occurrences resultant du traitement informatique de cinq siecles de litterature, avec plusieurs milliers de textes offerts. L'information ainsi accessible a quelque chose de vertigineux. Il ne fait pas de doute que les productions de l'INaLF sont deja installees au c?ur du XXIe siecle. Conclure n'est guere possible. L'aventure commencee au XVIe et XVIIe siecle ne s'acheve pas avec les supports electroniques qui, bien au contraire, la relancent avec des horizons apparemment sans limite. Laissons le dernier mot a un maitre des mots, Bernard Cerquiglini, qui, en 1992, declarait dans la lettre de la delegation generale a la langue francaise que "le dictionnaire resume, concentre et represente, aux yeux de beaucoup, la langue elle-meme, avec laquelle il a une relation essentielle, bien que jamais achevee. Monolingue, bilingue ou plurilingue, classique ou plus moderne, general ou specialise, de l'humble glossaire terminologique dont le but est precis a la fascinante encyclopedie qui dit "tout sur tout", c'est un monde de dictionnaires qui encadre et organise notre vocabulaire et notre reflexion".

* * LES DICTIONNAIRES BILINGUES

* * Les dictionnaires francais-russe

* Il existe une longue tradition d'emploi des dictionnaires francais-russe en Russie. Le premier dictionnaire francais-russe dirige par Cellarins a vu le jour en 1769. En 1788 on a publie le dictionnaire raisonne de Tatischev redige sur la base du dictionnaire de l'Academie Francaise de 1694. Au XIXe siecle on a fait paraitre toute une serie de dictionnaires francais-russe dont le meilleur est celui de N. Makarov (1870), riche en phraseologie, qui a subi 14 editions. En 1906 on publie le dictionnaire de A. Redkine qui contenait deja des termes speciaux et rares.

* Parmi les dictionnaires francais-russe parus apres la Revolution d'Octobre on signale, en premier lieu, le dictionnaire de K. Ganchina dont le vocabulaire, tres riche, est fort bien choisi. Sa lere edition date de 1929, la 3e(posthume), considerablement refaite et augmentee, a paru en 1957. En 1932 on voit apparaitre le dictionnaire de V. Pototskaia dont le vocabulaire est plus petit que celui du dictionnaire de K. Ganchina.

* Le travail lexicographique continue dans les annees soixantes et soixantes-dix. Ainsi, en 1963 on a fait paraitre le "Dictionnaire francais-russe phraseologique" sous la direction de I. Rezker. Le dictionnaire est precede d'une vaste introduction traitant des questions essentielles de la theorie de la phraseologie francaise et exposant les principes de la composition du dictionnaire phraseologique.

* Ce dictionnaire est concu comme un ouvrage pouvant fournir toutes sortes de renseignements sur les locutions repandues dans la litterature francaise classique et contemporaine. En meme temps, ce dictionnaire est un manuel d'etude de la phraseologie francaise, son vocabulaire etant extremement riche.

* Les auteurs du dictionnaire ont eu pour tache de donner a toute locution phraseologique francaise un equivalent russe qui soit, autant que possible, exacte et complet.

* Un autre dictionnaire francais-russe est le "Dictionnaire des synonymes de la langue francaise" par M. G. Morin et N. A. Chigarevskaia paru en 1964. C'est le premier ouvrage de ce genre publie en URSS et destine particulierement aux eleves des ecoles superieures etudiant la langue francaise.

* Le dictionnaire comprend les synonymes les plus usites et ceux dont la difference de sens est la plus difficile a saisir. On y prete une attention speciale aux verbes, adjectifs et noms abstraits. Le dictionnaire presente des series des synonymes stylistiques, generalement de ceux qui appartiennent au style familier et sont si repandus dans les ?uvres litteraires de la deuxieme moitie du XXe siecle.

* En tete de chaque article on place la serie des synonymes, on indique (en langue russe) la notion commune qui reunit ces synonymes en l'illustrant par des exemples litteraires. Ensuite viennent les definitions russes de chaque synonyme, accompagnees, elles aussi, par des citations. La classification des synonymes dans chaque article suit les principes essentiels des dictionnaires de synonymes analyses plus haut.

* Outre les distinctions de sens et les nuances expressives et emotionnelles des termes de chaque serie, on fournit des renseignements sur l'etendue de leur emploi et leurs particularites grammaticales.

* * Les dictionnaires russe-francais

* Parmi les dictionnaires russe-francais, parus a la fin du XIXe et au debut du XXe siecles, on peut citer le dictionnaire de N. Makarov. Mais tous les dictionnaires russe-francais de cette periode partent de ce que les mots d'une langue sont equivalents aux mots de l'autre langue. Cependant les mots des deux langues ne sont jamais identiques. Ils peuvent avoir des valeurs semantiques semblables, mais cette ressemblance n'est que partielle ce qui est demontre par L. V. Stcherba dans la preface de la deuxieme edition de son Dictionnaire russe-francais. Ainsi, l'adjectif francais facile dans une de ses acceptions correspond a l'adjectif russe легкий et on peut tres bien dire легкоеупражнение - un exercice facile, mais on traduira легкийтуман par brouillard leger. Dans l'expression un homme de composition facile le meme adjectif ne sera plus equivalent au mot russe легкий. Le dictionnaire de Stcherba, paru en 1939, et a subi 9 editions. Sa derniere edition de 1969 contient plus de 50 000 mots de langue russe, des phraseologismes et des termes les plus repandus dans la langue commune. Il reste un instrument de travail precieux pour ceux qui apprennent le francais.

* * Bibliographie

* * 1. Dubois, J. Nouveau dictionnaire du francais contemporain / J. Dubois, [etal.]. - P., 1980.

* 2. Lexis. Dictionnaire de la langue francaise. - P., 1975.

* 3. Le Petit Robert. Dictionnaire alphabetique et analogique de la langue francaise. - P., 1988.

* 4. Rey, A. Dictionnaire des espressions et locutions / A. Rey, S. Chantreau. - P., 1979.

* Travaux diriges

* * 1. Resumez les textes proposes

* * I. LES DICTIONNAIRES ET LA LEXICOGRAPHIE

* * Les dictionnaires sont des objets manufactures dont la production [...] repond a des exigences d'information et de communication. Leur objet est essentiellement pedagogique puisqu'ils visent a combler l'ecart qui existe entre les connaissances de leurs lecteurs et celle de la communaute tout entiere, que ce savoir porte sur la langue ou sur la science; ce sont donc des instruments de l'education permanente, car ils sont a la fois le livre de l'age scolaire et celui de l'age adulte; ils sont le lieu de reference a la langue et a la science.

* Si l'on cherche a definir d'une maniere plus precise l'objet pedagogique du dictionnaire, on peut dire qu'il "facilite" la communication linguistique, en comblant les lacunes de l'information des lecteurs. Ceux-ci se trouvent a un moment donne dans la necessite: ou bien de traduire, d'une maniere suffisamment satisfaisante, les messages des communautes linguistiques etrangeres avec lesquelles ils sont en contact culturel ou commercial: c'est l'objet des dictionnaires bilingues ou pturilingues; ou bien, a l'interieur d'une meme communaute linguistique, de transcoder dans une norme commune les parlers techniques ou sociaux de groupes socialement ou culturellement differents; le dictionnaire aide a combler la distance entre deux informations differentes, celle du lecteur et celle des auteurs des textes qu'il doit elucider, en renvoyant a une competence linguistique commune - c'est l'objet des dictionnaires techniques et scientifiques, des dictionnaires d'argot, etc.; ou bien, de maitriser les moyens d'expression par l'analyse semantique, syntaxique, morphologique ou phonetique de la langue. Le dictionnaire aide a valoriser les comportements verbaux dans une societe ou ces derniers tiennent une place socialement discriminante: c'est l'objet des dictionnaires de langue (ou dictionnaires uni lingues); ou bien, d'accroitre la quantite du savoir des lecteurs grace aux informations fournies par l'intermediaire des "mots": c'est l'objet des dictionnaires encyclopediques.

* * L'enonce lexicographique: l'article du dictionnaire

* Le dictionnaire est un catalogue de mots, ranges selon l'ordre alphabetique de leurs composants, les graphemes, et servant d'entree a des developpements [...]. La suite de mots ou nomenclature constitue l'architecture formelle du dictionnaire. Cette sorte d'enon ce que forme le livre s'articule en articles, qui sont les paragraphes, et en phrases, qui sont les informations contenues dans chaqut article.

* L'analyse de l'enonce lexicographique souleve deux grands types de problemes: ceux qui interessent les regles de composition et de reecriture de l'article et ceux qui interessent e langage documentaire ou metalangue lexicographique, avec laquelle on reecrit les informations.

* L'article est une suite ordonnee de phrases, chacune comportant une ou plusieurs informations: le mot ou adresse forme l'entree: c'est le theme ou sujet dont toutes les autres informations seront les predicats. Mais, en meme temps, le mot est a lui-meme son propre predicat, car l'entree nous informe sur la composition graphique, sur l'orthographe [...]. La prononciation donne la transcription, en un code specifique (par exemple, celui de l'Association Phonetique Internationale, A.P.I.), de la maniere dont le mot est prononce hors contexte.

* La categorisation grammaticale donne les traits syntaxiques fondamentaux, c'est-a-dire 'appartenance du mot (que celui-ci soit un rnorpheme-racine ou un terme derive) a une partie du discours, determinee selon l'analyse grammaticale traditionnelle: nom, pronom, verbe, article, adjectif, adverbe, conjonction, preposition, interjection. La partie du discours est suivie de l'indication de la sous-classe de cette meme partie du discours: ainsi les noms sont repartis en masculins ou feminins, masculins et feminins (dans ce dernier cas il y a seulement "nom" comme pour enfant, architecte, etc.); les verbes sont repartis entre transitifs et intransitifs; l'adjectif est divise en deux grandes classes, l'adjectif qualificatif (en ce cas adj. n'est suivi de rien) et les adjectifs pronominaux (en ce cas adj. est suivi de possessif, demonstratif, indefini, etc.); de meme l'article est defini, indefini ou partitif, la conjonction est "de subordination" ou "de coordination".

* L'etymologie indique (a) l'origine supposee d'un mot, c'est-a-dire le terme d'une autre langue qui en est la source, l'etymon (pied; latin pedem, 'pied'), ou (b) les elements constitutifs et le procede syntaxique qui sont a l'origine du terme (derive de x, de y et de z: blancheur derive de blanc; acephale de privatif et de cephale, du grec kephale 'tete'). Dans le premier cas, la procedure de formation est marquee : derive de, compose de (ou simplement de). [...]

* La deflnition est constituee d'une suite de para sy nonymes du mot d'entree, chaque paraphrase etant un sens ou, dans la terminologie lexicographique, une acception. Ces paraphrases synonymiques peuvent etre completees aussi des termes synonymes ou quasi-synonymes du mot d'entree, ou des contraires (antonymes), c'est-a-dire des synonymes negatifs. II y a autant d'acceptions qu'il y a de paraphrases synonymes du mot d'entree qui ne sont pas synonymes entre elles. Ces sens ou acceptions sont distingues dans la metalangue par des numeros, des tirets, des barres, etc. ou par la combinaison de deux de ces signes (numero + barres). Les "sens" se succedent selon le rapport (logique, frequenciel, historique) que l'on met entre les paraphrases synonymiques: tel sens est apparu avant tel autre; tel sens est derive "logiquement" de tel autre par extension, restriction, figure, analogie, changement de domaine d'application, etc. [...]

* J. Dubois, Cl. Dubois. Introduction a la lexicographie: le dictionnaire.

* * Le domaine du dictionnaire

* * Lexicographie et lexicologie

* * L'activite lexicographique se trouve dans une situation doublement defavorable: d'une part on ne sait pas en quoi elle consiste reellement, d'autre part elle n'offre pas l'interet de la nouveaute. Les activites metalinguistiques sont traditionnelles, et depuis les origines du langage, on parle du langage tant sous l'aspect grammatical que lexical. Cependant la grammaire s'est integree progressivement a l'ensemble des sciences en donnant naissance a la linguistique, alors que la description du lexique est restee une praxis et un "bricolage".

* Certes, il existe une branche de la linguistique, la lexicologie, qui se consacre a l'etude des faits lexicaux. Mais la lexicologie n'a pas trouve sa place dans la linguistique moderne, faute de bases theoriques suffisantes. Elle est reduite a l'etude diachronique (etymologie au sens large), a l'etude priviligiee de themes conceptuels (et en cela elle est onomasiologique qu'on l'admette ou non), ou a la collecte d'observations [...] tirees de corpus, alors que son domaine veritable devrait etre la description du lexique d'une langue, tache qui echoit depuis toujours a la lexicographie. Deux raisons essentielles s'opposent a la naissance d'une lexicologie digne de ce nom, relevant toutes deux des caracteres qui opposent la grammaire au lexique.

* * La competence lexicale

* Les usagers d'une langue maitrisent leur systeme grammatical, et l'on peut dire qu'un usager quelconque connait la grammaire de sa langue, dont les regles, en nombre limite, sont maitrisables. Au contraire chacun de nous ignore des mots connus du voisin, et vice versa. Aucun usager ne maitrise le lexique de sa propre langue, parce que le lexique est forme d'un nombre d'items incalculable (tres grand et indetermine). [...] On peut estimer que le lexique d'une langue de civilisation comme le francais ou l'anglais depasse 200.000 mots sans les noms propres, et l'on pourrait probablement atteindre aisement le chiffre de 500.000 mots (par exemple, avec les nomenclatures terminologiques). Or, le vocabulaire de l'usager moyen se situe aux alentours de 20.000 mots. [...1 L'usager moyennement cultive maitrise peut-etre 1/10 du lexique total - encodage et decodage - et meme en envisageant seulement le decodage chez l'usager le plus cultive, on est encore tres loin de l'exhaustivite. Alors que pour la grammaire on peut assimiler tous les usagers a tout usager (n'importe lequel), cette assimilation est impossible pour le lexique. Le lexique n'a de realite que pour une communaute linguistique - tous les usagers - et non pas pour tout usager. [...] Le lexique est profondement lie a la connaissance du monde, a la difference de la grammaire. [...]

* Du point de vue de l'apprentissage de la langue, on constate que les connaissances grammaticales sont acquises assez tot une fois pour toutes, alors que les connaissances lexicales ne cessent des'en-richir au cours de la vie de l'usager, tant de facon naturelle que me-talinguistique.

* Une telle situation, pourtant, n'empeche pas la communication dans son ensemble. [...] Comme le disent J. Katz et J. Fodor, "pour connaitre une langue naturelle, on doit connaitre ces regles [grammaticales] mais on n'a pas besoin de connaitre plus qu'une petite fraction de son vocabulaire".

* Aussi bien quelques linguistes ont-ils concu la competence lexicale, pour une langue donnee, comme un sous-ensemble du lexique quantitativement faible et qualitativement important, en decrivant essentiellement leur propre competence, s'identifiant par la non a tout sujet (on ne peut rien savoir de la competence minimum) mais a un sujet statistiquement moyen. C'est ce qu'ont tente de faire Jean Dubois et ses collaborateurs dans le Dictionnaire du francais contemporain, un des rares dictionnaires qui tienne compte des theories linguistiques.

* Cette notion de competence lexicale "moyenne" suscite des difficultes theoriques, car elle ne recouvre pas la langue dans son entier; si la description se limite a 1/10 environ du lexique, quel est le statut des 9/10 restants?

* [...] Si, pour la grammaire, la competence abstraite et la competence de quelqu'un coicident grosso modo, pour le lexique il y a un abime entre la premiere et la seconde, et [...] toute assimilation hative fausse les donnees du probleme.

* - Or, le projet naif du dictionnaire est justement de s'approcher dans sa description de cette competence de "l'usager ideal qui saurait parfaitement sa langue". Le dictionnaire construit pour chacun la competence: il apprend a tout lecteur des items nouveaux. [Alors que l'objet des grammaires pedagogiques est qualitatif (correct ou incorrect, en d'autres termes, bien forme ou mal forme), l'objet des dictionnaires a toujours ete qualitatif et quantitatif. Cet apport d'elements nouveaux est meme l'objet exclusif des premiers ouvrages lexicographiques, qui glosaient les mots difficiles et les mots etrangers. Et la situation actuelle du dictionnaire dans la societe montre la continuite de ce projet. II n'y a guere de famille qui n'ait un dictionnaire, alors que les grammaires y sont rares: il s'sgit bien d'avoir sous la main des informations destinees a construire la competence, et non pas a la decrire (c'est-a-dire a l'expliciter et a l'ameliorer).

* L'elaboration du dictionnaire echappe donc, dans son principe, a la competence personnelle du lexicographe, qui se trouva renvoye au corpus, et a tous les problemes non resolus de son choix et de son interpretation (dont la statistique lexicale).

* * La composante semantique

* Le linguiste ne dispose actuellement d'aucune theorie semantique pour decrire le signifie des unites lexicales dans leur ensemble. [...] En utilisant les definitions de dictionnaire, les seman-ticiens ont pris a la lexicographie plus qu'ils ne lui ont apporte, au grand etonnement du lexicographe. L'analyse du contenu, ecartee pendant longtemps de la linguistique, et reintroduite recemment, a toujours ete l'objet de la lexicographie, et aujourd'hui encore le lexicographe est seul a mener de front cette entreprise ambitieuse, avec les moyens dont il dispose.

* Aussi bien, de la lexicologie et de la lexicographie, c'est la seconde qui retient aujourd'hui l'interet des linguistes, parce qu'ignorant ou repoussant pour des necessites pratiques les problemes theoriques constamment poses, elle construit tant bien que mal un modele naif, mais general et qui fonctionne puisque la vente des dictionnaires n'a cesse d'augmenter).

* * LE DICTIONNAIRE COMME TEXTE

* La competence metalinguistique naturelle

* Aussi peut-on envisager le dictionnaire d'un double point de vue. D'abord d'un point de vue traditionnel, comme un praxis amenant la production d'assertions plus ou moins justes, c'est-a-dire plus ou moins proches des theories linguistiques. De ce point de vue on pourra toujours affirmer que la lexicographie constitue une linguistique "mal" appliquee, constatation banale et caduque, puisque la linguistique, meme bien appliquee, n'est pas pour l'instant en mesure de produire un dictionnaire. L'autre point de vue, plus nouveau, consiste a considerer le dictionnaire comme une production, un texte original ayant une fonction de message, et exprimant la pensee metalinguistique naive propre a une societe. On sait que les activites metalinguistiques ne sont pas l'apanage du linguiste: la familiarite de l'usager avec sa langue l'implique. L'enonce metalinguistique entre dans le modele naturel de communication; il possede une fonction d'explication et de desambiguisation qui assure en dernier ressort la regularite de la communication, et c'est ce role effectif qui en garantit la semanticite.

* * LE PROGRAMME DU DICTIONNAIRE

* La nomenclature

* Le dictionnaire est un texte doublement programme qui engendre un ensemble d'items et des types d'information. Le programme de la nomenclature est l'enumeration d'elements d'un ensemble defini. Exceptionnellement, comme dans le cas du dictionnaire d'auteur, le corpus est limite et l'ensemble est defini en extension. Dans tous les autres cas, le corpus est fait d'echantillons, et l'ensemble est defini en comprehension. Le titre de l'ouvrage enonce parfois quel est cet ensemble: par exemple, Dictionnaire de rimes, Dictionnaire des mots sauvages [...], Dictionnaire de la langue francaise, Dictionnaire d'argot.

* Definition de l'ensemble par l'element

* L'ensemble defini en comprehension est un projet ambitieux puisqu'il presuppose la definition de l'element. Pour le dictionnaire monolingue de la langue francaise, il faut definir; 1) la langue francaise, 2) le mot. Deux problemes quasi insurmontables pour le linguiste. Pour la langue, il est en effet possible de la caracteriser par sa grammaire, mais non par son lexique. Notamment, tout mot etranger emprunte a l'instant meme peut s'integrer a une phrase francaise; c'est justement la naissance d'un neologisme, si l'operation se perpetue. D'autre part, la langue francaise est une abstraction, la somme de plusieurs types de langues fonctionnelles qui ne se recouvrent que partiellement, a supposer qu'on se limite a une description synchronique. Pour le mot unite de langue, le probleme est d'abord de savoir si l'unite est codee ou non. On forme ad libitum des mots en discours d'apres les regles du systeme. Soit: indonnable, impretable que nous inventons ici; de tels mots sont des unites de discours non codees, quoique parfaitement comprehensibles, tout comme insupportable, mot connu de tous. Mais le probleme n'est pas si simple, car entre l'unite propre a un seul (discours) et l'unite propre a tous (langue) tous les degres sont representes, ces degres se manifestant dans la frequence plus ou moins haute de l'unite en discours. Les etudes de lexique a partir de corpus sont vouees aux calculs de frequence. Or dans l'etat actuel de la documentation preparee par les ordinateurs, les corpus depouilles qui sont considerables sont loin de nous presenter "tous" les mots (plus le corpus s'allonge, moins il produit de mots nouveaux), et les occurences peu nombreuses de certains mots rendent les basses frequences peu significatives. Mais si l'on ecarte ce probleme pratique et en supposant l'existence d'un immense corpus representatif, le lexicographe qui entreprendrait une description du lexique se trouverait toujours en face d'unites pour lesquelles il n'a pas les moyens d'affirmer que ce sont des unites codees, des mots de la langue. La notion de mot unite de lexique se perd dans le non-mot, dans un continium qui aboutit aux unites de discours: c'est la une premiere cause d'indetermination du lexique qui exclut theoriquement la possibilite d'une description exhaustive. D'autre part, la determination du mot unite de langue est sujette a deux choix successifs. Le premier est le reperage de l'unite syntagmatique (Bon marche vaut-il pour deux mots ou un seul? Pour un seul si on l'oppose a cher, pour deux si on l'oppose a meilleur marche. Le second est le reperage de l'unite paradigmatique qui pose le probleme des formes en distribution complementaire (va/allons, etc.; chien/chienne) et le probleme semantique fondamental de l'homonymie et de la polysemie.

* A la premiere cause d'indetermination du lexique s'ajoutent ces deux autres qui touchent au probleme de la repartition des unites. Dans un programme exhaustif de nomenclature aucune limite qualitative ne peut donc etre fixee, et aucune evaluation.

* Dictionnaire de langue, encyclopedie, dictionnaire encyclopedique

* On peut distinguer deux grands types de nomenclatures dans les dictionnaires generaux: celle qui repertorie l'ensemble des mots d'une langue (plus ou moins selective) et celle qui repertorie l'ensemle des choses d'une civilisation designees dans une langue donnee (tres selective car l'entree ne fonctionne pas comme signe lexical, mais comme une entree documentaire donnant acces a de nombreuses informations sur le monde). Ces deux nomenclatures caracterisent le Dictionnaire general d'une langue et L'Encyclopedie universelle. La nomenclature d'une encyclopedie signifiant des choses, les entrees y sont des noms ou des mots integres dans un syrtagme nominal, au niveau d'usage. Ce caractere nominal est renforce par l'apparition des noms propres et par la presence d'illustrations dont la legende est nominale [...]. Bien qu'une telle encyclopedie soit qualifiee d'universelle, elle est toujours orientee dans son contenu, et surtout par les noms propres. Lorsque les items deviennent de moins en moins "importants", l'arbitraire joue comme dans le lexique mais ici en faveur d'une civilisation priviligiee.

* La nomenclature du Dictionnaire general d'une langue presente, elle, toutes les parties du discours, exclut les noms propres et ne donne pas d'illustrations. Comme une entree non nominale est forcement autonyme dans la lecture de l'article, tout dictionnaire general dont la nomenclature presente d'autres parties du discours que des noms peut etre considere comme un ensemble de signes.

* La presence de mots grammaticaux dans le dictionnaiie de langue et celle des noms propres dans l'Encyclopedie represente les deux poles de ces types de nomenclature. En effet, le referent du mot grammatical n'existe pas, et le signifie du nom propre n'est pas le signifie linguistique. Le nom propre refere a un objet particulier unique, identifiable dans le monde sans aucune ambiguite: il n'y a pas de definition pour le nom propre, mais seulement le reperage (comme on identifie par les empreintes digitales). Le Dictionnaire encyclopedique reunit en un seul texte ces deux types de dictionaires: l'ensemble du lexique (avec toutes les parties du discours) et l'ensemble des choses ( avec les noms propres et les illustrations). Ce qui pose evidemment un probleme quant a l'homogeneite de l'information.

* J. Rey-Debove. Le domaine du dictionnaire // Langages. - 1970. № 19.

Travaux pratiques

Devoirs

1. Redigez une fiche lexicologique

a. A partir de l'article du dictionnaire Le Petit Robert, redigez une fiche sur le mot comique, en donnant les renseignements suivant: 1.Date d'appaartion du mot en francais; 2. Etymologie, 3. Classes grammaticales du mot; 4. Domaines d'emploi; 5. Classement des sens selon les differents domaines (definitons, synonymes, antonymes); 6. Extension du sens (valeur la plus large du mot).

b. Voici, pour un meme mot, deux defnintions tirees de dictionnaires differents mais contemporains; a partir de ces informations, redigez une definition personnelle mais objective que vous illustrerez d'exemples inventes ou tires de vos lectures; vous indiquerez dans ce dernier cas le nom de l'oeuvre citee et de son auteur.

BLOUSE (bluz) n. F. (1788; o. I., mot germ.) 1. Vetement de travail que l'on met par-dessus les autres pour les proteger. V. Bourgeron, sarrau, tablier. Au XIX s., les ouvriers etaient vetus de blouses. Blouse de paysan. Blouse blanche de chirurgien. 2. Par ext. Chemisier de femme, large du bas, prte vague ou serre dans une ceinture. V. Chemisier, corsage. Blouse de soie. HOM. Blues Le Petit Robert

BLOUSE (bluz) n. f. Vetement de dessus, en toile ou en cotonnade, large et flottant. / Corsage leger. Le Petit Larousse illustre

2. Comparez les deux definitions ci-dessus de maniere a noter les points communs et les differences. Quel est celui des deux dictionnaires qui procede par analogie?

3. Les mots "vieillissent" et changent alors de sens; ainsi, le verbe devisager, a signifie "defigurer, dechirer le visage" ("... ces prudes sauvages / dont l'honneur est armee de griffes et de dents / Et veut au moindre mot devisager les gens", Moliere, Tartuffe) avant de prendre son sens actuel de "regarder au visage, avec insista nce ou effronterie"; pouvez-vous citer des temes qui ont connu la meme evolution? Aidez-vous du dictionnaire Le Petit Robert.

4. Le Petit Robert donne le tableau de nombreux signes et abreviations. En voici quelques unes. Que signifient-elles?

Adv., arg., cf., d'apr., dial., fam., hom., ibid., id., litt., par anal., pej., pop., pref., prov., rad., suff., vx.

5. Reperez dans le Petit Robert plusieurs sens au mot baroque. Indiquez plusieurs domaines d'emploi de cette notion.

6. Trouvez dans le Petit Robert un antonyme pour chacun des mots suivants: dissonance, fecondite, contraste, bizarrerie, disconrdance, mouvement.

7. Le mot anthropophage est d'origine savante. Comment est-il forme? Trouvez dans le dictionnaire dix mots formes avec anthropo- et definissez-les brievement.

Faites le meme travail sur cinq mots formes avec -phage.

Devoirs 1. Quel est le type de dictionnaire ou l'on peut trouver des renseignements sur les phraseologismes?

2. Lisez la preface du dictionnaire russe-francais de Matousevitch et faites un commentaire.

3. Prouvez que le dictionnaire russe-francais de Scherba La une valeur scientifique et pratique.

4. Caracterisez la structure d'un article du dictionnaire de Ganchina.

5. Parlez des principes bases dans le dictionnaire Petit Robert.

6. Quels sont les buts des dictionnaires encyclopediques?

7. Donnez la description de l'article "air" dans le Petit Robert.

Les instruments de travail

Toute personne qui se pose une question sur la langue dispose d'ouvrages susceptibles de la renseigner: les dictionnaires et les grammaires. Ces livres font partie de notre experience de la langue et sont familiers a chacun depuis le debut de sa scolarite. Grammaires et dictionnaires existent depuis des siecles et sont les premieres manifestations d'une reflexion sur la langue qui n'a pas attendu la linguistique pour s'exercer. La consultation de ces ouvrages n'exige aucune connaissance theorique prealable, contrairement a la lecture d'une description linguistique de la syntaxe ou du lexique d'une langue; c'est pour cette raison qu'on les propose ici comme instruments de travail, invitant l'apprenti linguiste a se familiariser avec leur manipulation.

Grammaires et dictionnaires ont un point commun: ce sont des ouvrages de consultation et non des traites speculatifs sur le vocabulaire. On y a recours quend on s'interroge sur un point precis (par exemple: que signifie exactement tel mot?). Dans les dictionnaires, le reperage est facile, grace a l'ordre alphabetique.

Les deux types d'ouvrages comportent egalement toujours une preface, dans laquelle les auteurs s'expliquent sur la facon dont ils ont concu leur livre, la terminologie et les abreviations employees. Il est important delire ces preliminaires, qui constituent le "mode d'emploi" de l'ouvrage.

Grammaires et dictionnaires sont complementaires. Un dictionnaire fournit un inventaire des unites lexicales d'une langue. Les dictionnaires comportent tres souvent des informations sur la construction des mots. Tout article indique par exemple la categorie grammaticale du mot defini (nom, verbe) et, pour un mot susceptible d'appartenir a plusieurs categories, les definitions sont regroupees en rubriques distinctes.

On peut donc trouver dans un dictionnaire des renseignements sur la combinaison des unites lexicales, sans compter les renseignements implicitement fournis par les exemples qui illustrent chaque definition.

On aura donce recours a un dictionnaire ou a une grammaire selon le type d'information qu'on cherche.

Il existe des ouvrages qui developpent longuement une reflexion sur les differents types de dictionnaires. Je me contenterai d'un exemple: les articles consacres au mot voile dans deux dictionnaires couramment utilises aujourd'hui: le Petit Robert et le Dictionnaire du francais contemporain. Ces deux dictionnaires ont ete choisis d'une part parce qu'ils sont comparables: sortis la meme annee, ils ont a peu pres le meme volume et s'adressent sensiblement au meme public. D'autre part, ils sont tres differents dans leur conception, l'un (PR) prenant le relais a la lexicographie traditionnelle, l'autre (DFC) cherchant a mettre en application les methodes linguistiques.

A partir des deux articles proposes, on essaiera de voir 1) quelles sont les informations que peut apporter un dictionnaire, et comment elles varient d'un ouvrage a l'autre, 2) comment sont resentes les sens du mot dans les deux ouvrages.

1. Les informations contenues dans un article

Certaines figurent dans tous les dictionnaires, quels que soient leur format et leur conception: par exemple l'orthographe du mot, sa categorie grammaticale, son genre.

D'autres figuent a la fois dans le PR et le DFC, mais pas necessairement dans tous les dictionnaires: par exemple les synonymes ou les antonymes du mot, les locutions dans lesquelles il fonctionne.

Le PR donne des informations qui ne figurent pas dans le DFC. Par exemple la date d'apparition du mot dans la langue, et son etymologie. Si le DFC ne comporte pas d'indication la-dessus, c'est que ses auteurs ont exclu par principe toute dimension historique: le DFC decrit le lexique tel qu'il se presente dans l'etat actuel de la langue (c'est ce qu'on appelle une description synchronique, par opposition a une description diachronique).

Le DFC regoupe les mots de la meme famille morphologique, ce que ne fait pas le PR. Par exemple, a l'article voile, on trouve voilage, voilette, voiler, etc. Ces mots, dansle PR, se trouvent a leur "place alphabetique", et font l'objet d'un article separe. Par cette presentation, qui rompt avec l'ordre alphabetique traditionnel, bien evidemment arbitraire, le DFC vise une description plus systematique et plus motivee du lexique: le regroupeent morphologique fait apparaitre les relations formelles et semantiques qui existent entre les mots.

2. La definition des sens des mots

L'objectif essentiel d'un article de dictionnaire, dont on n'a pas encore parle, c'est evidemment d'expliquer le sens du mot, donc de formuler une definition. On va voir que sur ce plan-la egalement, des differences importantes se manifestent.

La plupart des mots, comme voile, sont polysemiques, c'est-a-dire ont plusieurs sens. Parmi ces differents sens, certains sont sans rapport et d'autrs sont tres proches. Tous les dictionnaires organisent leurs articles en rubriques differentes regroupant les sens proches.

Un premier regroupement, observable pour voile, consiste a distinguer plusieurs mots homonymes, c'est-a-dire meme forme mais sans rapport semantique. Une divergence interessante apparait sur ce point entre nos deux dictionnaires: la ou le PR compte deux mots, le DFC en compte cinq. Cela prouve deja que la notion de mot, qui nous semble intuitivement familiere et evidente, ne va pas de soi. La reconnaissance des unites lexicales d'une langue est fondee sur des choi determines par les presupposes theoriques du descripteur.

Questions:

1. Comment on decrit une langue dans les grammaires et les dictionnaires?

2. Quel est le but des dictionnaires?

3. Quel est le role des exemples dans les dictionnaires?

4. Quels sont les renseignements qu'on trouve dans les dictionnaires?

5. Est-ce que tous les dictionnaires donnent la meme image du francais?

6. En fonction de quoi les dictionnaires, donnent - ils des descriptions proposees?

7. Pourquoi a-t-on choisi le Petit Robert et le DFC pour illustrer des renseignements et non pas d'autres?

Bibliographie

1. Collignon et M. Glatigny. Les Dictionnaires. Introduction a la lexicographie. - P., 1978.

2. Rey, A. Presentation du dictionnaire Petit Robert / A. Rey.

3. Dictionnaire du francais contemporain / J.Dubois [et al.]. - P., 1967.

Travaux pratiques

Devoirs

1. Redigez une fiche lexicologique

a. A partir de l'article du dictionnaire Le Petit Robert, redigez une fiche sur le mot comique, en donnant les renseignements suivant: 1.Date d'appaartion du mot en francais; 2. Etymologie, 3. Classes grammaticales du mot; 4. Domaines d'emploi; 5. Classement des sens selon les differents domaines (definitons, synonymes, antonymes); 6. Extension du sens (valeur la plus large du mot).

b. Voici, pour un meme mot, deux defnintions tirees de dictionnaires differents mais contemporains; a partir de ces informations, redigez une definition personnelle mais objective que vous illustrerez d'exemples inventes ou tires de vos lectures; vous indiquerez dans ce dernier cas le nom de l'oeuvre citee et de son auteur.

BLOUSE (bluz) n. F. (1788; o. I., mot germ.) 1. Vetement de travail que l'on met par-dessus les autres pour les proteger. V. Bourgeron, sarrau, tablier. Au XIX s., les ouvriers etaient vetus de blouses. Blouse de paysan. Blouse blanche de chirurgien. 2. Par ext. Chemisier de femme, large du bas, prte vague ou serre dans une ceinture. V. Chemisier, corsage. Blouse de soie. HOM. Blues Le Petit Robert

BLOUSE (bluz) n. f. Vetement de dessus, en toile ou en cotonnade, large et flottant. / Corsage leger. Le Petit Larousse illustre

2. Comparez les deux definitions ci-dessus de maniere a noter les points communs et les differences. Quel est celui des deux dictionnaires qui procede par analogie?

3. Les mots "vieillissent" et changent alors de sens; ainsi, le verbe devisager, a signifie "defigurer, dechirer le visage" ("... ces prudes sauvages / dont l'honneur est armee de griffes et de dents / Et veut au moindre mot devisager les gens", Moliere, Tartuffe) avant de prendre son sens actuel de "regarder au visage, avec insista nce ou effronterie"; pouvez-vous citer des temes qui ont connu la meme evolution? Aidez-vous du dictionnaire Le Petit Robert.

4. Le Petit Robert donne le tableau de nombreux signes et abreviations. En voici quelques unes. Que signifient-elles?

Adv., arg., cf., d'apr., dial., fam., hom., ibid., id., litt., par anal., pej., pop., pref., prov., rad., suff., vx.

5. Reperez dans le Petit Robert plusieurs sens au mot baroque. Indiquez plusieurs domaines d'emploi de cette notion.

6. Trouvez dans le Petit Robert un antonyme pour chacun des mots suivants: dissonance, fecondite, contraste, bizarrerie, disconrdance, mouvement.

7. Le mot anthropophage est d'origine savante. Comment est-il forme? Trouvez dans le dictionnaire dix mots formes avec anthropo- et definissez-les brievement.

Faites le meme travail sur cinq mots formes avec -phage.

Devoirs 1. Quel est le type de dictionnaire ou l'on peut trouver des renseignements sur les phraseologismes?

2. Lisez la preface du dictionnaire russe-francais de Matousevitch et faites un commentaire.

3. Prouvez que le dictionnaire russe-francais de Scherba La une valeur scientifique et pratique.

4. Caracterisez la structure d'un article du dictionnaire de Ganchina.

5. Parlez des principes bases dans le dictionnaire Petit Robert.

6. Quels sont les buts des dictionnaires encyclopediques?

7. Donnez la description de l'article "air" dans le Petit Robert.

Les instruments de travail

Toute personne qui se pose une question sur la langue dispose d'ouvrages susceptibles de la renseigner: les dictionnaires et les grammaires. Ces livres font partie de notre experience de la langue et sont familiers a chacun depuis le debut de sa scolarite. Grammaires et dictionnaires existent depuis des siecles et sont les premieres manifestations d'une reflexion sur la langue qui n'a pas attendu la linguistique pour s'exercer. La consultation de ces ouvrages n'exige aucune connaissance theorique prealable, contrairement a la lecture d'une description linguistique de la syntaxe ou du lexique d'une langue; c'est pour cette raison qu'on les propose ici comme instruments de travail, invitant l'apprenti linguiste a se familiariser avec leur manipulation.

Grammaires et dictionnaires ont un point commun: ce sont des ouvrages de consultation et non des traites speculatifs sur le vocabulaire. On y a recours quend on s'interroge sur un point precis (par exemple: que signifie exactement tel mot?). Dans les dictionnaires, le reperage est facile, grace a l'ordre alphabetique.

Les deux types d'ouvrages comportent egalement toujours une preface, dans laquelle les auteurs s'expliquent sur la facon dont ils ont concu leur livre, la terminologie et les abreviations employees. Il est important delire ces preliminaires, qui constituent le "mode d'emploi" de l'ouvrage.

Grammaires et dictionnaires sont complementaires. Un dictionnaire fournit un inventaire des unites lexicales d'une langue. Les dictionnaires comportent tres souvent des informations sur la construction des mots. Tout article indique par exemple la categorie grammaticale du mot defini (nom, verbe) et, pour un mot susceptible d'appartenir a plusieurs categories, les definitions sont regroupees en rubriques distinctes.

On peut donc trouver dans un dictionnaire des renseignements sur la combinaison des unites lexicales, sans compter les renseignements implicitement fournis par les exemples qui illustrent chaque definition.

On aura donce recours a un dictionnaire ou a une grammaire selon le type d'information qu'on cherche.

Il existe des ouvrages qui developpent longuement une reflexion sur les differents types de dictionnaires. Je me contenterai d'un exemple: les articles consacres au mot voile dans deux dictionnaires couramment utilises aujourd'hui: le Petit Robert et le Dictionnaire du francais contemporain. Ces deux dictionnaires ont ete choisis d'une part parce qu'ils sont comparables: sortis la meme annee, ils ont a peu pres le meme volume et s'adressent sensiblement au meme public. D'autre part, ils sont tres differents dans leur conception, l'un (PR) prenant le relais a la lexicographie traditionnelle, l'autre (DFC) cherchant a mettre en application les methodes linguistiques.

A partir des deux articles proposes, on essaiera de voir 1) quelles sont les informations que peut apporter un dictionnaire, et comment elles varient d'un ouvrage a l'autre, 2) comment sont resentes les sens du mot dans les deux ouvrages.

1. Les informations contenues dans un article

Certaines figurent dans tous les dictionnaires, quels que soient leur format et leur conception: par exemple l'orthographe du mot, sa categorie grammaticale, son genre.

D'autres figuent a la fois dans le PR et le DFC, mais pas necessairement dans tous les dictionnaires: par exemple les synonymes ou les antonymes du mot, les locutions dans lesquelles il fonctionne.

Le PR donne des informations qui ne figurent pas dans le DFC. Par exemple la date d'apparition du mot dans la langue, et son etymologie. Si le DFC ne comporte pas d'indication la-dessus, c'est que ses auteurs ont exclu par principe toute dimension historique: le DFC decrit le lexique tel qu'il se presente dans l'etat actuel de la langue (c'est ce qu'on appelle une description synchronique, par opposition a une description diachronique).

Le DFC regoupe les mots de la meme famille morphologique, ce que ne fait pas le PR. Par exemple, a l'article voile, on trouve voilage, voilette, voiler, etc. Ces mots, dansle PR, se trouvent a leur "place alphabetique", et font l'objet d'un article separe. Par cette presentation, qui rompt avec l'ordre alphabetique traditionnel, bien evidemment arbitraire, le DFC vise une description plus systematique et plus motivee du lexique: le regroupeent morphologique fait apparaitre les relations formelles et semantiques qui existent entre les mots.

2. La definition des sens des mots

L'objectif essentiel d'un article de dictionnaire, dont on n'a pas encore parle, c'est evidemment d'expliquer le sens du mot, donc de formuler une definition. On va voir que sur ce plan-la egalement, des differences importantes se manifestent.

La plupart des mots, comme voile, sont polysemiques, c'est-a-dire ont plusieurs sens. Parmi ces differents sens, certains sont sans rapport et d'autrs sont tres proches. Tous les dictionnaires organisent leurs articles en rubriques differentes regroupant les sens proches.

Un premier regroupement, observable pour voile, consiste a distinguer plusieurs mots homonymes, c'est-a-dire meme forme mais sans rapport semantique. Une divergence interessante apparait sur ce point entre nos deux dictionnaires: la ou le PR compte deux mots, le DFC en compte cinq. Cela prouve deja que la notion de mot, qui nous semble intuitivement familiere et evidente, ne va pas de soi. La reconnaissance des unites lexicales d'une langue est fondee sur des choi determines par les presupposes theoriques du descripteur.

Questions:

1. Comment on decrit une langue dans les grammaires et les dictionnaires?

2. Quel est le but des dictionnaires?

3. Quel est le role des exemples dans les dictionnaires?

4. Quels sont les renseignements qu'on trouve dans les dictionnaires?

5. Est-ce que tous les dictionnaires donnent la meme image du francais?

6. En fonction de quoi les dictionnaires, donnent - ils des descriptions proposees?

7. Pourquoi a-t-on choisi le Petit Robert et le DFC pour illustrer des renseignements et non pas d'autres?

Bibliographie

1. Collignon et M. Glatigny. Les Dictionnaires. Introduction a la lexicographie. - P., 1978.

2. Rey, A. Presentation du dictionnaire Petit Robert / A. Rey.

3. Dictionnaire du francais contemporain / J.Dubois [et al.]. - P., 1967.

Exercices d'evaluation

1. Verifier ses connaissances

1.1. Definir

Lacune - bilingue - monolingue - catalogue - graphmeme - nomenclature - article - encyclopedie - entree - metalangue

1.2. Repondre brievement

1. Comment est presente le vocabulaire dans le dictionnaire?

2. Quels renseignements peut-on trouver en tete du dictionnaire?

3. A combien de mots se situe le vocabulaire de l'usager moyennement cultive? Et la maitrise du vocabulaire?

4. Quel est l'objet des dictionnaires?

5. Quels types de nomenclature peut-on distinguer dans les dictionnaires generaux?

1.3. Faire le point sur

1. La nomenclature du dictionnaire bilingue.

2. La polysemie des verbes et des noms (differences et ressemblalnces).

3. La demarcation entre une traduction scientifique et litteraire.

2. Se preparer au commentaire

Decrire et expliquer la loi fondamentale de la semantique (tout mot est remplacable par une periphrase).

3. Se preparer a la dissertation

Sujet: Place et role des dictionnaires dans la vie des usagers

Pour eclairer le sujet et la problematique ainsi que pour illustrer votre demonstration, vous vous aiderez des livres suivants:

1. Dubois J. Introduction a la lexicographie: le dictionnaire / J. Dubois, Cl. Dlubois. - P., 1970.

2. Lexis. Dictionnaire de la langue francaise. - P., 1975.

4. Pour aller plus loin

En vous aidant de la methode presentee a la page 23, realiser un dossier de quelques pages sur un dictionnaire de la langue generale. Indiquer les perspectives.

Test 1. Le dictionnaire du francais contemprain est realise par

a. Delavenay

b. J. Dubois et Rey-Debove

c. Katz J. et Fodor J.

d. J. Dubois et Cl. Dubois

2. L'objet des dictionnaires est essentiellement

a. lucratif b. pedagogique

c. scientifique

d. informamtif

3. Pour accroitre la quantite du savoir des lecteurs on realise des dictionnaires

a. generaux b. bilingues

c. plurilingues

d. encyclopediques

4. L'architecture formelle du dictionnaire est

a. composition

b. catalogue c. nomenclature

d. suite de phrases

5. Un dictionnaire de la langue usuel est

a. le dictionnaire des synonymes

b. le dictionnaire raisonne du francais

c. le dictionnaire du francais contemporain

d. le dictionaire encyclopedique

6. Pour connaitre une langue naturelle on doit connaitre

a. les regles semantiques

b. les lois structurales

c. les regles grammaticales

d. l'ensemble de tous les mots

7. L'elaboration du dictionnaire depend de

a. la competence personnelle du lexicographe

b. le corpus

c. la statistique

d. la composante semantique

8. Le dictionnaire est un texte a

a. une fonction informative

b. une fonction metalinguistique

c. une fonction referentielle

d. une fonction poetique

9. Le programme d'information du dictionnaire est porte par

a. la definition

b. le signe c.le titre

d.la chose

10. L'article de tout dictionnaire apporte des informations sur

a. l'etymologie

b. le sens fonctionnel

c. la composition graphique

d. la transcription, les traits syntaxiques, la composition

СПИСОК РЕКОМЕНДУЕМОЙ ЛИТЕРАТУРЫ

Основная

1. Веденина Л.Г. Особенности французского языка. М., 1988.

2. Виноградов ВВ. Об основных типах фразеологических единиц в русском языке // Избр.тр. Лексикология и лексико1рафия. М., 1977.

3. Гак В.Г. Сопоставительная лексикология. M., I977.

4. Гак В.Г. О современной французской неологии / В.Г. Гак // Новые слова и словари новых слов. - Л., 1978.

5. Левит З.Н. Очерки по лексикологи современного французского языка. М, 1969.

6. Левит З.Н. Лексикология французского языка. М., 1979.

7. Лопатникова Н.Н., Мовшовыч НА. Лексикология современного французского языка. М., 1982.

8. Лингвистический энциклопедический словарь. М-, 1990.

9. Супрун А.Е. Методы изучения лексики, Мн., 1975.

10. Тархова В.А. Хрестоматия по лексикологии французского языка. Л., 1972

11. Тгшескова КН., Тархова В.А. Лексикология современного французского языка. Л., 1967.

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69 Кб, 25 мая 2017 в 12:49 - Россия, Ростов-на-Дону, РГПУ, 2017 г., docx
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